A 18 : quand Ayala conjugue Montagne et Côte des blancs

Le blanc de blancs d’Ayala était jusqu’ici centré sur la Côte des blancs, même si la Maison est à Aÿ. La nouvelle version lancée par la marque rend désormais davantage honneur à ses origines, en intégrant une proportion de chardonnays de la Montagne. Explications…

Qu’est-ce qui différencie A 18 de votre ancien blanc de blancs ?
Hadrien Mouflard (président) : Cela fait plusieurs années que nous travaillons pour pouvoir incarner l’expertise et l’excellence chardonnay en Champagne. Nous avons relancé notre brut sans année l’année dernière avec un nouveau flacon et un chardonnay qui représente désormais au moins 55 % de l’assemblage contre 40 % autrefois. Parmi les grandes maisons historiques, nous sommes ainsi devenus celle où la proportion de chardonnay dans le brut sans année est la plus élevée. Cette fois, c’est notre blanc de blancs que nous souhaitons mettre davantage en avant. Nous voulons être en mesure de sortir une nouvelle édition de cette cuvée chaque année, tout en conservant le style Ayala. Pour cela, nous avons fait évoluer le cahier des charges. Alors que nous étions centrés uniquement sur la Côte des blancs, dorénavant, tout en restant sur les premiers et grands crus, nous intégrons également des chardonnays de la Montagne. L’objectif est de proposer une bibliothèque de toutes les vendanges, quitte certaines années plus difficiles à restreindre le volume pour ne garder que le meilleur. On dit que le principe d’un millésimé consiste à ne pas sortir tous les ans. En réalité, cela dépend des appellations, à Bordeaux ou en Bourgogne, c’est pourtant bien ce qui se pratique, simplement on s’autorise à ce que les styles et les rendements varient.

En quoi les chardonnays de de la Côte des blancs et de la Montagne peuvent-ils être complémentaires?
Julian Gout (chef de caves) : 2018 a été mon premier millésime chez Ayala. Une année pléthorique, solaire, presqu’idéale. À la sortie d’un millésime 2017 qui s’était avéré très compliqué, il semblait salvateur. Mais je me souviens que lorsque nous avons réalisé les premiers essais d’assemblage avec Caroline Latrive, il nous semblait qu’il manquait un petit quelque chose. Nous avons donc voulu faire un essai en sortant pour la première fois du cahier des charges de la cuvée pour intégrer en plus de la colonne vertébrale de Chouilly, Cramant, Mesnil-sur-Oger et Oger, une proportion de Bisseuil. Alors que le risque sur ce millésime de gros rendement était d’aboutir à quelque chose d’un peu dilué qui aurait manqué de profondeur, cela nous a permis de récupérer de la largeur, de la structure. Sur la Montagne, on a moins cette austérité calcaire, si difficile à maîtriser sur la jeunesse. Il y a un peu plus de sol avant la craie, ce qui donne du gras, du crémeux. La Montagne nous donne ainsi la possibilité de venir équilibrer, dompter cette austérité, dont on a cependant besoin pour faire des grands vins sur le long terme. Je pense aussi qu’avec le dérèglement climatique où les années sont toujours plus excessives dans un sens ou un autre, il est important d’ouvrir ses chakras pour mieux s’adapter. C’est aussi le sens de cet aménagement. 

Vous osez un dosage en extra-brut, sur un cépage dont on sait qu’il est en général plus tendu que le pinot noir ou le meunier…
Nous avons dégorgé en juillet et dosé à cinq grammes. Au début, j’ai pensé que nous avions peut-être été un peu audacieux. Mais en réalité, l’équilibre apporté à la fois par ce nouvel assemblage et le vieillissement le justifient. Maintenant que l’on commence à avoir un peu de tertiaire qui ressort, le vin est parfait.

L’année 2023 se caractérise par un recul des volumes expédiés en Champagne, qu’en est-il chez Ayala ?
Hadrien Mouflard : Nous venons d’achever une année record chez Ayala, en chiffre d’affaires, en résultat, et même en volume. Nous avons toutefois noté un ralentissement en fin d’année. Je pense que 2024 va être une année de consolidation. Beaucoup d’augmentations de prix ont été passées par les maisons et les vignerons. Aujourd’hui, les consommateurs demandent une pause. Il est indispensable d’accompagner ces positionnements de prix d’un discours sur la spécificité de nos savoir-faire. Il ne s’agit pas de dire qu’on a augmenté nos tarifs à cause de l’inflation, mais de justifier cette hausse en insistant davantage sur ce que représente l’art de l’assemblage. Aujourd’hui, nos consommateurs comprennent finalement parfois mieux les cuvées parcellaires ou millésimées des vignerons stars, que ce que sont les bruts sans année des grandes maisons. L’œnotourisme joue à ce titre un rôle central et permet de faire venir nos consommateurs pour se rendre compte de la complexité de notre travail. Nous avons d’ailleurs un projet de développement pour faire du sur mesure en proposant à l’avenir deux parcours différents, l’un pour le grand public et l’autre, davantage tourné vers les professionnels qui ont déjà une certaine expertise et qui attendent un autre niveau de discours.

Prix : 74,90 €

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