La nouvelle ère de Château Dassault

Nouvelles installations techniques, surface foncière élargie, vignoble restructuré, vins plus précis : le grand cru classé saint-émilionnais de la famille Dassault se donne les moyens d’entrer résolument dans la cour des grands.

En 1955, le grand industriel Marcel Dassault se prend de passion pour une propriété de Saint-Émilion, le château Couperie. Il en fait l’acquisition et la rebaptise de son patronyme. Pour Marcel Dassault et sa famille, ce vignoble est d’emblée bien plus qu’un investissement ou une diversification : c’est un point d’ancrage, matérialisé par sa demeure Second Empire et son parc classé de 5 hectares. Au fil des générations (la troisième est actuellement aux commandes, incarnée notamment par Laurent Dassault pour ce qui relève des activités viticoles du groupe sous la bannière Dassault Wine Estates), cet attachement et cette implication ne se sont jamais démentis. Ils ont d’abord été salués par une entrée au classement des crus de Saint-Émilion, dès 1969. Puis plus récemment, par une série de décisions fortes qui témoignent de la volonté familiale de positionner ce domaine encore plus sur le devant de la scène.

Un vignoble patiemment agrandi, une palette de terroirs enrichie
Le premier signal fort est l’agrandissement de l’assiette foncière de la famille Dassault à Saint-Émilion. Celle-ci, longtemps restée concentrée sur les 24 hectares initiaux de Château Dassault, s’est étendue en 2002 au château La Fleur (6,5 hectares en Saint-Émilion Grand Cru), puis en 2013 à un autre cru classé voisin, le château Faurie de Souchard (12,5 hectares) et enfin en 2016 au château Trimoulet (15 hectares qui viennent s’intégrer dans La Fleur). « Au cours des dix dernières années seulement, la superficie de la famille a doublé », souligne le directeur général Romain Depons, qui forme avec la directrice commerciale Valérie Befve le tandem opérationnel de Dassault Wine Estates. « Cela nous donne un ensemble très cohérent avec d’un côté, les 22 hectares de Château La Fleur en Saint-Émilion Grand Cru, et de l’autre, les désormais 39 hectares de Château Dassault en Grand Cru Classé ». En effet, à la faveur du dossier de classement 2022, les vignes de Faurie de Souchard ont été intégrées dans le parcellaire de Dassault, ce qui a permis de gagner à la fois en volume de production et en diversité de terroirs.

Cet agrandissement, qui était envisagé dès l’acquisition de Faurie de Souchard, constitue l’un des axes de la stratégie développement de Dassault Wine Estates. La restructuration d’une partie du vignoble, entamée en 2015 et destinée notamment à augmenter les proportions de cabernet franc et cabernet sauvignon (respectivement à hauteur de 30% et 10% d’ici 4 ou 5 ans, le solde bien sûr en merlot), est un autre axe majeur, en concordance avec les effets du changement climatique mais aussi une exploration plus fine des sols de Dassault – répartis entre la matrice sablo-argileuse « historique » du domaine et les facettes argilo-limoneuses, voire calcaires de Faurie de Souchard.

Un nouveau cuvier, fruit de quatre ans de réflexion et de travaux
« Pour accompagner cet effort consenti au vignoble, nous devions nous doter d’un outil technique plus performant pour la vinification et l’élevage de nos vins », avance Romain Depons. Ainsi, en 2018, a été lancé un appel d’offres pour l’édification d’un nouveau cuvier, à l’issue duquel a été choisi le cabinet bordelais A3A (Guy Troprès et Caroline Marly). « La famille Dassault souhaitait un bâtiment d’abord tourné vers l’efficacité et l’amélioration de la qualité des vins, offrant un grand confort de travail à nos équipes et incluant une dimension environnementale, économe en énergie et en impact carbone, mais sobre sur le plan architectural », précise Romain Depons. Le projet, quelque peu retardé par la pandémie de Covid-19, connaissait son premier coup de pioche en janvier 2021, pour une livraison à la veille des vendanges 2022.

Se déployant sur trois niveaux et 3500 m2, ce nouveau chai, lumineux, spacieux, affiche toutes les caractéristiques techniques attendues aujourd’hui dans un Grand Cru Classé. Plus de 40 cuves inox gravitaires et thermorégulées, d’une contenance allant de 61 à 71 hl, sont dédiées à la vinification, dans un écrin de béton et d’acier qui confine à l’épure (mais où se nichent quelques détails élégants, comme le grand pilier cylindrique abritant l’ascenseur et les poutres métalliques dont profilage pourrait presque être un clin d’œil à l’aviation). Sous nos pieds, à 7 mètres de profondeur, éclairé d’un puits de lumière, le chai d’élevage présente une capacité au sol de 700 barriques – on y trouve aussi 4 amphores, 3 foudres de 20 hl, des barriques de 500 litres, témoignant de l’évolution des choix de contenants pour « composer » l’élevage des vins, auxquels s’ajoutent deux grandes cuves béton figurant au rez-de-chaussée. Enfin, au niveau supérieur, une vaste salle de dégustation offrant un panorama circulaire sur le vignoble et sur une sculpture originale de Bernar Venet, pouvant faire office de salle de réception avec double terrasse, complète ces installations de haut vol.

Les astres semblent donc alignés pour accompagner la progression de Château Dassault, qui a déjà le classement 2032 en ligne de mire – pour y maintenir son rang et aussi pour y emmener avec lui le château La Fleur, qui va bénéficier de son agrandissement mais aussi des anciennes installations de Dassault. L’équipe dirigeante a, pour continuer sur cette belle dynamique, changé aussi d’œnologue-consultant depuis le millésime 2023, sollicitant Thomas Duclos du laboratoire ŒnoTeam. Avec une telle accélération, on devrait rapidement franchir le mur du son.

La dégustation – double verticale 2018-2021
Intéressante évolution de Château La Fleur sur ces quatre millésimes : si le 2018 présente un profil assez concentré, où le merlot ultra majoritaire (92%) décline des arômes de prune et de pruneau ainsi qu’un boisé encore marqué, le 2019 séduit par son parfum plus floral, son équilibre entre finesse et jutosité. Une jolie bouteille qui se présente très bien actuellement. Le 2020 à ce stade semble plus fermé mais prometteur, arborant une concentration maîtrisée, une belle ossature qui devrait lui garantir un bon potentiel de garde. Le 2021, en retrait par rapport au trio précédent, se signale par son fruit à noyau croquant, son jus digeste et souple. Il sera rapidement prêt à boire. Notre recommandation d’achat : Château La Fleur 2019, Saint-Émilion Grand Cru, env. 30-35 €.

Château Dassault affiche un « effet millésime » assez similaire à La Fleur, tout en plaçant les curseus un peu plus haut. Le 2018 présente un fruit noir dense, confiture de mûre, figue séchée, touche d’herbes médicinales et de chocolat noir. La bouche est droite, articulée sur des tannins fermes, conclue par des notes de torréfaction. Le 2019 arbore un nez pulpeux, gourmand, un joli crémeux teinté de notes racinaires. La bouche est sapide, juteuse, escortée d’un joli grain de tannins et portée par une jolie acidité. On franchir un palier avec le 2020, à la palette aromatique riche (fruit noir dense aux accents orientaux, encens, datte, liqueur de café…) La bouche est en équilibre entre une chair musculeuse, des tannins vifs et une belle énergie qui étire le vin et lui confère une bonne persistance. Sans surprise,le 2021, à la forte proportion de cabernet(s), se révèle plus élancé, campé sur d’agréables notes de baies sauvages et des tannins mordants. Notre recommandation d’achat : Château Dassault 2020, Saint-Émilion Grand Cru Classé, env. 45-50 €.

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