Coates & Seely : un coup de Trafalgar ? 

Il y a quelques jours se déroulait une dégustation d’un type inédit, celle de sparkling anglais de la maison Coates & Seely, de l’Hampshire. De quoi éveiller la curiosité et, s’il en fallait davantage, la présentation d’une cuvée baptisée « La Perfide » 

Certains Anglais, férus de champagne, en revendiquent la paternité simplement à cause d’une reprise de fermentation de vins tranquilles livrés Outre-Manche au XVIIIème siècle. Cette mauvaise plaisanterie corrobore la passion séculaire du Royaume-Uni pour le champagne et se prolonge, avec fair-play, par l’émergence des sparkling anglais. Coates & Seely, du nom de deux associés, contribue donc à écrire le début d’une nouvelle épopée viticole dans le sillage du roi des effervescents, sans jamais lui voler la politesse : « Nous avons la méthode britannique qui doit tout à la méthode traditionnelle. Si nous avions été sans scrupules, nous aurions fait comme les Russes et usé, sans vergogne, du mot champagne » nous assure Nicholas Coates. Le ton est donné. 

Aux marges du Bassin parisien
L’histoire viticole de Coates & Seely commence dans l’Hampshire avec une première vinification en 2009. Les vignes du domaine sont encore trop jeunes pour donner une production, mais les associés achètent du raisin provenant de vignes plantées par un compatriote jusqu’alors taxé d’excentrique pour avoir cru à la viticulture sur un terroir aussi contraignant. Ce n’est en effet qu’à partir de 2017 que plusieurs maisons de champagne rémoises lui donneront raison en implantant elles aussi des vignes, notamment dans le Kent. Les associés, Nicholas Coates qui se consacre désormais au domaine après une carrière dans la banque d’investissement, et Christian Seely, directeur général d’Axa Millesime, commencent par planter 28 ha sur des pentes orientées sud et des sols de craies avec quelques veines argileuses. Ce sont les marges nord-ouest du Bassin parisien : à l’extrémité Est, se situent les meilleurs terroirs de l’appellation champagne. Mais le climat diffère, plus froid et plus humide. L’influence de la mer permet toutefois d’adoucir les hivers. L’encépagement est ainsi adapté : peu dense, 5000pieds/ha, sur des rangs de vignes plus espacés afin de ne pas retenir l’humidité. Avec des étés moins ensoleillés, il faut attendre la maturation plus longtemps et les vendanges peuvent se prolonger jusqu’à fin octobre ; une prise de risque que les propriétaires assument malgré l’humidité. Ces précautions ont un prix : des rendements entre 30 et 40 hL/ha. Afin de profiter d’un climat moins sujet aux gelées, plus clément de 2°C en moyenne, Coates & Seely a acquis en 2022 28ha sur le l’Ile de Wight. 

Une inspiration française
Sur les bouteilles de Coates & Seely, une boutade et un hommage : la « méthode britannique » s’inspire du savoir-faire champenois et la caution de Stéphane Derenoncourt contribue à cette inspiration française. Afin de gagner en rondeur, tous les vins ont une fermentation malolactique et l’élevage se prolonge entre 30 et 36 mois sur lies. A la vigne comme à la cave, ces efforts consentis permettent de doser raisonnablement les vins : le brut réserve NV (pour Non Vintage) est dosé à 4g/L, et il a été jugé bon de ne pas doser le millésimé 2016 blanc de blancs, cuvée la Perfide. Il nous restait à la déguster afin d’agréer le parti pris par Coates & Seely… 

Coates & Seely brut reserve NV
Ce qui convainc d’abord c’est la maîtrise de la prise de mousse pour tous les vins dégustés. Sur le brut sans année, cela se traduit par une effervescence délicate dans un vin d’un doré léger marqué par des reflets verts. Le nez se déploie sur la fraîcheur entre notes de crème fraîche et de craie. On retrouve en bouche une attaque marquée par une légère amertume amplifiée par l’effervescence, elle se prolonge sur la pomme verte. Sapide. 39€90 TTC

Coates & Seely blanc de blancs « La Perfide » 2016
Quand on les interroge sur le nom de leur cuvée, les Anglais nous prouvent qu’ils ont de l’humour. « La perfide » est un emprunt à l’expression française « la Perfide Albion » pour s’approprier la taquinerie. Millésimer 2016, si on compare aux conditions météorologiques de la Champagne cette année-là, pouvait sembler risqué pour une maison qui débutait sur un nouveau terroir. Sur ce point, Christian Seely nous rassure : « Nous avons les mêmes problèmes qu’en Champagne, mais pas au même moment ». Dans l’Hampshire, 2016 était donc propice à millésimer. La Perfide 2016 sort après un vieillissement de six ans et demi sur lies. A l’œil, on remarque des reflets dorés légers, au nez c’est la poire qui domine. En bouche l’équilibre se fait sur le fruité : l’attaque soutenue par les bulles libère des arômes de zestes d’agrumes. Cette belle continuité s’achève par une amertume crayeuse légèrement iodée.  

C’est en France que la cuvée la Perfide 2016 a été présenté pour la première fois, 15 jours avant la presse britannique. Cette primeur, en plus de nous flatter, ne serait-elle pas également une adresse à la presse anglaise ? Que les Français apprécient, voilà le coup de Trafalgar ! 

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