Buzet entre dans le « new age »

Avec la nouvelle cuvée Eranova qui illustre une démarche expérimentale unique, les Vignerons de Buzet entendent affronter le changement climatique en faisant évoluer leur vignoble, tant en termes d’encépagement que de pratiques.

Les réflexions sur le changement climatique, initiées à la cave de Buzet depuis 2015, ont conduit les vignerons à s’interroger sur la façon de continuer à faire du vin avec des exigences environnementales de plus en plus contraignantes. « Outre le fait de se passer le plus possible d’intrants, l’idée était d’aider le vignoble à se débrouiller tout seul », commente Carine Magot, responsable vignes de la coopérative des Vignerons de Buzet. « Pour cela, nous nous sommes réunis avec les viticulteurs [130 adhérents à la cave] et divers experts en agroforesterie, irrigation, géologie… pour créer un vignoble « new age«  sur 17 hectares (dont 11,5 déjà plantés), d’un seul tenant appartenant en propre à la coopérative. » 

Tests de cépages et pratiques
L’équipe a ainsi défini deux leviers : l’innovation variétale et la conduite de la vigne. Pour le premier, le groupe de réflexion, après avoir épluché les prévisions du Giec à 2050, a étudié la possibilité de diversification de l’encépagement. Ont ainsi été testés des cépages venant de régions plus méridionales tels le marselan, le tempranillo, le niellucciu, et des résistants comme l’artaban et le vidoc (contre l’oïdium), mais également la syrah. Six nouveaux cépages ont été plantés en 2019. Ils ont donné lieu aux premières vendanges en 2022. Le deuxième axe de travail concerne la conduite du merlot, du malbec et du cabernet-sauvignon, parmi les principaux cépages de l’appellation. « Nous avons testé des tailles plus hautes pour que les vignes soient moins sensibles au gel, des ports retombants pour protéger les raisins du soleil, une couverture totale du sol », détaille Carine Margot. 

Cette expérimentation hors AOP, véritable laboratoire de R&D à ciel ouvert, inclut la stimulation de la biodiversité via l’agroforesterie. Une vingtaine d’espèces locales d’arbustes, de fruitiers, de haies, soit environ 1 500 spécimens, ont été plantées dans les parcelles « pour complexifier l’écosystème sans empêcher la mécanisation du vignoble. Dans ce nouveau cadre, nous avons constaté que la vigne, conduite en bio, apparaissait plus résiliente et revenait plus vite à l’équilibre après les aléas climatiques. » 

Ainsi est née Eranova
Des noues (fossés évasés) ont permis de créer des zones de fraîcheur. Une dizaine de kits de mesure (température, humidité, dendrométrie…) installés dans la parcelle offrent un meilleur suivi et un bilan de santé plus précis. « Plus tard, nous pourrions obtenir par drone une carte d’indice de végétation avant d’analyser les données », précise Carine Margot. Ce vignoble-pilote s’inscrit dans le cadre d’une étude d’interaction entre vigne et arbres initiée par l’Inrae Bordeaux Nouvelle-Aquitaine. Une expérience de vitipastoralisme complète l’expérience depuis 2023. Les « nouveaux » cépages ont fait l’objet de vinifications séparées pour les proposer à la dégustation à l’Inao en vue d’une évolution à terme du cahier des charges ; un dossier a été déposé pour une reconnaissance en Vifa (Variété d’Intérêt à Fin d’Adaptation) à hauteur de 10 %. En attendant, les Vignerons de Buzet ont eu l’idée de créer une cuvée baptisée Eranova (ère nouvelle) pour raconter cette histoire. Ce Vin de France 2023 destiné aux cavistes (9-10 €) a été élaboré pour 40 % à base de cépages méditerranéens plus résistants (tempranillo, niellucciu, syrah, marselan, vioc, artaban) assemblés en cuve au malbec et au merlot.

Cet article Buzet entre dans le « new age » est apparu en premier sur Terre de Vins.

Commentaires

  • Pas encore de commentaires...
  • Ajouter un commentaire