Astraé : coup de frais sur le négoce bordelais

Mélanie Turbeaux et Manon Nyst ont lancé, début 2022, une activité de négoce qui met en avant des vins bordelais en biodynamie, voire en nature. Une approche engagée qui fait mouche, et qui démontre que les vins de Bordeaux n’ont pas dit leur dernier mot.

L’amicale internationale des Cassandre a tellement annoncé sur tous les tons, depuis plusieurs années, le déclin inexorable du vignoble bordelais que beaucoup de ses membres sont totalement passés à côté du nouveau dynamisme qui est en train de s’imposer en Gironde, à tous les étages de la filière. Il suffit de s’y intéresser pour le constater, et il suffit d’un peu d’audace pour y contribuer : c’est le cas de Manon Nyst et Mélanie Turbeaux, qui ont créé tout récemment une maison de négoce baptisée Astraé, défendant (à 90%) des vins de Bordeaux prioritairement en biodynamie, mais aussi en bio et en nature. Comme quoi le commerce du vin peut revêtir de nouvelles ambitions qui font bouger les lignes, et l’on peut trouver à Bordeaux des vins qui font eux aussi bouger les lignes, lorsqu’on s’en donne la peine.

Bordeaux bouge

Manon et Mélanie ne sont pas du sérail, ce qui rend leur démarche d’autant plus remarquable. Ces deux Marseillaises trentenaires qui se connaissent depuis le lycée viennent respectivement du marketing et des sciences politiques, et partagent une passion commune pour le vin. Entre WSET (Wine & Spirit Education Trust) et Master en Vin et Spiritueux à Kedge, elles ont bifurqué vers de nouvelles formations avant de lancer en 2020 leur propre structure – d’abord une société de conseil (communication, marketing, positionnement de gamme, identité visuelle) auprès des vignerons, qui a évolué début 2022 vers une activité de négoce. Décidées à collaborer uniquement avec des vignerons dont elles aiment les vins et partagent la philosophie, elles ont jeté leur dévolu sur Bordeaux, presque à contre-courant, en estimant qu’il y avait « une place à prendre » dans cette région qui traverse une crise d’image depuis quelques années et qui regorge pourtant de pépites signées par des vignerons engagés. Pourquoi la biodynamie ? « Parce que c’est très souvent un profil de vins que nous aimons, plus précis, plus fins, plus digestes, qui reflètent bien leur terroir. Mais nous ne sommes pas fermées, nous pouvons aussi prendre un vin bio qui nous séduit particulièrement, et sélectionner un vin nature lorsqu’il est bien fait. Aujourd’hui Bordeaux propose ce type de vins, c’est même la région qui a le plus de conversions en bio et en biodynamie. Il se passe quelque chose ici, et notre rôle est de réconcilier professionnels et particuliers avec les vins de Bordeaux ».

Une boutique en ligne pour les amateurs

Travaillant surtout avec des restaurateurs et des bars à vins, en Nouvelle Aquitaine, à Marseille, à Paris et à Toulouse, Manon et Mélanie comptent dans leur portefeuille, en un peu plus d’un an, une quarantaine d’établissements qui achètent les vins de leurs clients. Elle défendent à ce jour une dizaine de vigneronnes et vignerons, soit une quarantaine de références, dont elles proposent aussi les vins au grand public via leur site web – elles organisent également des dégustations pour faire elles-mêmes découvrir leur gamme aux amateurs. Outre les « stars » de la biodynamie que sont la famille Hubert à Peybonhomme-les-Tours dans le Blayais (auxquels nous avons récemment consacré un portrait dans notre magazine), Astraé défend des noms moins connus comme Anne Buiatti de la Maison Advinam (4 hectares dans les Graves), Sylvain et Kim Destrieux au Clos de la Molénie (5 hectares dans l’Entre-Deux-Mers), Aude Richard au château Fourton La Garenne (8 hectares également dans l’Entre-Deux-Mers), Brice Alban-Roualec (Clos Grange-Vieille, 3 hectares dans le Médoc), Ludovic Barthe (Château Grand Bireau, encore dans l’Entre-Deux-Mers), Guillaume Dussans (Domaine de La Renouée près de Cadillac), mais aussi un peu plus loin, Julien Blanchard (Domaine des Allégrets en Côtes de Duras, dans le Lot-et-Garonne) et Fabrice Raymond (Terres d’Esclans en Provence). Autant de pépites qui bousculent le classicisme, s’autorisent à sortir des AOC si elles en ressentent le besoin, mélangent sans tabou des cépages de Gironde et d’ailleurs, parfois du blanc avec du rouge, lorgnent vers le nature, jonglent avec les amphores ou les soléras, et qui méritent indéniablement le détour.

« Terre de Vins » aime :
– Maison Advinam : « L’Allumée » rouge
, non millésimé, Vin de France. Ou plutôt « blouge » puisqu’il s’agit d’un assemblage de malbec et sémillon, vinifié en fût de 300 litres et en amphore de 750 litres. Un bonbon qui explose de cerise, de fleur blanche et de buvabilité, titrant à 12° (21 €).
– Château Grand Bireau : « La Favorite » 2020, Vin de France. 50% Sauvignon blanc 40% Sémillon 10% Muscadelle, vinifié sans soufre et élevé en amphores, légèrement oxydatif, sur la peau d’orange et la fleur de rose confite, jolie vivacité, salivant et désaltérant (14 €).
– Clos Grange-Vieille 2018, Médoc. 60% cabernet sauvignon 40% merlot, un médoc droit dans ses bottes mais qui n’a rien d’ennuyeux, bien affuté, digeste, au fruit pimpant et aux tannins bien intégrés (14 €).
– Domaine des Allégrets : Malbec 2020, Côtes de Duras. Passé quelques secondes de réduction au service (pas de soufre à la mise), ce malbec déploie une violette intense, gourmande, et surprend par sa densité en bouche qui ne renonce pas à la souplesse. Des tannins fondus, et un côté très désaltérant malgré le profil solaire (14 €).

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