La Clape à la conquête de Paris

L’appellation languedocienne La Clape s’est offert Les Champs-Elysées pour sa première manifestation dans la capitale. 18 domaines avaient répondu présents pour cet événement organisé le 22 janvier par Terre de Vins à la brasserie du Flora Danica afin de venir rencontrer cavistes, sommeliers, restaurateurs de la capitale. 

« Dans le cadre de la redynamisation de la section interprofessionnelle grâce à une augmentation des cotisations, on se devait d’avoir un projet ambitieux, affirme le président de l’ODG Christophe Bousquet (château Pech-Redon). Mais il doit aussi correspondre à la réalité de l’appellation : nous sommes le deuxième cru en volume derrière Pic Saint Loup, avec une production moyenne de 20-25 000 hl par an. Mais on vend tout et plutôt bien valorisé. Il fallait donc réfléchir à la catégorie dans laquelle on voulait et on pouvait boxer, ne pas être gagne-petit en sponsorisant un concours de pétanque narbonnais mais ne pas non plus aller à l’autre bout du monde pour vendre quelques bouteilles supplémentaires ». La stratégie aurait d’ailleurs eu d’autant moins de sens que l’appellation commercialise une partie importante de la production dans les caveaux des domaines grâce à un flux touristique croissant. Il a donc été décidé en accord avec le CIVL (Conseil Interprofessionnel des Vins du Languedoc) d’organiser un mini salon à Paris pour aller à la rencontre des cavistes et sommeliers. Les 18 domaines présents (sur 29 caves particulières et 3 coopératives) étaient particulièrement représentatifs de l’AOP puisqu’ils pèsent environ 70% de la superficie ; les trois opérateurs les plus importants ce jour sur les Champs, Gérard Bertrand, Château le Capitoul et les caves de l’Espérance commercialisant environ la moitié des volumes.

« Nous avons encore beaucoup de progrès à faire pour être présent sur les cartes et les étagères de la capitale, reconnait Christophe Bousquet.  Bien sûr, les grosses pointures comme L’Hospitalet ou La Négly y sont déjà très présents mais il ne faut pas s’arrêter là. Nous avons déjà parcouru un joli chemin pour accéder au rang d’appellation communale en 2015 mais on doit voir plus loin ». L’appellation a donc opté pour « un bel événement à taille humaine, axé sur les professionnels et à une date encore calme avant Millésime Bio et Wine Paris » précise France Villeneuve, responsable du pôle Evénementiels-Communication du CIVL. « On évite aussi des marathons de dégustation comme sur les grands salons (même s’il faut aussi y être), où les visiteurs n’ont pas forcément le temps d’échanger avec les vignerons » insiste le président. 

Rouges d’abord
Il s’agissait donc pour les domaines présents de faire goûter leurs vins mais également d’évoquer les magnifiques paysages du Parc Régional de la Narbonnaise entre le massif de La Clape et la mer. « C’est une appellation qui monte avec une belle image, c’est d’ailleurs ce qui nous a séduit en rachetant le domaine en 2022, explique Christophe Chamouleau du château Catherine de Montgolfier (ex-domaine de La Ramade). Au départ, nous cherchions plutôt en Provence mais ici nous avons pu nous positionner d’emblée sur le haut-de-gamme (le vin le plus accessible est le rosé à 18€). Nous sommes d’ailleurs parmi les 4 ou 5 vins les plus chers de l’AOP, d’où l’intérêt de venir les faire goûter aux cavistes des grandes villes. C’est plus difficile à vendre en local ». Antoine Bonneaud au Château Moyau profite du salon pour vanter « la fraîcheur des vins grâce à l’influence maritime qui les préserve des profils très solaires du Sud. Pour lutter contre le réchauffement climatique, nous pouvons jouer avec les cépages comme le bourboulenc en blanc, le cinsault en rouge et mettre les progrès technologiques comme la maîtrise de l’oxygénation au service de la qualité et de la tradition ».  Quand on parle cépages (grenache, mourvèdre, syrah en cépages principaux en rouge), Romain Ferri du Domaine Ferri-Arnaud a du mal à rester serein : « Il faut reconnaitre que nous sommes davantage connus pour les rouges. Et dans le contexte du réchauffement, on devrait plutôt passer le carignan (cépage accessoire limité actuellement à 20%) en cépage principal en remplacement de la syrah par exemple, peu résistante à la sécheresse avant de se pencher sur des cépages venus d’ailleurs ».  « On vend d’abord du rouge, confirme Laura Ros, viticultrice aux caves de l’Espérance. Mais on parvient de plus en plus à faire goûter nos blancs dans nos deux caveaux et dans les salons ».

©A. Viller

©A. Viller


Mais blancs en croissance
Le blanc, qui représente 20% de la production est en augmentation. On oublie que la réputation de ce terroir s’est faite sur cette couleur grâce au bourboulenc (40% de l’encépagement et doit être à hauteur de 30% minimum dans les assemblages) à associer aux grenache blanc, clairette, marsanne, roussanne, piquepoul, rolle, viognier… « Nous avons un terroir de grands blancs, estime Romain Ferri. Le bourboulenc est la signature de La Clape, d’abord sur un profil minéral qui rappelle les cailloux du massif avant des notes plus chaleureuses dues au soleil qui inonde la région » [300 jours d’ensoleillement par an]. Christophe Chamouleau envisage même d’en faire son cheval de bataille et de passer de 20% à une production de 60% d’ici cinq ans en misant sur le bourboulenc mais aussi sur le grenache blanc et le rolle. En attendant au Flora Danica, si les rouges étaient les plus représentés, certains domaines n’ayant d’ailleurs apporté que cette couleur, les blancs semblent avoir remporté un joli succès auprès des professionnels, en particulier sur les bouchées aux accents nordiques du lunch.

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