L’ascension du Crémant de Bordeaux : Bordeaux Families investit

On le sait, le Bordeaux générique va mal. Pourtant s’il y a une appellation qui se porte plutôt bien, c’est celle du Crémant de Bordeaux. La coopérative vinicole Bordeaux Families, sous l’étiquette Louis Vallon, en a toujours produit et a fait passer sa production de 25 000 cols il y a une quinzaine d’années à 2,5 millions aujourd’hui, avec une perspective à 4 millions. C’est le premier producteur de crémant à Bordeaux, avec toute une gamme. Les raisons de ce succès.

Tout d’abord, « les gens consomment davantage du frais (blanc, rosé et crémant), se mettent moins à table et consomment moins de viande» nous dit Philippe Cazaux, le directeur général chez Bordeaux Families. « La consommation est plus festive et apéritive ». Le crémant, avec ses bulles, est donc « dans le marché », la gamme Louis Vallon s’étalant sur une tranche de prix allant de 8,75 € à 13,3 €. Un prix bien positionné car le champagne ne touche plus cette tranche de prix. Ensuite, le vignoble était là. Pas besoin de replanter. L’entre-deux- mers avait déjà tous les cépages adaptés à ce type de production et les caves coopératives de Bordeaux Families y sont bien implantées. Le sémillon tout d’abord qui apporte sa capacité d’élevage sur lattes (lorsque la bouteille attend avec ses lies au moins 9 mois pour sa prise de mousse), et sa vivacité : c’est la colonne vertébrale. Pas de sauvignon blanc dans le crémant Louis Vallon. Et puis, deux cépages noirs : le merlot qui va amener la fraîcheur et l’aromatique, et le cabernet franc qui va apporter la structure et la chair. L’identité est là. Ce crémant d’assemblage serait-il un plan de secours pour les vignerons de Bordeaux en difficulté sur le rouge ? « Plutôt un axe de développement » répond Philippe Cazaux. Si les cépages sont là, il faut tout de même prévoir deux à trois années d’adaptation « pour faire basculer le vignoble et augmenter la vigueur de la plante ». Il faut que la plante puisse protéger la grappe par son feuillage. On ne cherche pas la maturité mais plutôt l’acidité. 

Une production de crémant plus rentable que celle du rouge ? 
Le cahier des charges autorise une production de 78 hl par hectare, supérieure aux 60 hl par hectare qu’autorise l’AOC Bordeaux rouge. Mais « c’est une production coûteuse car il faut entre 70 et 100 heures par hectare de récolte à la main selon le soin apporté alors qu’avec la machine c’est 2 heures » précise Philippe Cazaux. Les vendanges sont obligatoirement manuelles car les raisins sont mis en cagettes afin d’éviter que les baies ne s’écrasent sous leur propre poids et ne produisent du jus : des conséquences fâcheuses qu’on observerait dans une cuve de vendangeuse mécanique. Surtout, pas de macérations des baies : il faut que les jus restent clairs, même pour les blancs de noirs ! En vérité, ce qui est rentable c’est de produire un crémant avec un cahier des charges qui recherche la qualité, et surtout, de lui trouver un public et de le vendre. Bordeaux Families suit donc la demande du marché, voire même les anticipe, en ne lâchant rien sur cette recherche de qualité (les forts volumes ne sont pas toujours contradictoires avec la qualité) et en investissant.

De nouveaux équipements.
Pour s’adapter « dès 2016, un outil automatisé pour la production de crémant a été acheté pour amener directement des raisins intègres au pressoir » indique Philippe Cazaux. Puis, en 2019, c’est l’achat d’un bâtiment à Sauveterre-de-Guyenne, dans lequel a été transféré toute l’activité de crémant. Enfin, le 11 janvier 2024 une unité de désalcoolisation sera inaugurée. Un certain dynamisme donc que Philippe Cazaux voit « comme un message d’espoir dans un contexte dégradé. Prendre un virage prend du temps, la vigne en demande, mais quand on est dans le marché ça peut fonctionner. Cela demande de l’anticipation ». Et donc d’être à l’affût de signaux. 

Terre de vins a aimé :
Louis Vallon, Blanc de noirs. C’est le symbole d’une transition réussie. Le merlot et le cabernet franc sont bien valorisés. Couleur très pâle, nez sur une expression de douceur, de notes un rien pâtissières, briochées et de pêche blanche. La bouche révèle des bulles fines et contenues, sur des saveurs de gelée de framboise. De la chair, du volume, du fruité. C’est vif, tendu, mais sans excès. Bien équilibré, entre fraîcheur et volume. 10,30 € à la cave.

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