Hampden, un monument des rhums jamaïcains 

La distillerie Hampden - iDealwine

Plongez-vous dans l’une des plus vieilles distilleries de Jamaïque avec Hampden. Les méthodes de production y sont inchangées depuis plus de 260 ans ce qui en fait un coin de paradis pour les amateurs de curiosité. Zoom sur un travail artisanal exceptionnel.  

La rhumerie dès 1779

C’est en 1684 qu’apparaissent les premières traces d’Hampden, dans des écrits de Thomas Goddard. A notre connaissance, c’est en 1753 que l’entreprise dirigée par Archibald Stirling, un écossais, devient l’une des plus grandes plantations de sucre de la Jamaïque. À la frontière entre la paroisse de St James et de Trelawny, au nord-ouest de la Jamaïque, un certain Sterling construit la Hampden Great House et y imagine une rhumerie dès 1779. C’est le début d’une longue histoire. 

Une quarantaine d’années plus tard, en 1827, la propriété est acquise par Dermot Owen Kelly Lawson alors gardien de St James et “Justice Of The Peace”, gardien de la paix de Trelawny, qui protègent les droits des individus de certaines communautés. Il décède à la fin des années 1800 – on peut d’ailleurs trouver sa tombe non loin de la propriété -, et le domaine passe aux mains de sa fille puis de son époux, après le décès de cette dernière. Hampden s’étend alors sur un peu plus de 1 400 hectares et sublime la célèbre « vallée de la reine d’Espagne ».

Les bâtiments de production du rhum Hampden - iDealwine

La distillerie s’expand en Europe

Durant la Première Guerre mondiale, la rhumerie Hampden s’expand outre ses frontières en expédiant son sucre et ses rhums dans les îles voisines comme Cuba, la République Dominicaine ou encore les îles Caïmans. Pour cela, elle crée son propre quai d’embarcation qui se nomme Hampden Wharf. À ce jour, encore actif, cet espace est un véritable lieu de vie avec des écoles, des logements et des commerces. Vous pouvez toujours y admirer les vieux bâtiments portuaires de la distillerie et les peintures publicitaires qui en recouvrent les murs. Les années se suivent et en 1955, la chancelière de l’université des Indes occidentales, princesse Alice, se voit offrir l’ancienne chaufferie de la distillerie Hampden. Elle la démantèle pierre par pierre et entame sa reconstruction en plein cœur de l’université pour y faire une chapelle, aujourd’hui distinguée par le gouvernement du pays comme un joyau. Hampden se porte comme un élément fondamental de l’histoire de la Jamaïque. 

Les dettes et le trou d’air

En 2003, Hampden devient la propriété de la compagnie de sucre jamaïcaine, affiliée au gouvernement. Celui-ci acquiert le domaine afin d’éponger de lourdes dettes et de sauver de nombreux emplois. La distillerie Hampden est alors considérée comme “non-rentable” par le ministère de l’Agriculture du pays même si ses terres sont connues pour être les plus productives et les plus qualitatives du pays. Pourtant, à cette période, la distillerie bénéficie d’une belle réputation au niveau local et ses rhums sont exportés outre-Atlantique, en Europe, notamment en Angleterre et en Ecosse. Les ventes y sont réalisées principalement en vrac.  

Le logo Hampden Estate

Un second souffle : Hampden a le vent en poupe

En 2009, le gouvernement lance un appel d’offre public dans le cadre des procédures de cession des actifs de la compagnie de sucre jamaïcaine. Hampden est mis aux enchères. C’est la société Everglades Farms, propriété de la famille Hussey qui saisit cette opportunité pour acquérir la distillerie. Elle en profite pour faire de nombreux investissements tout en gardant l’ADN des générations passées. Les méthodes de production et d’agriculture sont toujours identiques depuis 250 ans, le processus de fermentation est unique au monde et la distillation en alambic à repasse est toujours d’actualité. Jusque-là, Hampden expérimentait une activité de négoce, mais depuis 2018, la distillerie la plus authentique de Jamaïque embouteille elle-même ses produits. Une prouesse.

L’artisanat jamaïcain haut en couleur

Hampden tire sa réputation de son savoir-faire de plus de 260 ans. Les années qui se sont écoulées n’ont pas bousculé les méthodes de fabrication traditionnelles qui y règne. 

La salle de distillation Hampden - iDealwine

Un travail d’orfèvre, de la canne à sucre à la bouteille

Certaines personnes de l’équipe iDealwine sont complètement fans de cette distillerie curieuse aux airs de vieille raffinerie, l’essence même d’Hampden. Un véritable lieu de magie qui pourrait en étonner plus d’un. La canne à sucre qui provient des 5 000 hectares de la propriété est transformée ici en jus, mis à ébullition et devient ce qu’on appelle de la mélasse, un liquide brun et épais avec lequel on prépare le wash. 

L’élaboration du wash, une savante préparation

Qu’est-ce que le wash ? C’est un mystérieux mélange de mélasse, d’eau, de jus de canne à sucre et de dunder. La distillerie Hampden utilise une eau de source naturelle qui provient des montagnes environnantes à Trelawny. De plus, le dunder (vinasse) est lui aussi produit de manière complétement naturelle, ce qui fait la force de la distillerie. C’est là aussi un surprenant mélange de résidus des anciennes distillations et de différentes matières organiques pour accélérer la fermentation. On y retrouve des fruits, des végétaux, du tabac et toutes sortes de choses… La légende raconte qu’on y mettait même des restes animaux. Pas de panique, il me semble que cela ait bien disparu. Tout cela macère dans des fosses ou à l’air libre, pendant plusieurs mois voire plusieurs années pour devenir une pâte à l’acidité déconcertante. C’est d’ici que provient le génie des Jamaïcains. Le dunder apporte un profil aromatique exceptionnel qui plaît aux plus aguerris.

La fermentation du rhum d'Hampden - Dunder - iDealwine

La fermentation avec des levures indigènes

Revenons à nos moutons, la fermentation est l’une des étapes les plus importantes pour l’élaboration du rhum. C’est lors de ce processus que le profil aromatique du liquide prend forme. On dispose donc le wash et le fameux dunder dans des cuves. À Hampden, la préparation fermente dans des cuves en bois qui reflètent les années passées durant 8 à 15 jours et tout ça sans ajout de levure. En effet, chez Hampden, les levures permettant la fermentation sont naturelles et proviennent de l’environnement de la distillerie. C’est simple, plus le liquide reste longtemps dans les cuves, plus son niveau d’esters (sa puissance) est élevé.  

Une distillation magique, en pot still

Hampden fait partie des rares distilleries dans le monde à perpétuer sa distillation dans des alambics à repasse, “pot still” pour les bilingues. Par ailleurs, c’est toute la Jamaïque qui a gardé ces traditions et qui n’a pas opté pour des colonnes comme cela se fait dans la majorité des distilleries actuelles. La distillation discontinue, donc pot still, permet de faire des rhums précis et différents selon les réglages que décide l’homme qui manipule l’alambic. Hampden possède cinq alambics opérationnels dont le plus vieux, John Dore, remonte à 1960 et possède une capacité de 7 560 litres. On retrouve aussi le Vendome, installé en 1994, Forsyth en 2010… Tous avec une capacité de 5 000 gallons soit l’équivalent de 18 900 litres. La distillation du liquide dure environ sept heures et le rhum atteint un degré alcoolique de 82°. 

Ensuite, les déchets de la distillation sont utilisés pour la fabrication du dunder et c’est l’effet boule de neige !  

Les alambics de la distillerie Hampden - iDealwine

Un élevage sous les tropiques 

Sous les palmiers d’Hampden, le rhum vieillit plus de sept années dans des fûts. Le climat, tropical, à la fois humide et chaud, équivaut à un vieillissement de plus de 25 ans en Europe. En effet, les conditions climatiques permettent au liquide de s’imprégner du bois, presque trois fois plus vite que chez nous, en climat continental. En revanche, la part des anges, évaporation du liquide, est bien plus importante. Prenez en compte que les rhums de la vieille distillerie sont élaborés sans additifs. On ne retrouve pas de sucre ajouté, de tanins, de caramel ou encore de glycérine.    

Vous avez tout compris ? Bon… Pour résumer aux petits distraits : on prend la canne à sucre et on la broie pour en extraire le jus. Ce jus, on va le faire bouillir pour créer ce qu’on appelle la mélasse. On ajoute à ce liquide de l’eau et le fameux dunder. Cela nous créé le wash, qui fermente entre 8 et 15 jours avec les levures indigènes présentes dans la distillerie puis on le met dans les alambics. Sept heures plus tard, on a du rhum. Enfin, s’ensuit l’étape de vieillissement où la patience s’en mêle. 

Les marks, le classement des rhums jamaïcains

Hampden et les rhums du Jardin des Caraïbes sont connus pour leur diversité tant technique qu’aromatique. On peut aller d’un rhum fruité et léger à un rhum savoureux et funky, c’est pourquoi les distilleries du pays ont créé les “marks”. Les marks sont des sortes d’unités de mesure de la teneur en esters dans les bouteilles, exprimée en grammes par hectolitre d’alcool pur. On assigne alors des lettres cryptiques pour désigner les différents niveaux d’esters des rhums. 

Voir le tableau ci-dessous : 

Chez Hampden, on produit des rhums allant de 50 à 1600 grammes d’esters, soit l’un des rhums les plus puissants de Jamaïque, flirtant avec la limite qu’offre la loi. 

Bref, vous l’aurez compris, Hampden est un véritable monument des rhums de la Jamaïque. Les méthodes de production y sont inchangées depuis plus de 260 ans et ce n’est pas près de finir, car la distillerie fait frémir les amateurs de curiosité. Un petit coin paradisiaque où tous les chemins mènent à Rhum.

Découvrez les rhums de la distillerie Hampden sur iDealwine :

  • Rhum Hampden Great House Distillery Edition 2023
  • Rhum Hampden HLCF Classic Coffret 2 verres rocks (70 cl)
  • Hampden 8 years Velier (70 cl)
  • Hampden 7 ans OWH Habitation Velier
  • Hampden Pagos 2023

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