[Entretien] Amélie Nothomb, un champagne nommé désir - Routes des vins

[Entretien] Amélie Nothomb, un champagne nommé désir

La ville d’Épernay, fière de son titre de capitale du champagne, organisait la semaine dernière un voyage de presse pour présenter les nouveautés œnotouristiques qui attendront les visiteurs cet été : ballon captif, musée du champagne, inauguration de l’œuvre exposée dans les jardins de Gosset… Terre de vins a profité de la présence d’Amélie Nothomb au dîner « champagne et produits d’exceptions » préparé entre autres par Philippe Mille et Jérôme Banctel pour interroger l’auteur de Pétronille, sur ses derniers coups de cœur en Champagne.

A ceux qui viennent découvrir la Champagne, quelles visites recommanderiez-vous ?
Il n’y a que des lieux hautement recommandables en Champagne ! Hautvillers bien-sûr, les crayères de Taittinger à Reims, la liste est longue… Aujourd’hui j’ai découvert chez Perrier-Jouët le jardin de la maison Belle Epoque, c’était une vision de l’Eden !

Dans les champagnes que vous aimez, vous avez des terroirs favoris ?
J’ai du mal à avoir un champagne favori, il y en a trop que j’aime : Jean Josselin dans l’Aube, Comtes de Champagne de Taittinger est absolument sublime, je veux être enterrée avec une bouteille de Dom Pérignon 2003, c’est probablement le meilleur champagne que j’ai bu…

Y a-t-il des accords mets/champagnes que vous avez particulièrement appréciés ?
J’ai eu l’occasion justement ici à la mairie d’Épernay de faire un dîner sur le thème cuisine japonaise et champagne. A cette occasion, j’ai pu me rendre compte que presque toute la cuisine japonaise allait divinement avec le champagne. Même des choses qui me paraissaient hasardeuses comme le wasabi. C’est assez inattendu. Autant avec la cuisine française, il peut y avoir des accidents, autant avec la cuisine japonaise, il n’y en a pas. Ils avaient servi un Laurent-Perrier cuvée Grand Siècle avec un poisson cuit à la japonaise un peu caramélisé, c’était grandiose.

Le Japon est une île, comme l’Angleterre, et comme l’Angleterre c’est l’un des pays les plus amateurs de vins…
C’est très vrai. Le Japonais boivent le champagne avec beaucoup de talent. C’est un peu une tendance du Japon de se passionner pour l’étranger au sens large, pour ce qu’ils n’ont pas chez eux, et les Japonais ont une capacité à devenir extrêmement spécialistes d’à peu près tout ce qui est raffiné. Je devine donc qu’aujourd’hui les plus grands spécialistes de champagne sont japonais. Chez Perrier-Jouët, ils m’ont expliqué qu’ils avaient créé deux cuvées spéciales pour le Japon, c’est incroyable !

Vous avez écrit Pétronille, un roman sur l’amitié entre deux femmes unies par leur passion pour le champagne. Aviez-vous connaissance de la place qu’a eu le champagne dans l’émancipation des femmes, souvent d’ailleurs par l’usage excentrique qu’elles en faisaient, je pense aux bains de champagne de Maryline Monroe, aux midinettes qui le buvaient à la paille ?
Je ne le savais pas mais cela ne m’étonne pas. Le champagne délivre ! Combien de fois ai-je vécu cette situation de rentrer après une rude journée de travail, très stressée, vraiment à bout de nerfs et un verre de champagne, et voilà, je suis libre, tout ceci n’existe plus, je peux faire exactement ce que je veux. C’est une boisson enivrante, mais c’est le contraire d’une ivresse qui plombe. C’est une ivresse qui donne des ailes ! Le boire à la paille, c’est quand même dommage. Le bain de champagne pourquoi pas ! Mais il faudrait que ce soit un bain glacé, j’adore les bains glacés. Je crois cependant que je serais tentée de boire la baignoire ce qui serait quand même un peu embêtant.

Dans votre inspiration est-ce que le champagne joue un rôle, que ce soit par sa consommation, ou son mode d’élaboration, la façon de travailler des chefs de cave ?
La composition, les ruses, ou cette façon qu’on a de faire aujourd’hui des champagnes non dosés peut très bien inspirer l’écriture. Parfois je me dis « et si tu écrivais non dosé ». C’est intéressant ! Par contre, en ce qui concerne l’autre question, résolument non. J’ai essayé d’écrire sous l’emprise du champagne, ce n’est pas possible. Le maximum qu’on puisse écrire sous l’emprise du champagne, c’est une lettre d’amour. Je vous déconseille d’essayer autre chose. Quand on écrit, on a besoin d’une très grande maîtrise et justement l’une des vertus du champagne, c’est qu’elle vous fait perdre cette maîtrise, elle vous délivre, mais elle vous délivre aussi du contrôle que vous devez avoir sur vous-même lorsque vous écrivez. Comment se servir du champagne pour écrire ? En s’en faisant une récompense. Aujourd’hui, tu écris tes quatre heures. Tu n’es pas en forme ? Tu n’as pas d’inspiration ? Je m’en fiche ! Tu écris tes quatre heures sinon tu n’auras pas ton champagne, ça, cela marche très bien !

A part le champagne, est ce que d’autres vins vous parlent ?
Très peu. Et pourtant il y a des vins que je trouve bons. Mais je n’ai jamais eu de coup de foudre équivalent, une seule fois j’ai eu l’occasion de boire de la Romanée Conti, l’émotion était très forte, mais ce n’est pas un vin que je boirais tous les jours. Rien n’égale la fidélité de mon amour pour le champagne. C’est le seul vin que j’ai envie de boire tous les jours de ma vie et dont je ne me lasse absolument jamais.

Comment l’expliquez-vous ?
C’est très difficile à expliquer. Quand les gens savent que vous aimez le champagne, ils vous disent, « essayez notre crémant, notre clairette de Die, notre Cava… » Comment cela se fait que la bouche sache tout de suite qu’elle n’a pas affaire à du champagne ? Il ne suffit pas d’avoir des bulles. Il y a quelque chose dans le champagne qui échappe…

Mais quel est cet élément qui distingue justement le champagne ?
La reconnaissance qui se fait est au-delà des mots… Le champagne est un mystère parce que c’est à la fois très plaisant, très souriant, mais il y a un principe âpre. C’est tout sauf une boisson bonbon, je crois que c’est le côté oxymore du champagne, que ce soit à la fois si plaisant et si âpre, qui fait que cette boisson est faite pour moi.

Ne croyez-vous pas que c’est aussi parce que notre palais a été formaté depuis notre première jeunesse ?
Je ne pense pas. Je pense que c’est pour des raisons plus nobles que cela. Honnêtement j’ai rencontré très tôt les autres vins effervescents et il ne s’est rien passé. Nous n’avions rien à nous dire ! Alors que le champagne, je l’ai vécu et je le vis toujours comme une histoire d’amour. Il ne s’agit pas de dire regardez comme je m’y connais, non, c’est juste une longue histoire d’amour. Il m’arrive quand même très régulièrement d’être dans une situation où je me dis « mais là je tuerais pour avoir du champagne », cet état passionnel ressemble à l’état amoureux !

A lire absolument : Pétronille, (Poche), 6€40
https://livre.fnac.com/a9149221/Amelie-Nothomb-Petronille

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