Au Quai d’Orsay, la sommellerie comme diplomatie

C’est au Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères que se déroulait hier la soirée inaugurale du concours de Meilleur Sommelier du Monde, dont les épreuves commencent ce jour. 65 délégations internationales étaient réunies sous les ors de la République.

Les férus d’Histoire se rappellent certainement l’habilité politique avec laquelle Talleyrand, Ministre des relations extérieures de Louis XVIII, défendit les intérêts de la France au Congrès de Vienne entre 1814 et 1815 : alors qu’il s’agissait de négocier âprement les termes de la paix et le redécoupage de l’Europe face aux pays vainqueurs de Napoléon, Talleyrand usa des dîners diplomatiques avec ses homologues pour faire avancer sa cause : « Sire, j’ai plus besoin de cuisiniers que de diplomates !« , aurait-il dit au Roi. Deux-cents ans plus tard, c’est sous les ors de la République, dans ce haut lieu de la diplomatie française que les éditorialistes surnomment tout simplement Quai d’Orsay, que se jouait encore l’union sacrée entre la diplomatie et la gastronomie. À l’occasion de la soirée inaugurale du concours de Meilleur Sommelier du Monde, dont les épreuves se déroulent du 8 au 12 février à Paris, c’est « une certaine idée de la France » (pour reprendre les mots d’un autre grand homme d’État) qui était célébrée, en présence des 68 candidats représentants 65 pays, mais aussi de l’élite de la sommellerie française et mondiale et de quelques figures majeures comme Guillaume Gomez, ancien chef de l’Élysée et Ambassadeur de la Gastronomie Française.

C’est à Caroline Ferrari, Secrétaire générale adjointe du Ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères, qu’est revenue la responsabilité d’ouvrir le ban à la place de la ministre Catherine Colonna, en déplacement au Brésil : « cela faisait 34 ans que la France n’avait pas accueilli cet événement, vous comprendrez donc notre joie et notre fierté d’être l’hôte d’une si belle épreuve. Vous savez combien le vin et sa culture sont importants pour la France, la place qu’ils tiennent dans notre histoire, notre identité, l’art de vivre qui nous est si cher. La France n’est pas seulement le deuxième plus gros producteur de vin au monde, elle offre une richesse, une palette et une diversité inégalées de production de vins et d’alcools grâce à ses terroirs et appellations d’origine qui contribuent à sa renommée et à son attractivité pour les touristes du monde entier. »

Madame Ferrari a notamment tenu dans son discours à avoir « un mot particulier pour les femmes qui participent à ce concours, qui sont de plus en plus nombreuses et je m’en félicite. Le ministère que je représente est particulièrement heureux que ce soit une femme, Pascaline Lepeltier, au talent et au parcours exceptionnels, qui soit la candidate de la France dans cette compétition. Merci, chère Pascaline Lepeltier, pour votre contribution au rayonnement de la gastronomie française et des vins aux Etats-Unis, en particulier à New York où vous exercez ce métier ». Et de conclure, après avoir salué l’initiative d’une finale en public à La Défense Arena : « que le ou la meilleure gagne ! »

Entre Paul Bocuse et Louis Pasteur, une idée de transmission

Philippe Faure-Brac, président de l’Union de la Sommellerie Française (UDSF), soulignait son « honneur en tant que président de l’UDSF d’être avec vous ce soir dans ce lieu prestigieux, symbole de l’hospitalité à la française. […] Vous nous recevez ici, Madame, dans cette maison des ambassadeurs, et nous nous sentons un peu chez nous ici car nous sommes des passeurs, des ambassadeurs qui travaillons pour un patrimoine matériel et immatériel qui est celui du vin. » Toujours fidèle à la notion de transmission, M. Faure-Brac indiquait la présence, dimanche prochain, de près de 500 élèves de différentes écoles de sommellerie pour la finale, avant de saluer le « savoir-faire français » incarné ce soir par des Meilleurs Ouvriers de France fromagers et sommeliers présents au Quai d’Orsay.

Le monde du vin et de la gastronomie participe d’un même élan, celui de valoriser et défendre les terroirs, les saveurs, les produits et les gestes, comme le rappelait William Wouters, président de l’Association de la Sommellerie Internationale (ASI). « En tant que journalistes, sommeliers et membres de l’hôtellerie, de la restauration et des boissons, nous formons une grande famille mondiale, une famille liée par l’union de l’enrichissement du monde, par des expériences en matière de nourriture et de boisson. » Après avoir cité Paul Bocuse (« sans beurre, sans œufs, il n’y a pas de raison de venir en France »), William Wouters concluait son discours par un hommage à Louis Pasteur : « une bouteille de vin continent plus de philosophie que tous les livres du monde ».

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