[Entretien] Quand Bordeaux Tasting se transforme en café littéraire

À Bordeaux Tasting, on vient pour déguster des vins, mais aussi pour en parler ! Au café de la Bourse à 14h30 ce dimanche 10 décembre, vous pourrez rencontrer et débattre avec trois auteurs de talent. Eric Cobeyran qui présentera sa bande dessinée « Château Bordeaux », François Moran à qui le sang de la terre a inspiré le roman « Le chant des vins » et enfin notre confrère, le journaliste Mathieu Doumenge, auteur d’un livre pédagogique publié chez Larousse intitulé Vin/20. En attendant de pouvoir échanger directement avec eux, voici déjà l’interview exclusive de Mathieu Doumenge !

Quand es-tu tombé amoureux du vin ?
Je viens d’une famille où on passait beaucoup de temps à table. J’avais un oncle fin gourmet qui m’a éveillé au vin dès que j’ai été en âge de déguster. Ce qui est sûr, c’est que le sujet de la bonne chair a toujours fait partie de l’ADN familial. Je suis né dans le Gers, une terre viticole, dont les vignobles à mon époque n’étaient pas encore très renommés. Depuis, les Côtes de Gascogne ont fait leur trou. J’ai grandi à côté d’un petit village qui s’appelle Saint-Mont, connu pour sa coopérative très dynamique, Plaimont. Enfant, je me souviens que nous allions y acheter du vin. Mon oncle avait une petite parcelle que l’on vendangeait et dont le raisin était livré à la coopérative. L’appellation Madiran n’était pas très loin et nous étions aussi sur une terre d’Armagnac.

Comment es-tu devenu journaliste du vin ?
C’est au cours de mes études à Paris que le déclic est venu. Je passais beaucoup de temps au restaurant et chez les cavistes. Dans ma famille, on dégustait surtout des vins du Sud-Ouest et de Bordeaux, Paris m’a ouvert l’esprit et le palais sur d’autres régions : le Val de Loire, le Languedoc, le Rhône, la Bourgogne… J’ai cependant d’abord commencé dans le journalisme culturel, notamment le cinéma. J’ai fait de la presse jeunesse, lifestyle. À un moment donné, alors que j’étais entre deux jobs et un peu désabusé par mes expériences en rédaction, je me suis lancé en freelance. J’ai pu alors faire mes premières piges sur des sujets gastronomiques. Je testais pour l’Express des restaurants, je trouvais des bonnes adresses, des bouchers, des pâtissiers, des vignerons… Je me suis spécialisé dans le vin plus tard, en 2011, lorsque j’ai rejoint Terre de vins à Bordeaux.

Qu’est-ce qui t’a amené à écrire un livre ?
L’idée n’est pas venue de moi, mais des éditions Larousse qui m’ont contacté début 2023. J’étais honoré et surpris. Ils avaient envie d’un livre sur le vin qui s’adresse à des amateurs mais pas à des experts. Chez Larousse, il existe déjà le Grand Larousse du vin, un pavé très complet, à vocation encyclopédique. L’objectif était de réaliser un ouvrage plus digeste, plus moderne dans le ton comme dans le style graphique, davantage dans l’ère du temps. Ils avaient le titre « Vin/20 », et l’envie de quelque chose de pédagogique et pratique. Mais, pour le reste, ils étaient assez ouverts sur ce que l’auteur pouvait apporter de personnel. C’est ce qui a été très intéressant dès le départ. Je suis donc revenu sur les grandes notions, la définition d’un terroir, les maladies de la vigne, les certifications, les grandes régions viticoles françaises et du monde, les principaux cépages, les techniques d’élaboration, mais aussi le service, la manière de déguster, de composer des accords mets/vins ou de constituer sa cave. La partie qui me tenait le plus à cœur était la dimension civilisationnelle et culturelle. C’est un sujet qui me passionne. Pourquoi ce produit agricole qu’est le vin tient-il une telle place dans nos cultures au point d’avoir irrigué nos mythologies, nos religions, nos arts de vivre, la philosophie, la poésie, la peinture, le cinéma ? Et comment s’adapte-il aujourd’hui aux nouveaux enjeux sociétaux, l’inclusivité, le féminisme ?

Y-a-t-il de grandes différences entre l’écriture journalistique et l’écriture d’un livre ?
Je m’étonne du peu de temps que m’a pris l’écriture. La rédaction en elle-même m’a demandé à peine cinq mois, ce qui n’est pas mal pour un ouvrage de 255 pages en sachant que je n’ai pu m’y consacrer que le soir et les weekends. Beaucoup de choses sont sorties spontanément. En partant de mon expérience, je n’avais qu’à structurer et à écrire tout en vérifiant à la source certaines informations. J’ai abordé ce travail un peu comme j’aurais abordé un ouvrage journalistique, mais avec une approche qui se voulait la plus exhaustive possible. L’idée était d’être synthétique, d’aller directement à l’os, sans faire trop de littérature et sans broder, même s’il peut y avoir, dans certaines parties qui s’y prêtent, un peu d’émotion. C’est notamment le cas dans l’avant-propos où je donne la parole à Thomas Dutronc. Pour cette entrée en matière, je voulais quelqu’un qui ne vienne justement pas de la profession, mais de la culture. Ce qu’il y a de journalistique aussi, c’est ce souci de ne pas tomber dans le militantisme. Lorsque je parle des vins natures par exemple, il s’agit davantage de donner une vision équilibrée des différents points de vue, d’expliquer les débats plutôt que de prendre parti.

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