Beychevelle à son potentiel maximum

Le Château Beychevelle fait désormais le plein de ses volumes et annonce déjà après un très beau 2022 un joli 2023. Le cru classé de Saint-Julien n’a jamais autant mérité d’être considéré comme l’une des plus belles étiquettes de Bordeaux.

Le château Beychevelle, 4ème Grand cru classé en appellation Saint-Julien, est « à son potentiel maximum de volumes » confirme son directeur Philippe Blanc. « Ce qui permet d’être encore plus sélectif pour les vinifications ». À la propriété depuis 1995, Philippe Blanc bénéficie, depuis le millésime 2016, d’un tout nouveau chai ultra moderne avec un cuvier gravitaire, davantage de petites cuves (59) pour une approche parcellaire afin d’affiner les assemblages et à températures mieux maîtrisées « Nous avions surtout besoin d’un bel outil spacieux et fonctionnel pour des extractions précises, rien de somptuaire », même si les propriétaires en avaient incontestablement les moyens puisque le château appartient depuis plus de 30 ans au groupe japonais de spiritueux Suntory, d’abord associé à la compagnie d’assurances GMF et depuis 2011, à 50/50 avec la famille Castel dans le cadre de la société Grands Millésimes de France (à l’instar de château Beaumont et de la maison de négoce Barrière Frères).

La priorité de Philippe Blanc, par ailleurs excellent marathonien, a été de travailler au long cours. Il s’est d’abord attaché en collaboration avec le directeur technique depuis 2012, Romain Ducolomb, à reprendre en mains le vignoble, à raisonner les traitements, adopter effeuillages et vendanges en vert, affiner les dates de récolte, et lancer une cartographie des parcelles. L’agronome-œnologue aimerait désormais faire progresser l’agroforesterie sans se lancer dans une certification bio, même si en pratique, il n’utilise plus depuis longtemps herbicides et insecticides. Certains millésimes tel le 2020 sont d’ailleurs sans aucun intrant. Le château a intégré le Système de Management Environnemental (SME) des vins de Bordeaux, il est certifié Iso 14001 et suit depuis 2005 le draconien cahier des charges de Terra Vitis. Philippe Blanc a su peaufiner, avec l’aide de l’œnologue conseil Eric Boissenot, les assemblages et les élevages pour redonner du lustre et de la profondeur à cette « propriété de confiance » qui a souvent été considérée comme l’une des plus belles étiquettes de Bordeaux. « Tout est question d’équilibre » insiste le maître des lieux, « avec pendant longtemps une dominante de merlots plantés dans les années 80-90 ». Mais sur certains millésimes, le cabernet sauvignon a su tirer son épingle du jeu (détenant un record à 59% en 2006). « Il faut reconnaître qu’il est plus mûr depuis quelques années et a dépassé le merlot en 2020 et 2022 avec toujours quelques pour-cent de petit verdot et parfois un peu de cabernet franc ». Philippe Blanc avoue d’ailleurs un faible pour ce 2022 qui a bénéficié « des meilleurs merlots que l’on a jamais eu et qui ont sans doute donné le plus beau millésime depuis des décennies ». Le 2023 après les plus longues vendanges du château s’annonce également très prometteur mais moins waouh que 2022, ressemblant un peu aux 2014 et 2019.

©F. Hermine

Sous surveillance en Chine
Beychevelle, surnommé « le Versailles du Médoc », perché sur une croupe graveleuse le long de l’estuaire de la Garonne, s’étend sur 80 hectares en Saint-Julien produisant environ 500 000 bouteilles par an « quand la nature est gentille », quasiment tout écoulé en primeurs via le négoce bordelais (environ 95 metteurs en marché), 10 -15% à la boutique. « Le 2022 a enregistré le plus haut prix de son histoire et tout a été vendu en 2 heures » annonce fièrement Philippe Blanc. Le second vin, Amiral de Beychevelle, est plutôt à dominante cabernet-sauvignon (en moyenne 60-65%) tandis que les Brulières de Beychevelle en Haut-Médoc (14 hectares à 5 km au sud du château) est à majorité merlot (55-65%). Tout est produit en rouge. Aucun blanc ne se profile à l’horizon : « Nous n’avons pas les sols pour ça à Saint-Julien, contrairement au Listrac voisin, sauf à Talbot et Lagrange ». 

Beychevelle est vendu à plus des trois-quarts à l’export, principalement en Grande-Bretagne et en Grande Chine, (en comptant Hong-Kong, Taiwan et Singapour), même s’il est commercialisé dans une centaine de pays. C’est d’ailleurs le deuxième Bordeaux vendu dans l’Empire du Milieu….et aussi le plus copié. D’où la sécurisation depuis déjà 2010 des expéditions avec des QR codes à hologrammes. « Si l’étiquette, tout ou partie est en chinois – les Chinois l’appellent Dragon Boat, ce n’est pas du Beychevelle. Si l’on tombe sur un dessin ou une calligraphie similaire aux nôtres, on attaque mais il est difficile de traquer ce qui est en mandarin ». 

Terre de Vins a aimé ce quatuor :
2022 : Un magnifique millésime à 54% cabernet sauvignon, 42% merlot, 4% petit verdot. Frais et généreux sur des fruits noirs très mûrs, un nez intense et fruité, une touche de toasté vanillé, des tanins délicats portés par une puissance maîtrisée.

2020 : 51% de cabernet sauvignon, 45% merlot, 4% petit verdot. Souple et délicat sur un nez poivré, des arômes de fruits noirs mêlés de réglisse et de cacao, opulent aux tanins veloutés.

2019 : 46% cabernet sauvignon,49% merlot, 2% cabernet franc, 3% petit verdot. Un fruité gourmand et croquant sur des fruits noirs très mûrs, souple et frais ponctué de touches de fumé et moka, des tanins à grains fins sur une grande longueur.

2018 : 41% cabernet sauvignon, 50% merlot, 3% cabernet franc, 6% petit verdot. Prunes, cassis, mûres et kirsch mêlés de notes de cèdre et de tabac, intense et harmonieux, frais et minéral à la texture veloutée. 

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