Bilan pastel pour les rosés de Provence

Sur Wine Paris la semaine dernière, les vins de Provence s’affichaient en rose pastel avec près de 110 stands dans le hall 4 (80 lors de l’édition précédente). De quoi conjurer les mauvais chiffres 2023. 

Les rosés de Provence, en belle progression depuis le milieu des années 2000, marquent le pas : -9 % de sorties de chais en 2023, -10 % en volumes en grande distribution, -13 % à l’export. Seul paramètre à la hausse, les prix notamment qui ont fait un bond de 7 % en Grande Distribution. Le vignoble « qui bénéficiait depuis plus d’une décennie d’un cycle favorable » comme le rappelait le directeur de l’interprofession Brice Eymard, est en net recul, « imputable d’abord à l’inflation qui a un impact majeur sur le comportement des ménages. Les consommateurs achètent de mois en moins cher, quelle que soit la CSP (catégorie Socio-professionnelle), et la tendance touche d’autant plus le positionnement premium de nos rosés au profit des IGP, une tendance qui va sans doute perdurer en 2024 ». 

Une diversification marchés et couleur
Pendant 10 ans, l’export des rosés de Provence a explosé, en particulier sur les marchés anglo-saxons, en passant de 5 à 45 % tandis que les ventes en GD dans l’Hexagone reculaient de plus de 50 % à moins de 20 % du total. « Nous sommes passés d’une grande région de rosés vendus surtout en France à une petite appellation de rosés premium avec une notoriété mondiale. Aujourd’hui, nous avons un socle solide grâce à ce changement structurel, à la montée en gamme et aux progrès qualitatifs, mais dans les prochaines années, il va falloir se battre » reconnaît Brice Eymard. « C’est dans les moments difficiles qu’il faut réfléchir à l’avenir » insiste le président du CIVP Eric Pastorino qui tient à confirmer « le maintien des ambitions à l’international, mais sur des marchés plus diversifiés. Nous avions resserré nos actions sur quelques pays, notamment les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, l’Allemagne, la Belgique, le Canada et nous allons à nouveau élargir la prospective aux pays émergents comme la Corée du Sud, le Japon, la Thaïlande… ».  La Provence découvre néanmoins que le blanc est un marché porteur. « Comme les blancs se vinifient comme les rosés et qu’ils peuvent entrer dans leur assemblage, nous incitons les vignerons à planter des cépages blancs pour développer la couleur en complément de gamme, même s’il s’agit toujours d’un petit créneau [5-6% sur une production totale de 1,2 million d’hl] et que la priorité reste aux rosés ». 

Pistes de réflexion multiples
L’interprofession souligne qu’elle planche également sur les grands enjeux climatiques, la gestion de la ressource en eau, les expérimentations sur d’autres cépages comme ceux d’origine grecque qui devraient bénéficier de premières vinifications en 2025, sur les Vifa (variétés d’intérêt à fin d’adaptation) en collaboration avec le Centre du Rosé, et même sur la désalcoolisation. 

La baisse inopinée des rendements annoncée en août 2023 et qui avait fait grincer le vignoble, surtout les opérateurs qui avaient toujours des marchés en demande, semble être « mieux acceptée aujourd’hui, affirme Eric Pastorino. Mais nous réfléchissons également, pour ajuster l’offre, à un projet de réserve interprofessionnelle qui pourrait être mise en place cette année afin de mieux gérer les stocks sur un an et tenter d’éviter le yoyo des récoltes qui nous pénalise ».  

Pour faire parler des rosés pendant les JO, l’interprofession entend par ailleurs mettre en œuvre cet été une « communication tactique » chez les cavistes parisiens, à l’aéroport et dans le tramway de Marseille et renforcer la communication digitale. « La demande de rosés est toujours là ; il faut juste aller chercher d’autres consommateurs » conclut Brice Eymard.

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