2022, la belle année du Clos des Lambrays

Le Domaine des Lambrays, propriété du groupe LVMH depuis dix ans, vient de mettre en marché le millésime 2022 de son emblématique Grand Cru de Morey-Saint-Denis, le Clos des Lambrays. Un millésime à la forte portée symbolique, et ce à plus d’un titre, comme nous l’explique son régisseur Jacques Devauges.

En 2014, cette transaction spectaculaire avait défrayé la chronique : plus de 100 millions d’euros pour 8,6 hectares ! Peu d’investisseurs pouvaient alors se permettre une telle acquisition, et en effet, Bernard Arnault – via son groupe de luxe LVMH – avait sorti les très grands moyens pour ajouter le Domaine des Lambrays à son portefeuille de propriétés viticoles, déjà rutilant ; et en particulier son « joyau », le Clos des Lambrays, Grand Cru figurant parmi les plus mythiques et convoités de Bourgogne. Cinq ans après, en 2019, Jacques Devauges, jusqu’ici régisseur du Clos de Tart (famille Pinault), faisait les quelques mètres qui séparent ces deux Grands Crus de Morey-Saint-Denis pour prendre les rênes des Lambrays.

Quatre nouveaux vins en 2022… et premier millésime certifié bio

Nous voici en 2024, respectivement dix et cinq ans plus tard, et le Domaine des Lambrays a suivi son imperturbable ascension vers l’excellence. Tout récemment, en marge de l’événement professionnel Les Grands Jours de Bourgogne, la maison a annoncé la mise en marché de son millésime 2022, qui revêt une forte valeur symbolique. En effet, il s’agit tout d’abord du premier millésime certifié bio au domaine ; il s’agit aussi du premier millésime vinifié et élevé dans les nouvelles installations techniques, après deux ans de travaux dans un périmètre restreint (en Bourgogne, chaque mètre compte) ; enfin, la mise en marché du Clos des Lambrays et des autres vins qui l’accompagnaient déjà – notamment un Morey-Saint-Denis Village – est désormais escortée de quatre nouveaux vins coïncidant avec des acquisitions faites en 2021 : les Morey-Saint-Denis 1er Cru « Clos Baulet » et Morey-Saint-Denis 1er Cru « Clos Sorbé », respectivement 0,3 hectare – sur 0,87 – et 1 hectare – sur 3,30 – se faisant face, juste à côté des Lambrays (ils avaient d’ailleurs fait partie du domaine jusqu’en 1980, et font donc une sorte de « retour au bercail ») ; le Vosne-Romanée 1er Cru « Les beaux Monts » ; et le Nuits-Saint-Georges 1er Cru « La Richemone ». Désormais ce sont sept références différentes qui sont présentées sous la bannière du Domaine des Lambrays, sur des appellations diversifiées, pour une surface foncière s’élevant à 15 hectares.

Pour Jacques Devauges, cet alignement des astres est une source supplémentaire de réjouissance : « le fait de présenter sept vins nous permet d’avoir une profondeur de gamme et une diversité accrue dans l’expression des terroirs bourguignons. Chaque vin a son identité, son profil, sa saveur. Le passage au bio est aussi extrêmement important. Au Clos des Lambrays, ce n’est pas évident de tenir une conduite en bio : la configuration du clos, avec ses rangs perpendiculaires à la pente du vignoble, pose de vrais défis techniques et humains. Parmi les nouvelles acquisitions, les parcelles de Morey-Saint-Denis étaient déjà certifiées, celles de Vosne et de Nuits sont tout de suite passées en conversion. Nous avons quatre années de recul sur le travail en bio, et trois sur les pratiques en biodynamie, cela nous donne de l’assurance et surtout cela porte ses fruits dans la définition des vins ».

Matériaux nobles et technique de pointe

Mais l’accomplissement le plus spectaculaire est sans aucun doute l’édification d’une nouvelle cuverie et d’une nouvelle cave d’élevage, un tour de force architectural dans la mesure où l’enceinte du Domaine des Lambrays se trouve en plein village de Morey-Saint-Denis. Ces installations ont donc vu le jour pour le millésime 2022, après deux années de travaux dans un mouchoir de poche, qui ont nécessité de creuser en profondeur pour gagner de nouveaux espaces. « Cet outil devait nous permettre de gagner en précision dans nos vins, de gagner aussi en confort de travail », explique Jacques Devauges. « Tout le bâtiment a été conçu par rapport aux améliorations que nous voulions apporter dans nos itinéraires de vinification. Il fallait certes un lieu qui soit beau, respectueux de l’esprit des lieux, qui s’intègre dans l’existant comme s’il avait toujours été là, mais avec une grande efficacité sur le plan technique, tout fonctionnant par gravité, avec des cuves bois spécifiques que l’on ne trouve pas ailleurs ».

Photo Michel Joly

Dans le détail, la palette des contenants de vinification s’est étoffée avec l’introduction de 19 cuves bois, de 15 à 45 hl, conçues sur mesure par la foudrerie François dans une forme cylindrique (mieux adaptée aux besoins de Jacques Devauges et son équipe en termes de macération préfermentaire et de protection de la vendange entière) et aptes à répondre, tout particulièrement, à la diversité des 11 parcelles distinctes du Clos des Lambrays. Une cuverie inox s’ajoute dans une pièce adjacente, pour les soutirages. Un système d’ascenseurs avec cuves intégrées permet de procéder totalement par gravité ne plus avoir recours aux pompes pour faire circuler le vin, y compris au moment de l’embouteillage. Tous les éléments de cette cuverie sont issus de matériaux et artisans locaux : charpente élaborée par la maison Richard à Dijon, à partir de bois de la forêt du Chatillonnais, pierre d’Ampilly (les murs extérieurs ont été essentiellement refaits à partie du bâtiment précédent)… Les murs de 70 cm d’épaisseur garantissent une excellente isolation et une basse consommation en énergie. Sous nos pieds, la cave voutée qui s’inscrit dans le prolongement de l’ancienne, semble avoir toujours existé : c’est dire le soin qui a été apporté à la conception de ce nouveau bâtiment, qui se veut avant tout un vecteur de sublimation des vertus du terroir avant d’être une démonstration de force. Au Domaine des Lambrays, bien que l’on soit dans le club des vins les plus prestigieux au monde, la discrétion et la culture de la continuité sont des vertus essentielles : « tout changer pour que rien ne change », ça pourrait être du Lampedusa, s’il avait été bourguignon et non sicilien.

Dégustation

Morey-Saint-Denis Village 2022
Profil affuté, signé par une dimension calcaire, traçante, sanguine et juteuse. Une belle entrée en matière dans l’univers élégant et soigné de la maison. Env. 100 €

Morey-Saint-Denis 1er Cru « Clos Baulet » 2022
Situé juste en face des Lambrays, le Clos Baulet est un terroir de terre brune. Il s’agit du plus petit Premier Cru de Morey, 0,87 hectare, dont les Lambrays exploitent environ le tiers. Nez assez ample et tendre. Près de 50% de vendange entière donne au vin, naturellement charnu, un supplément de nervosité, c’est un vin aux muscles allongés et aux tannins finement grumeleux.

Morey-Saint-Denis 1er Cru « Clos Sorbé » 2022
Face au Clos Baulet, sur un sol de terre rouge. Un Premier Cru d’environ 3,3 ha, sur lequel les Lambrays exploitent environ un hectare. Nez très parfumé, très floral, fruit percutant et frais. La silhouette est sculptée, moins ample que celle du Clos Baulet, plus élancée. C’est un pinot fin, digeste, qui s’étire en longueur jusqu’à sa finale salivante.

Vosne-Romanée 1er Cru « Les Beaux Monts » 2022
Parcelle de 0,45 ha, exposition sud. Un nez très frais, où se distingue l’aromatique de la vendange entière. Cerise cueillie sur l’arbre, myrtille. Très belle délicatesse de texture, finesse, chair pulpeuse et salivante, très gourmande. Du plaisir et du fond.

Nuits-Saint-Georges 1er Cru « La Richemone » 2002
Un Premier Cru situé côté Vosne, riche de vignes centenaires. Nez dynamique, ancré, tellurique, presque racinaire. En bouche, du caractère, une carrure marquée mais tendue par une belle acidité. La matière est énergique, saisissante, juteuse, délicatement poivrée. Un Nuits de belle classe.

Clos des Lambrays 2022
Premier millésime certifié bio. Comme à son habitude, Jacques Devauges assure un mariage harmonieux des 11 parcelles du clos, et privilégie la vendange entière à hauteur de 80%. C’est d’abord un parfum, subtil, félin, très floral (rose anciene, lilas, bourgeon de cassis), touche d’épices. En bouche, une matière séveuse, vibrante, sapide, c’est un vin très tactile, en trois dimensions, à la fois large et profond, qui opère par strates successives ou plutôt par cercles concentriques. Une caresse tonique qui nous vient de loin et émeut par sa persistance.

Cet article 2022, la belle année du Clos des Lambrays est apparu en premier sur Terre de Vins.

Commentaires

  • Pas encore de commentaires...
  • Ajouter un commentaire