La diversification au secours d’une viticulture en crise

Jusqu’à il y a peu, beaucoup de viticulteurs tiraient leur revenu de la seule production de vin. Pour contrer la chute des revenus viticoles, la diversification est une des trois solutions envisagées par le plan tripartite élaboré conjointement par les services de l’Etat et par le CIVB.

Malgré un plan d’arrachage qui concerne 8000 hectares de vignes, des viticulteurs cherchent à diversifier leur production, tout en conservant la viticulture. Des pistes de productions d’olives, de chanvre, de noisettes, de kiwis, mais aussi d’agneaux sont explorées. Des productions qui nécessiteraient cependant des filières de collecte et de transformation encore absentes aujourd’hui. Tout reste à construire.

De l’olivier et du chanvre dans le bordelais
Thomas Solans est viticulteur et éleveur en Entre-deux-Mers. Il possède une centaine d’hectares dont 40 ha de vignes et des prairies qui permettent d’élever 40 mères limousine en extensif.  Mais cette diversification ne suffit pas. « On a planté 120 oliviers l’an dernier sur des terres qui portaient il y a quelques années de la vigne. On est sur une phase d’expérimentation pour identifier les variétés les plus adaptées sur le département. Je fais partie d’un groupe de 80 d’agriculteurs girondins, et une personne de la chambre d’agriculture a été missionnée pour faire un suivi sur l’ensemble de la Gironde. Notre objectif est d’avoir 2 ha avec 250 à 300 arbres/ha susceptibles de sortir 300l à 500l d’huile /ha dans les premières années». Il poursuit : « la stratégie phyto est proche de celle de la vigne, on peut donc démarrer avec le même matériel. De plus, on récolte l’olive lorsqu’on a fini notre travail à la vigne ».

Dans le même esprit, Fabienne Krier avait de la vigne et était coopératrice à la cave de Maransin, « les Vigneron des coteaux de l’Isle ». Elle possède 50 ha de terre dont 5 ha de vignes, le reste en prairie qui accueille des Blondes d’Aquitaine. Pour la vigne « le gel, la grêle, la sècheresse derrière, puis le mildiou. C’était trop. J’ai décidé d’arracher mais sans prime ». Elle s’en remettra au dispositif d’accompagnement de la Chambre d’Agriculture de la Gironde pour l’accompagner dans le développement d’une filière de production de chanvre. Elle tente d’organiser un collectif en s’inspirant de la coopérative Poitou Chanvre à Melle. Membre du CA de sa cave coopérative, elle « en a parlé au CA de la cave. Des oreilles ont écouté, et on a des jeunes qui sont intéressés pour partir dans le projet ». Une cave coopérative prête à suivre donc.

Chanvres

Des nouvelles filières à organiser
Ces productions sont nouvelles dans un territoire consacré historiquement à la viticulture. Il faut donc créer des filières ex nihilo tant pour l’olive que pour le chanvre. 

Michel Rousseau le président de la cave coopérative de Maransin indique disposer de « locaux vides qui pourront accueillir ces nouvelles productions et la combiner avec la viticulture. On fera aussi des économies d’échelle avec des locaux et du personnel partagés ». Et le Président voit plus loin car tout un projet est porté par le PETR (Pôle d’Equilibre Territorial et Rural) du Grand Libournais, le Conseil départemental et le Conseil Régional de la Nouvelle Aquitaine pour des plantations de chanvre, mais aussi de kiwis, de noisetiers, de petits fruits rouges, et de maraichage. Il espère également, des fonds européens. Des aides indispensables car pour la transformation du chanvre envisagée à la cave coopérative de Maransin, il faut prévoir 500 000 € d’acquisition de matériel sans compter l’adaptation des bâtiments. « C’est un chanvre faiblement dosé en CBD » explique Fabienne Krier. Avec la graine on peut faire de l’huile de chanvre, le tourteau est utilisé pour produire de la farine qui est mélangée à de la farine de blé avec laquelle on peut réaliser des pâtisseries. La fibre, elle, sert pour le bâtiment : mélangée à du mortier elle offre un pouvoir isolant. ». Des exemples à suivre car un nouveau souffle est déjà là. Et, comme le dit Thomas Solans : « les gens ne baissent pas les bras. On a tendance à être plus pessimiste que la réalité ».

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