Bordeaux cultive déjà demain

De nombreux acteurs de la filière viticole girondine étaient réunis mercredi, au Château Luchey-Halde (appellation Pessac-Léognan), pour une table ronde célébrant l’engagement vertueux du vignoble bordelais, porté notamment par le label Bordeaux Cultivons Demain. 

Premier vignoble bio de France avec près de 25 % de sa surface certifiée ou en conversion vers cette certification, le Bordelais se veut « locomotive » de la filière en termes d’actions vertueuses. Pour accentuer cet effort et aller encore plus loin que le simple volet environnemental, le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB) a lancé en 2021 le label Bordeaux Cultivons Demain. Segmenté en trois niveaux et basé sur quatre piliers – Faisons vivre notre territoire, Cultivons le dialogue, Contribuons à une filière attractive et Préservons l’environnement –, il a replacé les préoccupations sociales au cœur des entreprises viticoles. « Cela ne veut pas dire qu’il ne reste plus rien à faire sur le plan environnemental, puisque cela reste notre priorité absolue, explique Marie-Catherine Dufour, directrice du service technique du CIVB, en ouverture de la table ronde. Pour autant, de nombreuses entreprises bénéficient déjà d’une ou plusieurs certifications environnementales. Il fallait donc aller plus loin et pour cela, nous avons, avec ce label, rajouté des questions sociales et sociétales dans la stratégie des entreprises. » 

Cultiver le dialogue
Une de ces questions sociétales est celle du dialogue, primordial pour les propriétés, dans le but de faire-savoir leur savoir-faire. Car si un grand nombre d’exploitations viticoles girondines sont situées en zone rurale et isolées de tout voisinage, certaines d’entre elles doivent cohabiter et entretenir un dialogue avec des riverains dont les habitations longent parfois leurs vignes. C’est le cas du Château Luchey-Halde, situé à Mérignac. Détenteur du label Bordeaux Cultivons Demain, le domaine a fait de la communication avec ses voisins une habitude, intégrant même ces derniers sur certaines décisions. « Notre propriété a vu le jour il y a 25 ans, dans une zone très urbanisée, donc le premier enjeu était de se faire accepter par le voisinage, raconte Pierre Darriet, directeur du château. Nous tolérons les promenades et nous avons mis en place un système de drapeau pour prévenir lorsque nous sommes en période de traitement dans les vignes. L’idée a d’ailleurs été soumise par une voisine à l’occasion de l’une de nos réunions organisées avec le voisinage pour leur présenter notre stratégie. » À une échelle plus large, la Chambre d’agriculture de Gironde a déployé l’application mobile Bien vivre ensemble 33 (BVE 33). Téléchargée à plus de 2 600 reprises, celle-ci permet aux vignerons d’informer, en amont, d’une pratique culturale qui va être mise en place et pouvant générer des nuisances. « L’objectif, c’est de prévenir les riverains » résume Thomas Solans, viticulteur et membre du bureau de la Chambre.

Une attractivité à retrouver
Autre problématique rencontrée par la filière : l’attractivité de ses métiers. Bien que premier employeur de la Gironde avec près de 50 000 emplois, le secteur viticole rencontre des difficultés pour attirer de nouveaux travailleurs, comme le constate Marie-Catherine Dufour. « On a des signaux “orange” sur les questions sociales et sociétales. On a identifié un problème d’attractivité et pour que nos entreprises soient compétitives, on se doit de travailler sur l’attractivité de nos métiers en travaillant justement sur ces questions sociales et sociétales. » Le négoce est l’une des branches de la filière particulièrement touchée par ce phénomène. Pour y remédier, les Maisons Antoine Moueix & Jules Lebègue ont mis en place plusieurs actions comme un aménagement du temps de travail sur 4 jours par semaine (permettant par la même occasion une économie d’électricité de 15 %), ou encore un potager commun offrant aux collaborateurs la possibilité de créer du lien en dehors des heures travaillées. Reste encore à faire connaître ces initiatives, constate Clément Holtz, directeur général adjoint du négociant installé à Saint-Émilion. « Il y a un effort à faire sur la sensibilisation auprès des consommateurs et des potentiels futurs salariés quant à ces enjeux sociétaux, car ils n’ont pas connaissance des engagements pris par les opérateurs comme nous. » C’est donc ici qu’intervient le label Bordeaux Cultivons Demain, regroupant ces problématiques sociétales et récompensant les entreprises y répondant le mieux. Avec 110 entreprises labellisées en moins de trois ans, cette nouvelle certification a le vent en poupe et contribue à dessiner les contours d’une filière du futur plus vertueuse, plus ancrée dans son époque et les attentes qu’elle suscite. Malgré ce succès rapide, le label prévoit un développement encore plus grand dans les prochaines années avec pour ambition d’atteindre les 500 entreprises certifiées aux niveaux 2 et 2 d’ici à 2030. « L’objectif est d’embarquer le maximum d’entreprises pour que toutes ces démarches RSE deviennent culturelles et qu’on les applique sans même y réfléchir. Anticiper sur les questions sociales et environnementales aujourd’hui rendra les entreprises plus compétitives demain » conclut Marie-Catherine Dufour.

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