Des vins haut-de-gamme au château de Thil

Florence et Daniel Cathiard, propriétaires depuis 1990 de Smith Haut Lafitte, ont acheté le Château le Thil en 2012 avec une vision assez claire de ce qu’ils pouvaient en faire.

Le Château Le Thil, est une demeure bordelaise traditionnelle dotée d’un parc d’une exceptionnelle beauté, créé par Louis-Bernard Fisher. Ce jardinier de génie, horticulteur et paysagiste français du 19ème siècle était très apprécié par la bourgeoisie bordelaise qui lui confiait bien des réalisations, dans le style des jardins irréguliers à l’anglaise et dont la plus célèbre, est sans doute celle du jardin public de Bordeaux. On mentionnera également les parcs des châteaux Les Carmes Haut-Brion à Bordeaux, Cantemerle en Médoc ou Filhot à Sauternes. Au parc du Thil, le promeneur suit le tracé ample des allées et reste frappé par les vastes espaces en légère pente où les évènements sont essentiellement végétaux : chênes et séquoias séculaires, hêtre pleureur … un véritable arboretum. Rien d’ étonnant que ce parc ait été classé en 2015 par les monuments historiques.

Quant à la Chartreuse, elle n’était que partiellement habitée en 2012, et la situation de copropriété de la famille de Laitre n’aidait pas lorsqu’il fallait s’entendre pour réaliser des travaux d’entretien. Et si un budget avait bien été dédié à la rénovation de la bâtisse, il a été dépassé pour arriver à boucler les travaux car il y eut quelques surprises. Mais le résultat est splendide. Onze chambres, la plupart à l’étage laissant le rez-de-chaussée pour les salons en enfilade qui accueillent les petits déjeuner ou les séminaires d’entreprises. Et si il y a un parc et une chartreuse, il y a aussi un vignoble.

Un terroir à fort potentiel.

« L’idée de Daniel Cathiard est de faire un vin haut de gamme, rond et puissant » indique tout de suite Fabien Teitgen, le winemaker de Smith Haut Lafitte. Il poursuit : « Les vins du Thil, avant le rachat, étaient assez charmants, moins centrés, un peu plus fluides et légers que ceux de maintenant, avec un peu moins de précision dans la texture. C’étaient des vins de bon aloi ». Plusieurs facteurs étaient responsables de ce déficit de qualité. « L’investissement à long terme sur le vignoble a été négligé » dit Fabien Teitgen avec notamment « une absence de complantation et de fertilisation ». Des points qui permettent certes de faire des économies mais qui ont eu pour conséquences d’affaiblir la vigne. En outre le parcellaire était à revoir : « l’idée de faire une cuvée avec des merlots sur un sol argilo-calcaire est une idée ancienne. C’est la raison pour laquelle nous y avons planté des cabernets francs ». On reste tout de même sur une dominante de merlot et l’objectif est de monter la proportion de cabernet franc à 20 % voire 25 %. Les sols sont à dominante froide avec une exposition au sud : « nous aurons donc une caractéristique d’équilibre et de fraîcheur qui est un atout au Thil »

Terre de Vins a aimé

Les derniers millésimes prouvent que l’objectif de faire un vin haut de gamme, rond et puissant est atteint. D’une manière générale la matière est assez fournie : elle est davantage la traduction du terroir que d’une volonté délibérée de faire un vin dense. Mais le coté massif est équilibré par la maturité qui apporte de l’onctuosité.

  • Le Thil 2018. Nez explosif, complexe, sur des notes de tabac blond, de petits fruits rouges et de cassis. Un deuxième nez terreux. L’attaque est assez large, sur une jolie concentration. C’est plein, assez costaud, on a de la mâche, la trame tannique se révèle assez importante, sérieuse, un peu crayeuse : elle est l’expression de ce sol froid. Mais le fruit et la rondeur qui sont la marque du coté solaire et de la maturité rééquilibre l’ensemble. On n’a pas affaire à un vin immédiat avec ce solide 2018. Un potentiel de garde avéré.
  • Le Thil 2019. Le nez est pudique, sur la retenue, subtil. Il révèle un coté floral (glycine) et de fruits rouges plus prononcé que le 2018. La maturité est plus accomplie. À l’agitation, montent de splendides notes, très nettes, de clou de girofle, de graphite et de tabac. Bouche en cohérence. La trame tanique est finement texturée. On est davantage dans l’opulence, et le coté solaire permet de dépasser le coté massif. Une très belle réalisation !

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