Interview BFM | Réussir ses placements en vin dans un marché orienté à la baisse

Angélique de Lencquesaing - BFM TV

Chaque mois, Angélique de Lencquesaing participe à l’émission « Tout pour investir » sur BFM Business. Elle répondait il y a quelques jours aux questions de Lorraine Goumot. L’investissement vin est un sujet délicat, surtout lorsque l’heure est au réajustement des prix. L’occasion de faire le point sur la situation du marché des enchères de vin, dans un contexte de correction des cours.

Lorraine Goumot : « Vous venez de publier le Baromètre iDealwine des ventes aux enchères de vin, qui fait état d’une baisse significative des prix en 2023. Nous allons voir ensemble ce qu’il en est, région par région, et quelles décisions l’amateur doit prendre pour orienter la gestion de sa cave et prendre les bonnes décisions. »

L.G : « En préambule, pourriez-vous nous indiquer quels sont les critères importants à respecter quand on veut se lancer dans la constitution d’une cave à destinée patrimoniale ? »

Angélique de Lencquesaing : « Trois critères sont importants pour constituer une belle collection de vin. Le premier est évident : il faut disposer d’une cave. D’une bonne cave ! C’est-à-dire une cave aux caractéristiques adaptées à la conservation de vin, en termes de température, d’hygrométrie… et de sécurité. Le deuxième critère est le temps. Le vin n’est pas un placement de court terme, il faut l’envisager sur 8, 10 ans en raison des coûts inhérents à l’achat, à la conservation (notamment si vous louez un espace de stockage dédié), et des frais de revente. Ces frais viennent grever la performance, il faut les lisser sur plusieurs années. Troisième critère : l’intérêt pour le vin. Le placement vin n’est pas un placement de néophyte. L’un des critères de succès est la rareté des vins. Il faut se renseigner sur les millésimes, les bonnes années, les domaines qui émergent, dont il est intéressant de se procurer les flacons avant le plus grand nombre. En fait, il faut choisir des vins que l’on rêve de goûter un jour. »

L.G : « J’ai évoqué les baisses des prix qu’enregistre le marché des grands crus, vous confirmez cette tendance ? »

A. de L : « D’une manière générale, tout au long de l’année dernière, le prix moyen des vins adjugés a subi un réajustement assez sévère, passant de 194€ en 2022 à 152€ la bouteille en 2023, soit une baisse de 22%. Précisons que ces données s’appuient sur un volume important de vins adjugés, plus de 222 000 flacons l’an dernier sur la plateforme d’iDealwine. Ce qui fait d’iDealwine le premier acteur français des ventes aux enchères de vin, une bouteille sur trois passant par notre plateforme.

Pour autant, le marché dans son ensemble ne s’est pas retourné, ce sont surtout les domaines les plus chers, ceux qui avaient enregistré les plus fortes hausses de cours en 2022 qui ont vu leurs cours chuter en 2023, pour revenir à des niveaux de fin 2021 voire, pour certains, de pré-COVID. »

Angélique de Lencquesaing - Interview BFM Business

L.G : « Certaines régions sont-elles plus particulièrement concernées ? »

A. de L : « Les vins qui ont subi le repli le plus net sont pratiquement tous issus de Bourgogne. Les plus emblématiques, les « big 8 », incluent six domaines bourguignons (Leroy, Armand Rousseau, Roumier, Auvenay, Bizot, Lachaux), auxquels s’ajoutent un domaine de la vallée du Rhône (Rayas) et la signature phare du Languedoc (Grange des Pères). La Bourgogne reste toutefois la première région en valeur (40,5% du total échangé), avec une bouteille sur 4 adjugée qui en est issue.

Il faut avoir en tête que le prix moyen des vins de Bourgogne adjugés en 2023 (250€) a nettement baissé, il s’est rétracté de 35% ! La région est attractive aux yeux du monde entier, le moment est donc passionnant pour acquérir des vins que les amateurs recherchent, et de les saisir avant que les prix ne remontent. Car le marché a retrouvé ces dernières semaines un dynamisme que nous n’avions pas vu depuis un an. »

L.G : « Puisque tout ne baisse pas, comment répartir sa cave, et les régions qui y sont représentées ? »

A. de L : « Il est intéressant de considérer la répartition globale des vins adjugés aux enchères sur iDealwine, car cette dernière reflète la cave idéale de l’amateur averti. Vous avez trois régions qui occupent une place de choix dans les enchères : Bordeaux, la Bourgogne et la Vallée du Rhône concentrent 73% des volumes adjugés, et même 81% de la valeur vendue. C’est ce que l’on appelle le fond de cave, la partie « père de famille » d’un placement en vin. »

BFM Business et Angélique de Lencquesaing

L.G : « Pourquoi ? »

A. de L : « On y trouve des vins de réputation internationale, qui, sans mauvais jeu de mot, disposent de la plus forte liquidité à la revente, du fait de cette renommée. Il faut savoir que sur la plateforme d’enchères d’iDealwine, les vins ont été achetés majoritairement l’année dernière par des amateurs étrangers (59% des ventes en 2023), issus de 67 pays différents. Et cette tendance s’accentue même depuis le début de l’année : près des deux-tiers des acheteurs enchérissent depuis l’étranger. Privilégier ces régions offre la garantie d’une revente assurée, même si les plus-values ne seront peut-être pas les plus importantes. »

L.G : « Les régions encore confidentielles doivent-elles être considérées en priorité ? »

A. de L : « Pour répondre à cette question, il faut, comme pour tout placement, considérer vos objectifs en matière de gestion : dynamique ou prudente ? Les régions confidentielles sont peut-être celles qui vont réserver les plus fortes hausses de prix, avec à la clé de belles perspectives de valorisation, mais avec un niveau de risque supérieur. Nous avons déjà eu l’occasion d’évoquer le vignoble ultra-confidentiel de la Savoie. On pourrait aussi placer parmi ces vignobles plus discrets aux enchères celui de la vallée de la Loire, du Beaujolais, du Jura, de l’Alsace, sans oublier tous ceux du sud de l’Hexagone, du Languedoc-Roussillon à la Corse en passant par la Provence. Tous recèlent des trésors, des domaines conduits par des vignerons talentueux dont les vins sont activement recherchés par les amateurs du monde entier. La difficulté consiste avant tout à mettre la main sur les flacons de ces domaines aux petites productions.

C’est tout l’intérêt de ce Baromètre que d’énumérer les domaines qui ont suscité un intérêt particulier dans les enchères de 2023 et qui, à ce titre, méritent d’être suivis de près. Pour chaque région, nous en dressons la liste. »

L.G : « Quid des vins bio, biodynamiques, voire nature, dois-je les privilégier dans mes achats ? »

A. de L : « Ils représentent une part croissante des vins adjugés dans les ventes aux enchères. Cette proportion est passée de 25 à 28,5% dans les adjudications de 2023. Dans un marché mondialisé, la perception du label bio, ou biodynamique, de même que l’intérêt pour les vins nature diffère considérablement d’une zone à l’autre. Elle est très importante pour les pays d’Europe du Nord par exemple. Les Américains recherchent des vins naturels très pointus et rares. Les asiatiques sont moins sensibles au critère bio. D’une manière générale, l’attention portée à la viticulture, la qualité du travail mené dans les chais, au-delà, la notoriété acquise par le domaine et par son terroir finissent par l’emporter. D’ailleurs, la plupart des domaines figurant au palmarès des vins les plus chers sont conduits en bio et souvent en biodynamie. »

BFM TV - Angélique de Lencquesaing

L.G : « Et les primeurs à Bordeaux ? Constituent-ils toujours un bon placement ? »

A. de L : « Bordeaux demeure la région la plus représentée aux enchères (36% des volumes adjugés). A ce titre, c’est LA valeur sûre d’une cave patrimoniale. Donc oui, les primeurs constituent l’occasion d’acheter un vin qui est en quelque sorte un « futur », de l’acheter au plus tôt de sa vie, pour bénéficier pleinement de sa valorisation dans le temps. Les dégustations du millésime 2023 commencent tout juste, nous aurons l’occasion d’en reparler prochainement. Le millésime s’annonce prometteur sur le plan qualitatif, mais dans le contexte économique actuel, tous les acteurs appellent à un assagissement des prix de vente ; une baisse de 30% par rapport aux prix du millésime 2022 est demandée, en moyenne, selon l’institut Wine Lister qui a enquêté auprès d’une cinquantaine de professionnels du négoce. Ces derniers seront-ils entendus ? Le succès de cette campagne – l’intérêt d’acheter les vins – en dépend. »

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