Château Petit Val : déplacer des montagnes

Dix ans après son rachat par Olivia et Jean-Louis Alloin, cette propriété s’est façonnée une place à part, n’hésitant pas à faire bouger les lignes attendues d’un Saint-Émilion Grand Cru grâce à l’infatigable énergie de son directeur David Liorit. Et ce n’est que le début.

C’est un trio bouillonnant, passionné, qui met autant d’enthousiasme dans ses échanges « familiaux » que dans la façon dont il invente, depuis dix ans, une histoire singulière sur la rive droite du vignoble bordelais. Dix ans, c’est le temps qu’il a fallu pour amener « à l’âge de la maturité » ce château Petit Val qui passe tranquillement du statut de « trublion de Saint-Émilion » à celui de prétendant sérieux au classement pour l’édition 2032. Dix ans de travail, d’efforts et surtout d’audace de la part d’Olivia Alloin, Jean-Louis Alloin et David Liorit.

De 6 à 18 hectares à dix ans
Tout commence donc en 2014 lorsque Olivia et Jean-Louis ont un coup de cœur pour cette petite propriété d’alors 6 hectares, située au nord de Saint-Émilion, dans un vallon – d’où son nom. Olivia a des racines alsaciennes, Jean-Louis des racines beaujolaises ; ils sont tous deux passionnés de la terre (ils possèdent aussi un élevage bovin dans l’Allier) et de la vigne. C’est sur cette appellation libournaise chère à leur cœur qu’ils jettent leur dévolu, après avoir mandaté David Liorit, rencontré sur un autre projet, pour leur dénicher « la » pépite. Ce dernier, qui a fait ses classes au côté de Stéphane Derenoncourt et a conduit un vignoble à Cahors, est un technicien du vin qui ne manque ni d’idées, ni d’énergie pour les réaliser. Entre David et les Alloin, l’alchimie prend : ensemble, ils vont s’employer à faire grandir la propriété, en surface, en qualité de production et en notoriété. Côté foncier, les sols argilo-sableux originels sont complétés en 2015 de parcelles argilo-calcaires à Saint-Laurent-des-Combes, puis tout récemment de 2 hectares sur le plateau calcaire de Saint-Émilion, sans oublier quelques acquisitions du côté de Castillon – portant la superficie totale à 18 hectares aujourd’hui, et une jolie palette de terroirs complémentaires. Côté vin et notoriété, une longue séquence de travaux est entamée en 2017 pour moderniser et améliorer le cuvier, afin de répondre aux exigences qualitatives mises en place par David Liorit. Ces travaux s’étendent à un deuxième chai d’élevage, une grande salle polyvalente (autrefois dédiée au stockage) et un espace boutique / réceptif tout récemment inauguré, avec salons privatisables et grand éventail de millésimes proposés à la vente. Cette saison verra le lancement d’une nouvelle offre de visites, pour développer l’activité œnotouristique.

Une gamme audacieuse
La gamme, elle, s’est considérablement étoffée au fil des années, s’articulant sur des « classiques » et s’élargissant à quelques étiquettes audacieuses. La force de Petit Val est de ne rien s’interdire, une force d’autant plus mesurable que la propriété gère elle-même la totalité de sa commercialisation : elle est donc au contact de son marché, de ses clients directs, elle entend leurs attentes et observe leurs goûts. Privilégiant, pour son saint-émilion-grand-cru, la mise en vente de millésimes prêts à boire, Château Petit Val a encore en stock des 2014, 2015, 2016… et vient juste de mettre en vente son 2018. Autour de la cuvée « classique », on trouve donc une cuvée « premium », Muse du Val, un rosé, un blanc 100% riesling (clin d’œil aux origines alsaciennes d’Olivia Alloin), un rouge 100% cabernet franc élevé en amphores et sans sulfites ajoutés, et le petit dernier de la famille, un 100% malbec qui permet à David Liorit de renouer avec ses années cadurciennes. Il ne fait pas de doute que cette famille est d’ailleurs appelée à s’agrandir encore – il se murmure que quelques plants soigneusement sélectionnés de syrah, grenache et mourvèdre seraient en passe de trouver refuge à Saint-Émilion… Puisqu’on vous dit qu’au château Petit Val, on ne s’interdit rien ! C’est sans doute cela, la clé du succès.

La dégustation
ROSE DU VAL 2023
Bordeaux rosé
15 €
50% merlot 50% cabernet franc, pressurage direct. Couleur rose intense. Nez de violette, rose, guimauve, cerise confite, agrumes, berlingot, touche amylique. Bouche encore sur un côté perlant (la mise en bouteille date de mi-décembre, qui s’estompe vite. Joli équilibre entre la gourmandise et le caractère acidulé, une aromatique flatteuse sur le petit fruit rouge. C’est un rosé plutôt taillé pour la table, doté d’une jolie mâche et tenu par une belle acidité.

ORFÈVRE DU VAL 2020
Vin de France
69 €
Une curiosité, et aussi une rareté (1700 bouteilles environ) ! Un blanc 100% riesling – 30 ares plantés en échalas, travaillés au cheval, sur sols calcaires et sablo-argileux. Élevage mixte entre barrique, œuf mêlant bois et inox, wineglobes… On a la signature variétale du cépage avec une note d’hydrocarbure, une très légère note oxydative, poire et citron confit. Bouche tendue mais charnue, avec une pointe de sucrosité (environ 5 g de résiduel), on retrouve le côté citron confit, on a une note presque orientale et muscatée (eau de fleur d’oranger, eau de rose).

MARGO « Cuvée de cœur » 2021
Saint-Emilion
26,40
100% cabernet franc, 100% amphores (6-7 mois d’élevage), pas de sulfites ajoutés. Un peu de réduction au premier nez. À l’aération il se départit de son côté réduit, il garde du fruit noir, une touche chocolatée. La bouche est campée sur le profil à la fois mûr, juteux et légèrement rustique du cabernet franc. Il assume son grip dans les tannins, le profil côtelé, une aromatique qui convoque la ronce, la baie sauvage, le tour de poivre vert. La fraicheur de menthe sauvage en finale lui va bien ! Une cuvée de 800 bouteilles environ, dont les ventes sont reversées à une association caritative.

CHÂTEAU PETIT VAL 2018
Saint-Emilion Grand Cru
36,90 €
70% merlot 30% cabernet franc. Sur l’évolution connue du millésime 2018, on découvre un nez de fruit noir bien mûr, aux nuances de jus de viande, pruneau, légère touche cendrée. On discerne une fleur mauve sénescente, du bois noble, de l’orange sanguine, de la confiture de cerise noire. Une certaine concentration de fruit se devine. Bouche droite, nette, une matière pleine et affutée, plus monolithique que sphérique, avec des tannins sculptés, une bonne longueur, une finale réglissée conclue par une légère note grillée et torréfiée.

MUSE DU VAL 2018
Saint-Emilion Grand Cru
85 €
50% merlot 50% cabernet franc, sélectionnés sur des coteaux argilo-calcaires et sur la dalle calcaire, des rendements 35 hl/ha. Vinification intégrale dans une barrique debout à fond ouvert, en camion frigorifié. Petite production. Nez plongeant, encre de Chine, densité réglissée, fleur capiteuse, musc, crème de mûre. La bouche est d’une définition précise, juteuse, vibrante, sertie de tannins juteux et pressants. La longueur est savoureuse, on a de la structure et de la persistance, une matière texturée, une bonne maîtrise de l’alcool. C’est un vin à la fois riche, plein et fin.

VALENTINA 2020
Saint-Emilion Grand Cru
28 €
« Valentina », un nom trouvé en hommage à la fille de David Liorit. C’est un 100% malbec (clin d’œil à la période de David à la tête du Mas des Etoiles à Cahors), surgreffé à la place du petit verdot sur une parcelle de 50 ares, sol sablo-argileux. Vinification intégrale, début d’élevage en jarres, puis élevage 24 mois en fûts d’un vin (Muse du Val). Après des essais en 2018 et 2019, 2020 est le premier millésime vraiment concluant sur cette cuvée. Nez de violette, fruit noir un peu sauvage, touche de pierre chaude, la palette se déploie en chocolat au lait sur coulis de cerise, note de cuir… Bouche crémeuse, ample mais aérienne, belle matière digeste et fine, on a de l’épice, de la gourmandise, un petit coup de griffe dans le tannin, c’est bien ajusté, avec une dimension savoureuse, légèrement entêtante en finale.

Cet article Château Petit Val : déplacer des montagnes est apparu en premier sur Terre de Vins.

Commentaires

  • Pas encore de commentaires...
  • Ajouter un commentaire