Fronton se voit un avenir en blanc avec le bouysselet

Le bouysselet, cépage endémique de Fronton, a été redécouvert il y a un peu plus de dix ans. Depuis, il suscite l’intérêt de ce vignoble du Sud Ouest qui aimerait ancrer définitivement cette variété en obtenant une appellation en Fronton blanc, fondée sur le bouysselet. 

A Fronton, pas une saison ne se passe sans que de nouveaux pieds de bouysselet blanc ne viennent grossir les rangs de ce vignoble du Sud Ouest, à cheval sur la Haute-Garonne et le Tarn-et-Garonne. « On plante au maximum des capacités des pépiniéristes, confirme Frédéric Ribes, président du syndicat des vignerons de Fronton. Tous les deux ans, on double la surface de bouysselet. » Aujourd’hui, ce cépage couvre entre dix et quinze hectares de l’appellation Fronton, alors qu’il n’y a pas si longtemps, il n’y avait sur le Frontonnais que « 60 souches », rappelle Diane Cauvin vigneronne du Château La Colombière, à l’origine de la redécouverte du bouysselet. Ce cépage n’est inscrit au catalogue des variétés de vigne que depuis 2016, suite au travail mené notamment à La Colombière et à l’Institut Français de la Vigne et du Vin par Olivier Yobregat. 

C’est grâce à une vendangeuse de leur domaine que Diane et son mari Philippe ont retrouvé le bouysselet en 2009. « Elle nous avait amené une bouteille de vin pétillant que faisait son grand-père et c’était du blanc », se souvient la vigneronne qui a repris le domaine à la suite de ses parents en 1998. A cette période, le couple était à la recherche de cépages endémiques qui leur permettraient de vinifier du blanc. « On est allés chez ce Monsieur, et nous avons trouvé 60 souches pré-phylloxériques de bouyssselet », continue de relater la vigneronne. A la dégustation, Diane Cauvin perçoit le potentiel de ce cépage qui se caractérise, notamment, pas son acidité. En 2010, le Château La Colombière débute le surgreffage de bouysselet dans ses parcelles. Cela donne un premier millésime en 2011. « Le bouysselet est un grand cépage bâti sur les extrêmes, avec des tanins, et une forte acidité. Il peut sur certains millésimes avoir de l’opulence en bouche. Si je devais le représenter, ce serait un animal grand et majestueux, décrit Diane Cauvin. Il marque les vins, il est structurant et n’a pas besoin d’être assemblé. »

L’interprofession travaille sur un cahier des charges
L’intérêt pour ce cépage a rapidement débordé de la commune de Villaudric où se trouve La Colombière. Au domaine Plaisance Penavayre, les premières plantations ont débuté en 2016. D’autres ont suivi en 2019. « On a replanté cette année et on prévoit de le faire à nouveau l’année prochaine », signale Thibaut Penavayre, qui conduit le domaine familial avec son père Marc Penavayre. Le bouysselet vient peu à peu à dominer les autres cépages blancs du vignoble Plaisance Penavayre. Pour le vigneron de 32 ans, ce cépage est tout simplement « superbe ». Il donne des cuvées « avec de la tension et en même temps de vrais potentiels gastronomiques pour les accords mets et vins », poursuit Thibaut Penavayre qui comme la vigneronne du Château La Colombière ne tarit pas d’éloge sur cette variété. 

Depuis 2022, l’interprofession travaille sur un cahier des charges afin de déposer une demande d’appellation Fronton en blanc auprès de l’INAO, avec pour cépage le bouysselet blanc. Un quart des vignerons du Frontonnais le cultive désormais. Créer l’appellation devrait permettre, pour Frédéric Ribes d’ancrer définitivement ce cépage à Fronton, et de revendiquer cette variété comme « un élément du patrimoine ». La réponse définitive de l’INAO pourrait être donnée « d’ici deux ans », estime le président du syndicat des vignerons de Fronton. Obtenir l’appellation serait également un point positif pour Diane Cauvin : « Plus vite, on rattachera le bouysselet à sa zone identitaire plus vite, on le protégera ». La vigneronne reste toutefois sur ses gardes. « J’ai peur qu’il ne soit pas valorisé et travaillé partout comme il le mériterait [au Château La Colombière le bouysselet est désormais réputé. Il est vendu à 23 euros la bouteille, NDLR]. C’est un cépage rare. Il faut en faire quelque chose et redorer le blason de Fronton ».

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