Le Beaujolais pleure Bernard Pivot

Après avoir « ouvert les guillemets » en 1973 à la télé sur Antenne 2, Bernard Pivot décédé aujourd’hui vient de les refermer définitivement. Un immense animateur du petit écran nous a quittés, mais aussi un grand amateur de vin, dont les flacons, dans ses émissions, n’étaient jamais très loin.

Le bel esprit français est-il mort avec le décès de Bernard Pivot ? Une chose est certaine, le célèbre journaliste était le symbole d’une époque où une émission littéraire comme « Apostrophes », pouvait réunir des millions de spectateurs, prouesse que seules les pitreries grossières de Cyril Hanouna permettent désormais de réaliser. Et comme tout bel esprit qui se respecte, Bernard Pivot était également un grand amateur de vin auquel il avait d’ailleurs consacré un Dictionnaire amoureux. L’auteur était justement convaincu que le vin n’était pas un simple « liquide », mais, qu’il était également « de la culture, de l’histoire, de la religion, de la philosophie, de la musique, de la peinture, de la chanson, chose que malheureusement nos politiques qui ont l’esprit court n’imaginent pas, puisqu’ils le réduisent aux accidents qu’il peut provoquer. On ne peut comme cela mépriser les vignerons comme le font les gourvenements depuis trente ans avec une constance hélas déprimante. (source librairie Mollat) » Déclin de la culture, déclin de l’amour du vin, et si ces deux phénomènes étaient en fin de compte liés ?

Mais si Bernard Pivot rassemblait les foules autour de la culture et parfois du vin, c’est qu’il savait aussi les rendre vivants, avec tout l’humour qu’on lui connaissait, et sans jamais aucune trace de pédanterie. Dans une conférence consacrée aux relations entre l’amour et le vin (source lactuduvin), s’attardant sur le champagne, il s’amusait : « Combien de bouteilles ouvertes, verticales, dans des seaux à glace, placées non loin du lit où s’agitent très chaudement des formes horizontales. » Tout en relativisant quelques minutes plus tard tous les bienfaits du vin sur l’amour : « il se peut que le vin conduise plus vite au sommeil qu’à l’amour. Vous savez, j’ai lu beaucoup de livres. J’en ai lu des récits de nuits de noces où le jeune marié qui n’avait même pas la force de se déshabiller inaugurait le lit de noces par d’ignobles ronflements. » (https://www.youtube.com/watch?v=K39XCQIVaEQ)

Parmi tous les vins, Bernard Pivot était d’abord l’ambassadeur du Beaujolais dont il se plaisait à rappeler l’étymologie « Bellijocenci », désignant « dans un latin approximatif » cette région comme la terre de la « bonne plaisanterie ». Une rencontre prédestinée donc qui s’est produite pendant la Seconde Guerre mondiale, alors que son père était retenu prisonnier en Allemagne et que sa mère avait été contrainte de se réfugier avec lui à Quincié-en-Beaujolais. Il confiera plus tard avoir eu ainsi à l’âge de 13 ans « un grand projet littéraire d’une ambition folle, un roman qui serait au Beaujolais ce qu’est Guerre et Paix à la Russie. »

Doit-on ajouter que dans ses émissions, le vin n’était jamais loin, comme lorsqu’il interrogeait ses invités dans son « Bouillon de questions » sur leur drogue favorite. Alors qu’il s’attendait à ce que Sœur Emmanuelle lui réponde Jésus, elle lui rétorqua l’Asti Spumente ! Il est même arrivé que le vin imbibe sérieusement certains de ses hôtes de marque. Ce fut le cas de l’écrivain Charles Bukowski, buvant au goulot sa bouteille sur le plateau, sous les insultes des autres auteurs présents, avant d’être finalement évacué ivre mort…

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