La signature chimique des grands crus identifiée grâce à l’intelligence artificielle

Des chercheurs sont parvenus à retrouver « l’origine exacte » de plusieurs grands crus bordelais sur la seule base de leurs composants chimiques, détectés grâce à l’intelligence artificielle (IA).

Cette méthode, présentée mardi dans la revue Communications Chemistry, pourrait aider à « combattre la contrefaçon » et à « guider la prise de décision des producteurs de vin », dans « un contexte de changement climatique« , fait valoir dans un communiqué l’Université de Genève, chargée de l’étude en partenariat avec l’Université de Bordeaux. Au total, les chercheurs ont analysé 80 vins rouges de sept domaines du
vignoble bordelais, en séparant leurs molécules – extrêmement nombreuses en raison de la complexité des mélanges – par la méthode classique de chromatographie en phase gazeuse, utilisée régulièrement pour l’analyse des vins.

Un détecteur – le spectromètre de masse – retranscrit ensuite sur un graphique, à l’apparence d’un gigantesque électrocardiogramme, l’ensemble des séparations chimiques et la densité de molécules. Le résultat peut alors compter jusqu’à 30.000 points, rendant son analyse détaillée fastidieuse.

L’équipe du département des neurosciences de l’Université de Genève, sous la direction d’Alexandre Pouget, a mis au point un traitement de ces données brutes par « machine learning », un système d’apprentissage automatique de l’IA. La méthode a permis de discerner, parmi ces milliers de points, une
disposition similaire sur les millésimes provenant d’un même domaine, et donc de démontrer que chaque terroir dispose d’une « signature chimique unique« , selon les chercheurs.

Toujours grâce à l’IA, en réduisant les données obtenues pour chaque château dans un graphique simple en abscisses et ordonnées, on retrouve « une carte physique du Bordelais » avec « le même emplacement des châteaux« , et « le même éloignement entre eux », que sur une carte géographique. Pour M. Pouget, cette technique d’identification, dont le coût est d’une centaine d’euros, pourrait facilement détecter les contrefaçons ou, « dans le futur, aider les vignerons à retrouver le bon mélange de cépages et de parcelles, pour répliquer la signature exacte d’un vin de leur domaine« . Selon Stéphanie Marchand, professeure à l’Institut des sciences de la vigne et du vin à l’Université de Bordeaux et co-autrice de l’étude, cette méthode permet de « mieux comprendre quels sont les points communs entre les vins d’un
même terroir
« . Dans « une période où les terroirs sont maltraités par le changement climatique et par les évolutions des pratiques« , les données obtenues permettront d’aider à conserver l’identité et l’expression d’un vin et de son terroir, indique-t-elle.

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