Château Raymond Lafon : une notoriété bien fondée

Raymond Lafon fait partie des rares châteaux de Sauternes non classés en 1855 qui auraient pu l’être si l’histoire en avait décidé autrement. La famille Meslier, propriétaire depuis 1972, a fait, dans les années 80-90, un travail de fond pour reconquérir une notoriété maintenant retrouvée et bien établie.

Le visiteur se gare sur le parking entre le château et une grange dans laquelle une cariole du début du 20ème siècle attire le regard. « Je ne suis jamais monté dedans » dit Jean-Pierre Meslier en vous accueillant. Pour se diriger vers la salle de dégustation, vous passerez devant le château : une curieuse et imposante bâtisse dans le style napoléon III, à mi chemin entre le château et la villa arcachonnaise, et dont la façade regarde avec envie le château Yquem et sa magnifique croupe de grave qui lui font face. L’homme vous expliquera que la propriété était en bien mauvais état lorsque son père, ingénieur agronome et régisseur au château Yquem voisin, l’acheta, en 1972. Seuls 4 ha restaient de ce château qui en 1928 en comptait une dizaine. Le Féret « Bordeaux et ses vins » de 1928 ne dit-il pas que « le château devrait avoir sa place au rang des 1er crus de la commune de Sauternes » et que « ses vins sont recherchés à cause de leur finesse, de leur moelleux et de leur agrément » ? Si le style de la description a bien évolué et s’est enrichi depuis, le terroir lui, n’a pas bougé. La raison principale de la qualité des vins est que les parcelles sont cernées par celles d’Yquem, Lafaurie Peyraguey, Sigalas Rabaud, Rabaud Promis et Suduiraut, tous classés : rien de moins. Mais pourquoi ce château ne fait-il donc pas partie du classement de 1955 ?

Un classement manqué de peu, mais une forte communication qui a payé
La propriété fut créée en 1850 par M Raymond Lafon. Pour être éligible au classement de 1855, il fallait être en mesure de justifier des prix de vente établis sur plusieurs décennies. Raymond Lafon « n’avait pas assez de millésimes à faire valoir » explique Jean-Pierre Meslier. Il ne fut donc pas classé. Un handicap que seule une entreprise de communication puissante pouvait compenser. C’est ce à quoi Jean-Pierre Meslier s’est attaché. La famille n’a dû compter que sur elle-même pour vendre ses vins « Le négoce a refusé de commercialiser nos vins car on n’était pas classé ». Aujourd’hui la situation a changé puisque 20 % des vins sont achetés par le négoce. C’est finalement peu et c’est bien la clientèle particulière constituée par Jean-Pierre qui achète. Les 15 années passées en Californie, à San Francisco, en tant qu’importateur, n’y sont pas pour rien. Mais c’est aussi, à l’occasion de voyages à l’étranger, les dégustations organisées dans de grands hôtels ou des restaurants réputés qui ont contribué à forger la réputation du cru et ont constitué un fichier clients. « Un travail de fond qui a permis de s’attacher des clients qui appelaient le négoce. Mais le négoce n’en avait pas. Alors les clients revenaient vers nous ». 

©Jean-Pierre Meslier

Beaucoup de châteaux de Sauternes complètent leur gamme avec la production de vins secs plutôt haut de gamme qui se vendent bien. Sur ce sujet, Jean-Pierre hésite : « Je ne sais pas. Est-ce que cela ne va pas brouiller l’image du château. Si on le fait, cela ne peut être que du haut de gamme. On en a fait jadis, pas à Sauternes, mais sur la région des Graves où nous avions une parcelle ». La famille se concentre pour le moment sur les deux Sauternes qu’elle produit, car il ne faut pas oublier « Jeunes Pousses », comme une promesse d’avenir, le 2ème vin, du nom du « Home d’enfants », un sanatorium pour jeunes enfants, que la famille avait créé au début du 20ème , à Briançon. 

Terre de Vins a aimé : Raymond Lafon 2019. 50 €.
Belle couleur vieil or. Nez expressif sur des arômes de poire, d’ananas, et de bonbon au citron. Un éclat de fraicheur vient relever l’ensemble. L’attaque est safranée et le milieu de bouche révèle vite une très belle liqueur, étirée et fine, bien équilibrée par l’acidité. La fine amertume des notes de pamplemousse se dissipe pour laisser la place à une réminiscence d’ananas, et surtout, en finale, des saveurs d’orange confite, de mandarine impériale, et un filigrane de mangue. Riche, fin et persistant. 

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