[Crozes-Hermitage] Jean Esprit se met au rolle

Le domaine familial de la famille Esprit vient de créer deux nouvelles cuvées à base de rolle, en Vin de France donc, blanc et rosé, du nom d’un ancien pont sur l’Isère.

Jean Esprit est revenu en 2017 sur le domaine familial de Pont-de-l’Isère, entre les vignes de Laurent Combier et Alain Graillot. La cinquième génération est aujourd’hui à la tête d’une vingtaine d’hectares au sud de l’appellation Crozes-Hermitage sur les galets roulés et les graviers de l’ancien lit de l’Isère lorsqu’il rejoint le grand Rhône. On y a toujours produit du rouge, certaines syrahs comptent parmi les plus vieilles de l’appellation datent de 1920. Sur ces terres longtemps dédiées à l’arboriculture (pêches, abricots), c’est Joseph l’Ardéchois qui s’est installé le premier en 1909, de retour du 4e régiment de zouave, pour développer la culture de la vigne. Jean, cinq générations plus tard, lui a rendu hommage avec une cuvée le Zouave (36€) élaborée à partir de vignes plus que cinquantenaires, les manquants étant remplacés par des pieds en sélection massale. Jeannette, la grand-mère de Jean, veille toujours au domaine et en cuisine, comme son fils Bernard qui a étendu le vignoble de 5 a 15 hectares. Jean en a déjà planté cinq autres, dont un pour développer le crozes blanc en complément des marsannes-roussannes autour du chai.

©F. Hermine

Le domaine autrefois de La Croix a été rebaptisé du nom de son vigneron au retour de Jean qui travaille désormais avec sa femme Lydia. Ils se sont alors offert une nouvelle cave gravitaire et enterrée, avec un caveau au-dessus qui accueille régulièrement des brunchs le dimanche matin, organisés avec la Maison Chabran. Mais Jean n’étend pas garder les deux pieds dans la même vigne.

Pour développer les blancs, il s’est essayé à un cépage plus sudiste, le rolle qui n’avait encore jamais pointé le bout d’une feuille dans les parages. Il en a planté un hectare sur une parcelle hors AOP sur des sols alluvionnaires calcaires dans le bas de Pont-de-l’Isère. Il le vinifie en pressurage direct et l’élève en amphore de grès pour mieux préserver sa typicité. Il a été baptisé Pont de la Déesse. Il évoque l’ancien pont sur l’Isère, près de la via Agrippa (qui suit à peu près le trajet l’ancienne Nationale 7). Il a enjambé la rivière pendant plus de 500 ans avant d’être détruit par une crue en 1200 de notre ère. Il avait été nommé pont de la déesse en référence à un temple à proximité dédié à Cybèle. « Ça change de la syrah et de la marsanne, ironise le jeune vigneron. Le cépage très répandu en Provence peut être intéressant dans la perspective du réchauffement climatique, et nous le revendiquons ouvertement en Vin de France ». Il donne deux nouveaux vins dans ce premier millésime 2022 : un blanc en monocépage, mais aussi en rosé avec 2% de syrah, le premier rosé du domaine (15€). Un premier millésime de cornas en 2021, issu de jeunes vignes plantées sur le granit et les éboulis calcaires près des Royes, est prévu en mai.

Le domaine est travaillé en bio depuis le début des années 2000 (amendements organiques de pépins de raisins, enherbement naturel, griffage des sols, friches, luzernes…). Il sera officiellement certifié pour le millésime 2024. Jean a restructuré beaucoup de parcelles et soigne la biodiversité en créant une mare, en replantant des chênes verts des cormiers, des tilleuls entre les vignes où volètent mésanges, perdrix, huppes fasciées…. Il fabrique même des nichoirs le week-end à partir de palettes et de coffrets en bois.

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