[Interview] Franck Bijon, nouveau président des Crus Bourgeois du Médoc - Routes des vins

[Interview] Franck Bijon, nouveau président des Crus Bourgeois du Médoc

Franck Bijon, directeur général des Vignobles de Larose (Châteaux Larose Trintaudon, Larose Perganson, Arnauld et Tour de Pez), est le nouveau président élu de l’Alliance des Crus Bourgeois du Médoc. Pour Terre de Vins, il nous en dresse un état des lieux.

Qu’est-ce qui vous a décidé à succéder à Monsieur Cuvelier ? 
Tout d’abord mon attachement à ce territoire, à sa diversité qui en fait sa richesse, aux gens qui y vivent. Ensuite, mes fonctions actuelles m’amenant à avoir la charge de quatre Crus Bourgeois du Médoc de profils différents et de classements différents me permettent d’avoir une vision globale des problématiques rencontrées par tous types de propriétés. L’envie de partager cela avec nos adhérents a fait le reste. Et pour finir, cette envie d’amener, avec l’aide du conseil d’administration, notre famille de Crus Bourgeois du Médoc vers des horizons plus apaisés ou notre marque collective aura du sens pour l’ensemble des acteurs de la filière. C’est sur la base d’une identité forte que nous renforcerons notre reconnaissance auprès de l’ensemble des acteurs des marchés domestiques et export et donc la valorisation du travail de toutes et tous.

Quel bilan tirez-vous du précédent mandat ?
Si je devais qualifier la présidence d’Olivier Cuvelier, je la qualifierais, dans un premier temps, de courageuse car il a fallu prendre au pied levé le flambeau laissé par son prédécesseur et ami décédé trop tôt, Frédéric de Luze. Ensuite, je retiendrais l’engagement dont il fait preuve durant toutes ces années malgré la charge de ces activités personnelles : il doit être un exemple pour toutes et tous. Et puis, nous devons à Olivier Cuvelier et ses équipes la mise en place du classement des Crus Bourgeois du Médoc après de longues années de travail, le socle qui fait ce que nous sommes aujourd’hui, à savoir une famille de 249 producteurs attachés à leur terroir et à leur diversité et qui, année après année, recherchent l’excellence

Quel regard portez-vous sur le nouveau classement ?
Je m’exprimerais tout d’abord sur le fond : ce classement des Crus Bourgeois du Médoc révisable tous les 5 ans permet à chaque producteur de notre famille de structurer sa stratégie personnelle en cherchant, à son propre rythme, à viser toujours plus haut sur l’ensemble des sujets abordés dans notre cahier des charges. Il permet donc de tirer l’ensemble des Crus Bourgeois du Médoc vers le haut et en premier lieu au niveau de la qualité des vins et c’est ce qu’attendent, il me semble, les consommateurs. De plus, cette stabilité quinquennale donne l’opportunité à la distribution de s’engager de façon plus pérenne sur les crus issus de cette famille. Sur la forme, nous avons retrouvé notre classification historique et c’était le sens de l’histoire. Mais n’oublions pas qu’il ne peut y avoir des Crus Bourgeois Exceptionnels sans Crus Bourgeois et Crus Bourgeois Supérieurs. Ce premier classement des Crus Bourgeois du Médoc s’est construit autour d’un cahier des charges et d’un plan de vérification rigoureux, validés par l’ensemble des adhérents. Je suis très attaché à l’amélioration continue et à la capacité de faire preuve de résilience. Notre cahier des charges et notre plan de vérification n’échapperont pas à cette dynamique dans le strict respect des institutions et des principes d’exemplarité, de rigueur et d’équité.

On parle souvent d’une famille mais le nombre de domaines ne limite-t-il pas cette notion ?
Une famille ne se définit pas simplement par une notion de nombre. Une famille peut aussi se définir par une communauté de personnes et/ou de domaines viticoles qui partagent un patrimoine et des pratiques qui les identifient. Notre plus beau patrimoine ce sont ces terroirs diversifiés emblématiques du Médoc et nos pratiques ce sont les engagements que nous prenons tous à travers le strict respect de ceux-ci. Alors non, aujourd’hui, 249 Crus Bourgeois du Médoc n’est pas limitant dans la notion de famille.

Quelle est la force de cette famille ? 
Avant toute chose, le territoire : nous sommes toutes et tous producteurs en Médoc. Ensuite cette grande diversité de terroirs que chacune et chacun s’attachent à valoriser à travers des vins qui n’ont jamais été aussi délicieux, un engagement fort pour la qualité. Et pour finir la diversité des structures qui composent notre famille. Des propriétés familiales aux grands groupes viticoles, nous avons tous les moyens de nous enrichir des uns et des autres. Toute ma vie, j’ai été attaché à ce que peut générer une vraie force collective et un aspect de mon mandat sera de faire émerger une intelligence collective au service de l’intérêt général de notre famille de Crus Bourgeois du Médoc.

Quels sont les grands défis à venir ?
Je crois que tout Cru Bourgeois du Médoc qui se respecte a en tête les enjeux d’aujourd’hui et de demain, à savoir le changement climatique et son impact sur la production, les tendances sociétales lourdes autour des attentes environnementales, sociales et sociétales du consommateur et la valorisation de notre marque collective « Crus Bourgeois du Médoc » au regard des investissements réalisés par l’ensemble de notre famille de Crus. Un des gros enjeux de l’Alliance des Crus Bourgeois du Médoc sera de passer de l’ère du savoir-faire à l’ère du faire-savoir. Notre communication interne et externe sera un pan important de notre stratégie. La feuille de route qui nous permettra de répondre à ces enjeux sera l’aboutissement des actions déjà mises en place, et notamment les rencontres individuelles et collectives d’un grand nombre d’adhérents, nos Universités d’Été autour de nos valeurs et de notre identité et les rencontres des acteurs en charge de la mise en marché de nos 249 Crus Bourgeois du Médoc. Cette feuille de route doit nous permettre de soutenir une dynamique commerciale autour d’une marque Cru Bourgeois du Médoc forte.

Beaucoup de domaines sont encore en agriculture conventionnelle ou HVE, votre mandat sera-t-il celui de la progression à l’endroit de la conversion en agriculture biologique ou biodynamique ? 
Je reste évidemment très attaché à une viticulture durable et bon nombre de propriétés viticoles ont adopté aujourd’hui des pratiques extrêmement vertueuses. Un certain nombre en conversion agriculture biologique et/ou biodynamique exploitant leur vignoble depuis plusieurs années ne cherchent pas forcément la certification qui, en fonction des structures des exploitations, n’est tout simplement pas possible. Je reste également très attaché à une approche holistique de la viti-viniculture, une approche globale de ce que nous faisons, avec qui nous le faisons et pour qui nous le faisons. La démarche du CIVB avec la démarche « Bordeaux Vignobles Engagés » est pour cela extrêmement précieuse. Et je crois savoir que Terre de Vins encourage cette démarche à travers des trophées mettant en avant les actions de propriétés viticoles en faveur de l’empreinte environnementale, de la biodiversité, du savoir vivre ensemble, du respect de son écosystème et de son futur à travers l’innovation. Évidemment que nous devons tendre vers une viticulture plus proche des attentes des consommateurs mais sans oublier les autres facettes de ce qui pourrait définir « être un Vignoble Responsable ». Cela se fera avec l’accompagnement indispensable de l’ensemble des adhérents et en recherchant en permanence les équilibres nécessaires à la pérennité de nos activités.

Enfin, quels sont les événements à venir ? 
Premièrement un évènement interne « Les Universités d’Été des Crus Bourgeois du Médoc » à la rentrée de septembre : nous avons besoin de nous rassembler autour d’une vision commune en s’appuyant sur des valeurs partagées qui permettront de renforcer notre identité et ainsi donner du sens à la marque collective Crus Bourgeois du Médoc. Ensuite nous avons notre traditionnelle présentation des livrables 2019 le 14 septembre 2021 auprès des courtiers, négociants de la place de Bordeaux, les acheteurs pour le commerce, la restaurations et l’hôtellerie, Sommeliers. Ils sont nos promoteurs partout dans le monde. Et puis se met en place un évènement majeur en fin d’année à l’Arena de Paris alliant vin et musique. Je n’ai pas connaissance qu’une famille de crus de Bordeaux ait déjà réalisé un tel évènement par le passé. Et puis quand on y réfléchit, les diversités musicales de ce monde et les diversités des crus de notre famille de Crus Bourgeois du Médoc, vous ne trouvez pas que c’est plutôt fun ?

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