[BOVA] 1990, un millésime flamboyant

Sur le papier, lorsque l’on regarde les analyses, le degré potentiel, l’acidité, la qualité sanitaire du raisin, 1990 en Champagne, c’est l’année parfaite ! Qu’en est-il dans le verre, 34 ans plus tard ? Une chose est certaine, dans le cadre du challenge « Best Old Vintage Awards« , c’est le millésime dans lequel les maisons avaient le plus foi pour gagner le cœur du jury, puisque sur les 35 maisons participantes, 16 l’ont choisi parmi la trilogie 1988, 1989, 1990, pour les représenter. Terre de vins vous révèle les commentaires de dégustation des neuf 1990 qui ont été retenus dans le top 20.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la dernière décennie du XXe siècle s’ouvrait sous les meilleurs auspices. À l’international, 1990 est marqué par par la fin de l’apartheid en Afrique du Sud et la libération de Nelson Mandela, après 27 ans d’emprisonnement. La même année, Internet remplace Arpanet, ouvrant la voie à la popularisation de ce réseau numérique. En France, la jonction avec l’Angleterre par le tunnel sous la Manche est achevée. Bref, si l’on excepte le début de la Première Guerre du Golfe, tous les espoirs étaient permis pour le futur, l’humanité semblait alors avoir tout pour réussir, à l’image de la nouvelle vendange survenue en Champagne dont la très belle maturité avec à la fois un niveau d’acidité et un niveau de sucre élevés, laissait présager des cuvées exceptionnelles. 1990 semblait ainsi faire la synthèse des deux millésimes précédents, 1989 ayant un niveau de sucre élevé à la vendange, mais une acidité plus en retrait et 1988, une belle acidité mais un niveau de sucre un peu faible. Le secret de cette combinaison en 1990 ? Un été très ensoleillé, mais sans sécheresse et sans atteindre des températures caniculaires.

Xavier Berdin, le chef de caves de la Maison Palmer & Co, raconte : « La vendange 1990 s’inscrit au troisième rang des plus volumineuses récoltes champenoises. Avec un scénario original qui introduit un schéma que l’on retrouvera très fréquemment dans les décennies suivantes : un hiver anormalement doux, un printemps chaud et sec qui provoque un départ hâtif et fulgurant de la végétation. Le débourrement à la fin du mois de mars fait craindre les gelées… L’épisode ne se fait pas attendre, les bourgeons souffrent début avril. La saison estivale est marquée par un temps chaud et sec avec un ensoleillement inédit depuis les années 1950. L’état sanitaire des raisins, l’équilibre des moûts et les potentialités des vins sont différents de la vendange précédente mais tout aussi remarquables. » 

Le portrait robot des 1990 ? Ils ressemblent un peu aux 2012. Tout en gardant beaucoup de fraîcheur, ils offrent aussi beaucoup de richesse et de gourmandise. Là où 1988 ou 2008 offrent une image élégante mais un peu austère, 2012 comme 1990 présentent une grande palette de couleurs et de motifs et font l’effet d’un feu d’artifices, mais toujours sans lourdeur grâce à cette très belle tension qui vient les soutenir et les vivifier. L’esthétique rappelle un peu le gothique flamboyant, une architecture élancée, avec une certaine verticalité, mais en même temps beaucoup de fioritures qui annoncent déjà le baroque sans en avoir la lourdeur. C’est du moins ce qui vient à l’esprit à la lecture des commentaires de dégustation des neufs 1990 retenus dans le Top 20 du Best Old Vintage Awards, le challenge organisé par Terre de vins avec la collaboration des plus grands experts internationaux de la bulle. Ces cuvées vous sont présentées ici par ordre alphabétique :

Billecart-Salmon, Nicolas-François 1990 (bouteille)
Le nez évoque la brioche fourrée à la framboise, les fleurs séchées, le moka. La bouche est réglissée et saline. On a la sensation de croquer dans un kumquat avec, à la fois, le jus bien acide et l’amertume de la peau. Tout cela enrobé de safran, d’une touche de sève de pin et de pruneau. Le format bouteille n’a eu d’impact que sur l’effervescence, un peu perlante, ce qui donne une forme de crémosité. 
61 % pinot noir, 39 % chardonnay Dégorgement : 06/1999 Dosage : 10 g/l 

De Saint-Gall, Orpale 1990 (bouteille) 
Le nez est très chaleureux et s’exprime par petites touches, ici une pointe d’encens, là des notes de massepain, d’épices brûlées, de viennoiserie, d’écorce d’orange cuite, de truffe, de grain de café torréfié. En bouche, on retrouve une ambiance de sous-bois humide un peu automnale, beaucoup de fruits blancs, la poire pochée, le côté acidulé de la golden-smith, la croûte dorée du pain et la crème moka. 
100 % chardonnay Dégorgement : 02/2000 Dosage : 10 g/l 

Castelnau, Collection Œnothèque 1990 (magnum), 
Au nez, on part sur la bruyère, la pomme séchée, la truffe noire, mais aussi la noix, le vin ayant pris une touche oxydative qui n’a rien de désagréable. La bouche exprime toute la complexité que peut donner une longue autolyse, à travers ces notes de noisette et de crème brûlée. Pour autant, le vin garde du fruit, celui de la pâte de coing et du pamplemousse, dont le zeste porte la finale. 
64 % pinot noir, 36 % chardonnay Dégorgement : 12/2023 Dosage : 3 g/l 

Deutz, William Deutz 1990 (magnum)
De la puissance, de la fraîcheur, voilà un champagne racé ! Le nez s’ouvre sur le gingembre confit, la compote de pêche, la marmelade et la fleur d’acacia. La bouche allie orange cuite, cire d’abeille, bois de santal, cannelle, rose fanée, et un enrobage gourmand et salivant de caramel au beurre salé. Les amers zestés qui tiennent la fin de bouche apportent de la longueur. 
55 % pinot noir, 35 % chardonnay, 10 % meunier. Dégorgement : 11/2009 Dosage : 11 g/l 

Duval-Leroy Cuvée des Roys 1990 (magnum)
Jeunesse, tension, énergie et vivacité, voilà ce qui définit cette cuvée. Le nez s’ouvre sur les fleurs blanches et les agrumes. La bouche soyeuse, élégante et précise ne montre presque aucune trace d’évolution, si ce n’est en filigrane une légère ambiance de sous-bois qui lui donne une petite patine. On est sur le citron vert, la rhubarbe. Le fruit encore pur n’a rien de confit. Il s’adosse à une légère pointe toastée et à une salinité crayeuse. 
82 % chardonnay, 18 % pinot noir. Dégorgement : 01/2024 Dosage : 2 g/l 

Palmer & Co Collection Vintage 1990 (magnum) 
Jean Ferrat avait raison : que la Montagne est belle ! Elle donne aux vins de Palmer beaucoup de caractère. Au nez, on est séduit par cette odeur de pierre séchée par le soleil, ce côté tarte Tatin aux pommes et la touche de cacao. En bouche, on retrouve des notes de calcaire fumé, de mandarine, d’amande sucrée, d’herbe séchée, une salinité qui donne l’eau à la bouche, et une fin de bouche florale, le tout porté par une acidité vibrante. 
51 % chardonnay, 49 % pinot noir. Dégorgement : 12/2023. Dosage : 4,3 g/l 

Paul Bara Comtesse Marie de France 1990 (bouteille)
Un champagne généreux, riche, suave, fondu et onctueux. Au nez, on part sur des notes de fruits exotiques, de miel et de pain d’épices. La bouche laisse place à des arômes de pêche mûre, de bois ciré, de marmelade et de clou de girofle. Le mélange de pin et d’iode donne la sensation de parcourir les landes au bord de l’Océan. 
100 % pinot noir. Dégorgement : 2000. Dosage : 10 g/l 

Pierre Gimonnet & Fils, Millésime de collection Les cuvées de l’an 2000 1990 (magnum)
Le nez exhale un parfum de bergamote, de noisette, de coing, de fleur d’oranger et de calisson. La bouche, un peu plus dense, s’ouvre sur des notes d’encaustique. Elle se déploie ensuite sur des arômes d’orange confite, de cardamome, de fruits à noyau, une pointe de basilique et, en trame de fond, la pierre chaude mouillée par une pluie d’été. 100 % chardonnay. Dégorgement : 07/2023. Extra-Brut 

Veuve Clicquot, La Grande Dame 1990 (magnum) 
La cuvée rend un bel hommage à la finesse et à l’intensité du pinot noir qui domine l’assemblage. Le nez s’ouvre sur la confiture de pêches, l’abricot sec, le beurre brun, l’huile de noix, la pierre à fusil. En bouche, on retrouve le beurre cuit, mais sans que le vin en ait pris la texture grasse. Le champagne reste vif et salin. Sur une trame de craie humide, une ligne d’agrume s’étire tandis que des arômes réglissés viennent compléter cette fraîcheur. 
61 % pinot noir, 39 % chardonnay. Dégorgement : 10/2021. Dosage : 8 g/l 


Rappelons que toutes ces cuvées seront bientôt vendues au profit de la Mission Unesco Champagne aux enchères par Hart Davis, la plus importante maison d’enchères spécialisée dans les vins aux Etats-Unis. Le top 3 sera par ailleurs révélé le 23 mai prochain lors d’un dîner de gala au Georges V.

©A. Viller

Le jury était présidé par Tyson Stelzer, auteur d’un Guide du champagne qui fait référence en Australie. Il était composé de Tom Hewson, membre de l’équipe de rédacteurs experts de Decanter, Yuri Shima spécialiste japonaise, le Suédois Andreas Larsson, Meilleur sommelier du monde 2007, Essi Avellan, Master of Wine finlandaise, auteur de l’Encyclopédie mondiale du champagne, Jeannie Cho-Lee, également Master of Wine, contributrice du Wine Spectator, l’Italien Alberto Lupetti, auteur du Guide Grande Champagne, Peter Liem, directeur pour la dégustation du magazine Wine & Spirits, David Morin, meilleur caviste de France, Sylvie Tonnaire, directrice de la rédaction de Terre de vins et Yves Tesson, rédacteur en chef adjoint. « Terre de vins » tient à remercier Xavier Mayran de Chamisso, qui a initié ce projet, Christian Holthausen, qui nous a ouvert son carnet d’adresses avec générosité et enthousiasme, ainsi que le Royal Champagne et l’équipe du sommelier Philippe Marques pour leur accueil chaleureux et extrêmement professionnel. 

Une master class inédite aura lieu à Champagne Tasting le 25 mai à Paris
Les Best Old Vintage Awards : Ode au vieillissement – 17h45 à 18h30

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