Interview BFM | Vins italiens, une nouvelle alternative pour le placement ?

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« Un homme qui n’aime pas l’Italie est toujours plus ou moins un barbare » (Félicien Marceau). Chez iDealwine, notre cœur bat depuis longtemps pour l’Italie et ses vins magnifiques. D’ailleurs, notre site est désormais accessible dans la langue de Dante, tout comme la version allemande qui a été lancée parallèlement. Une belle occasion, pour Angélique de Lencquesaing, de braquer les projecteurs sur les grands vins transalpins dans le cadre de son interview mensuelle sur BFM Patrimoine réalisée par Cédric Decoeur.

Cédric Decoeur : Angélique, vous venez régulièrement commenter le marché des grands crus aux enchères. La plupart du temps, vous évoquez les vins français. Seriez-vous un peu chauvine ? Car aujourd’hui, si je ne m’abuse, l’engouement semble croître pour les vignobles situés hors de l’Hexagone. Et si nous parlions de l’Italie aujourd’hui, les vins de ce pays constituent-ils une alternative crédible aux vins français, dans une perspective patrimoniale ?

Nous avons tous un peu d’Italie au fond de notre cœur, le mien particulièrement. D’ailleurs nous venons d’ouvrir une version italienne de notre site. C’est dire si nous attachons de l’importance à ce pays. Chauvine, oui, car il est important de bien comprendre et connaître ses racines pour ensuite partir à la découverte d’autres horizons. Mais tout de même, l’Italie est aujourd’hui, c’est important rappeler, le premier pays producteur de vin au monde. L’un des plus anciens aussi, puisque la vigne y poussait déjà au temps des Etrusques. Cette longue tradition viticole s’est pourtant développée très différemment de l’autre côté des Alpes. La culture de la vigne y a longtemps revêtu un caractère artisanal, au bon sens du terme, nombre de propriétés qui se sont hissées au sommet avaient commencé en produisant le vin nécessaire à la consommation familiale. Aujourd’hui la situation est bien différente.

Cette production familiale s’est développée dans toutes les régions ?

Les régions viticoles sont nombreuses en Italie, la botte est littéralement recouverte de vignes. Certaines régions se distinguent toutefois dans les enchères.

Quelle est la place des vins italiens dans les ventes aux enchères ?

Ils occupent une place prépondérante dans les enchères de vins étrangers : 61% des flacons produits hors de France, adjugés l’année dernière sur iDealwine, sont issus du vignoble transalpin. Sur les 14 régions viticoles que nous analysons dans notre Baromètre annuel, l’Italie représente la 8ème région, aussi bien en volume qu’en valeur. C’est dire si l’Italie occupe une place à part dans l’esprit des amateurs.

Vous évoquez la vigne, omniprésente en Italie. Toutes les régions sont-elles indistinctement représentées dans les ventes aux enchères ?

La variété de vins et de régions représentées aux enchères ne cesse de croître, de la même manière que chez nous, en France, où les amateurs élargissent d’année en année le spectre de leurs découvertes. Toutefois deux régions se distinguent, la Toscane, bien sûr, et le Piémont. 19 des 20 flacons les plus chers adjugés l’année dernière sur iDealwine sont issus de l’un de ces deux vignobles.

La Toscane, et ses « super-toscans » ?

La Toscane est en effet une terre qui a connu, après-guerre, un important développement viticole, et le souffle de la modernité ont incité nombre de producteurs à tenter la plantation de cépages qui se démarquaient du traditionnel « sangiovese », le seigneur local. Avec, à l’esprit, l’idée de trouver de nouveaux débouchés internationaux à cette production particulière que le marché local, encore traditionnel, ne permettait pas d’absorber. C’est ainsi que le baron della Rochetta, fasciné par les vins de Château Lafite (et ami du Baron de Rothschild) a commencé à planter du cabernet sauvignon venu de Lafite, pour produire ce qui est devenu le fameux Sassicaia.

Sassicaia est aujourd’hui une icône…

Oui, indéniablement. Le premier millésime de Sassicaia est 1948, mais il a fallu attendre le début des années 1970 pour que le Marquis della Rochetta commence à le commercialiser. Les millésimes anciens sont devenus des collectors. Car ces vins ont su gagner les faveurs d’un certain… Robert Parker. C’est ainsi qu’un flacon de 1985 – le seul qui ait été noté 100/100 par le critique américain – a atteint 2 170€ aux enchères sur iDealwine, en 2022. Plus de 420 flacons de ce cru devenu un mythe ont été vendus sur iDealwine l’année dernière. Mais attention, les millésimes récents demeurent plus abordables ! Enfin, toutes proportions gardées, car la moyenne de prix s’établit à 257€, tout de même…

D’autres super-toscans ont suivi dans cette voie ouverte par Sassicaia ?

Oui, absolument, le succès a ouvert la voie à d’autres magnifiques réalisations. Antinori, par exemple, produit le fabuleux Tignanello, un vin où le sangiovese majoritaire est complété par du cabernet ; autre inspiration française, son élevage en petits fûts de chêne. Solaia, a l’inverse, est majoritairement issu de cabernet.  C’est également Ludovico Antinori qui a créé la Tenuta dell’ Ornellaia, un vignoble de 91 hectares auquel s’ajoute un joyau, Masseto, un 100% merlot. Ces deux vins sont aujourd’hui entrés dans le giron de la famille Frescobaldi. Un flacon de masseto 2005 a été adjugé 880€ l’année dernière.

La Toscane, c’est aussi la région du Chianti, du Brunello di Montalcino…

Oui, c’est surtout au cœur de cette deuxième appellation, ou « Denominazione » – DOC, l’équivalent de nos AOC – que l’on trouve des domaines plus traditionnels, eux aussi désormais très recherchés. A l’instar du domaine de Gianfranco Soldera. D’ailleurs, comme en France, certains d’entre eux s’affranchissent des règles de leur appellation. Soldera en fait partie, ce qui n’empêche pas sa cuvée Case Basse de susciter un engouement mondial, elle s’échange selon les millésimes autour de 700€. Autre icône, Biondi Santi (son 1983 frôle les 500€). Notons que, comme pour certaines icônes françaises, les prix se sont assagis en fin d’année dernière. Ces vins méritent d’être guettés dans les enchères…

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La Toscane est donc une terre de stars, mais le Piémont lui dispute la première place dans le cœur des amateurs si j’ai bien compris…

Oui, le Piémont occupe une place de choix dans les enchères iDealwine, 51% des flacons transalpins adjugés l’année dernière étaient issus de cette région ou le nebbiolo, cépage délicat, semble indétrônable. Les vins soyeux et élégants issus de Barolo sont pour certains vinifiés dans un style bourguignon qui n’est pas pour déplaire aux amateurs…

Donc les prix s’envolent comme en Bourgogne, tous types de vins confondus ?

L’éventail des prix est vaste. Ce qui est intéressant au sein de cette région, ce sont les variétés de styles qui parfois, s’affrontent. Les tenants d’une vinification à l’ancienne (macérations très longues, utilisation de levures indigènes, élevage de plusieurs années en foudres) rencontrent un vif succès ; et leurs millésimes anciens ont été à l’honneur. Des domaines comme Franco Cappellano, Bartolo Mascarello, Rinaldi et l’emblématique Giacomo Conterno, dont le barolo Montfortino 2004 a atteint 1 178€ l’an dernier sur iDealwine. Bruno Giacosa, décédé en 2018, est aussi une figure emblématique de cette région. Son Barbaresco 1964 (Santo Stefano di Neive) a atteint 1 854€ en 2022.

C’est donc la nostalgie qui prime dans cette région ?

Non, c’est surtout la recherche d’un travail mené à la bourguignonne, avec la notion de terroir et de lieu qui compte beaucoup. En matière de vinification, les styles s’affrontent, comme je l’ai évoqué. Un vigneron d’ailleurs est intéressant à cet égard, c’est un tenant de la tradition revisitée, il s’agit de Luca Roagna. Son admirable cuvée Crichet Paje 1996 – un barbaresco dont le nom signifie Petite colline en dialecte piémontais – a atteint 868€. Un vin extraordinaire. Et puis, il faut aussi compter avec les « modernes » comme Angelo Gaja, dont la cuvée de Langhe Sori Tildin a atteint 558€ dans le millésime 1997.

Qu’en est-il de la dimension bio, biodynamique, ou nature, est-elle aussi présente en Italie ?

Oui absolument, nombre de domaines sont connus pour leur engagement en faveur d’une viticulture plus durable. C’est le cas dans ces deux régions, bien sûr, notamment Bibi Graetz ou Emidio Peppe en Toscane, et dans le Piémont, Roagna que nous avons cité, mais aussi Vietti, Ceretto, Sottimano, Luigi Pira, Luciano Sandrone, ou encore, parmi la nouvelle génération, Giulia Negri…

Les vins produits dans un esprit biologique ne sont pas l’apanage de ces deux régions

Effectivement, les amateurs recherchent les vins des domaines Elisabetta Foradori dans les Dolomites, Quintarelli en Vénétie, Cornelissen Orianna Occhipinti ou la Tenuta delle Terre Nere en Sicile…

Qui sont les acheteurs des grands vins italiens ?

L’engouement est aujourd’hui mondial. Les amateurs européens, Europe du Nord (Danemark) comme du Sud (incluant les Français !), mais aussi asiatiques (Hong Kong, Singapour) sont d’ardents enchérisseurs. Quant aux Américains, ils nous supplient d’accroître les quantités de grands vins italiens sur le site ! D’un point de vue patrimonial, ce succès planétaire des grands noms italiens est un gage de valorisation, ou en tout état de cause il promet une revente facile à l’issue d’une conservation des vins qui, on l’a vu, peut être longue. Les grands vins italiens sont taillés pour la garde, particulièrement comme ils sont acquis en grands formats.

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