[Bordeaux Tasting] Château Margaux, une master class en bouquet final - Routes des vins

[Bordeaux Tasting] Château Margaux, une master class en bouquet final

La onzième édition de Bordeaux Tasting s’est achevée cet après-midi avec une master class de grand prestige, consacrée au château Margaux, Premier Grand Cru Classé 1855. Un moment hors du temps qui a ravi tous les amateurs présents.

Certains moments ont une saveur particulière, celle des émotions qui nous donnent le sentiment que le temps s’arrête et qui nous permettent, un bref instant, de capturer la beauté. La dernière master class de Bordeaux Tasting, qui a conclu cette onzième édition du festival des grands vins organisé par Terre de Vins, était l’un de ces moments. Il s’agissait d’une dégustation entièrement consacrée au château Margaux, légendaire Premier Grand Cru Classé 1855 – une première en onze éditions, qui ont pourtant déjà vu passer bon nombre de propriétés emblématiques du Bordelais. Cette master class se tenait en présence d’Alexis Leven-Mentzelopoulos, directeur général adjoint, représentant la troisième génération à la tête de ce domaine iconique : c’est en effet en 1977 qu’André Mentzelopoulos, homme d’affaires d’origine grecque (qui fit fortune grâce au développement de la chaîne de grands magasins Félix Potin), fit l’acquisition auprès de la famille Ginestet de cette propriété qui exigeait alors, comme beaucoup de grands crus girondins, de sérieux efforts de réhabilitation. Ce à quoi il s’emploiera avec passion, avant que sa fille Corinne reprenne le flambeau suite à son décès prématuré en 1980. Quatre décennies plus tard, Château Margaux a retrouvé sa juste place au firmament des grands vins de Bordeaux et du monde, grâce au travail accompli par Corinne Mentzelopoulos, toute son équipe, et désormais ses enfants Alexandra et Alexis.

« Main de fer dans un gant de velours »

Au côté de ce dernier, Rodolphe Wartel, directeur général de Terre de Vins, Sylvie Tonnaire, rédactrice en chef, et Serge Dubs, Meilleur Sommelier du Monde 1989, assuraient l’animation d’une dégustation qui laissera des traces indélébiles dans la mémoire des amateurs présents. Soulignant les constants investissements, financiers, techniques et humains, qui ont été consentis ces dernières années pour hisser sans cesse le niveau des vins de Margaux (à commencer par un chai moderne conçu par l’architecte Lord Norman Foster, inauguré en 2015), Alexis Leven-Mentzelopoulos s’attache toutefois à souligner que l’enjeu en tant que « passeur » est avant tout de préserver, pérenniser et transmettre l’essence d’un lieu d’exception : « on est que de passage ». Propriété de 260 hectares pratiquement inchangée depuis le XVIème siècle, comptant 82 hectares de vignes dédiées à la production de vin rouge et 12 hectares de vignes dédiées au vin blanc, Château Margaux occupe une place à part dans le club des Premiers Grands Crus Classés, donnant naissance à des vins d’une indéfinissable élégance, « main de fer dans un gant de velours ». La dégustation de quatre vins de la propriété a pu le confirmer.

La dégustation

Pavillon Blanc 2019 – Le blanc de Château Margaux, produit au moins depuis 300 ans et rebaptisé Pavillon Blanc en 1920. Un 100 % sauvignon d’une remarquable pureté aromatique, coïncidant avec le caractère cristallin de la robe, déployant un caractère élancé et aérien, sans le moindre marqueur variétal, souligné par une touche de tilleul, de citron vert, de citronnelle. Serge Dubs y voit un accord possible sur un homard breton aux champignons sauvages, Sylvie Tonnaire oserait un tarama maison au jus de citron vert. Alexis Leven-Mentzelopoulos souligne le succès de ce vin au Japon, ce qui ouvre une foule de possibilités d’accords…

Pavillon Rouge 2009 – Le second vin de Château Margaux, produit lui aussi depuis le XVIIème siècle. Sur un millésime solaire, cet assemblage à dominante de cabernet sauvignon (67 %) saisit par son équilibre aromatique tout en retenue, son boisé maîtrisé et son léger truffé. « Ce vin est d’une telle évidence, il a l’air tellement « facile » qu’on en oublierait presque que c’est la grande classe », s’enthousiasme Serge Dubs. « C’est un peu addictif ! » Sylvie Tonnaire imagine de cuisiner avec ce vin un tataki de thon au poivre, ou un grenadin de veau aux champignons noirs et légumes racines.

Château Margaux 2004 – Sur un millésime dit « classique » à Bordeaux, le « style Margaux » s’exprime à plein, sur une élégance distinguée qui ne se hausse pas du col mais délivre un vin plein et étiré, à la belle persistance. Un millésime (pioché dans l’impressionnante œnothèque du domaine remontant jusqu’à 1848) que la famille Mentzelopoulos aime particulièrement servir en ce moment, tant le vin paraît ouvert et aimable à ce stade. « Un millésime à maturité », souligne Serge Dubs. « La fermeté de ses tanins en fait un parfait compagnon de table », une appréciation partagée par Sylvie Tonnaire qui met l’accent sur le caractère « floral, marqué par la jacinthe, mais aussi la droiture et la très belle énergie en bouche » de ce 2004 qui appelle, en effet, « une cuisine riche », comme un tournedos Rossini ou un coq au vin.

Château Margaux 1989 – « Un millésime d’exception à Bordeaux », annonce Alexis Leven-Mentzelopoulos qui retrace le « parfait scénario climatique » d’une année 1989 qui a permis d’atteindre de parfaites maturités. « Tout est là, le plaisir et l’émotion, ce qui fait la signature des grands vins ». C’est une folle palette de nuances qui se déploie dans le verre, le fruit confit (quetsche, datte) se mêlant au laurier, à l’eucalyptus, à de fines notes viandées et truffées. Serge Dubs s’attarde longuement sur la robe du vin, « profonde, à la fois grenat et teintée de reflets caramel, évoluée mais pas fatiguée, tout comme le nez, complexe sans être marqué par la moindre note de volatile ou d’oxydation ». En bouche, le Meilleur Sommelier du Monde 1989 salue « structure, puissance, volume sans lourdeur, tannins présents mais d’une superbe élégance, persistance remarquable ». « Cet équilibre entre puissance et délicatesse, c’est vraiment la typicité de cette propriété », abonde Alexis Leven-Mentzelopoulos. « On a de la chance », poursuit Sylvie Tonnaire qui met en lumière le caractère « giboyeux et sanguin » du vin, « mais aussi ses notes de cire de bois noble, son attaque juteuse et sa finale désaltérante », sur lequel elle imagine un canard à l’orange amère. Serge Dubs, pour sa part, conclut son commentaire par ces mots : « c’est comme ça que j’adore Margaux ! » On l’adore aussi, et on n’est pas près d’oublier ce moment.

Lire aussi l’article consacré à la famille Mentzelopoulos dans Terre de Vins n°80, actuellement dans les kiosques.

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