Le bonheur des vins à maturité

Comme chaque année, le salon Apogée a permis aux premières semaines de janvier de se plonger avec délice dans le monde des vins mûrs. Une trentaine de vignerons ont choisi dans leur production trois millésimes de plus de dix ans qu’ils considèrent prêts à boire. Ils les ont présentés en personne, et souvent en magnums. 

Ils étaient exactement 33, les vignerons venus présenter leurs millésimes à maturité. De toute la France, ainsi que quelques européens, dont le Brunello di Montalcino La Fiorita. On a pu découvrir un original rosé des Riceys de 1986 du domaine Alexandre Bonnet , qui n’avait plus de rosé que le nom, et apprendre qu’à cette époque le gamay accompagnait encore le pinot noir dans les vins tranquilles de Champagne. Clin d’œil aux vins orange aujourd’hui à la mode, il a été élaboré avec des raisins entiers macérés pendant trois jours. On peut acheter actuellement le 2020 à 44 €, qui sera à son apogée bien avant, entre cinq et dix ans devraient suffire. Fidèle parmi les fidèles des millésimes prêts à boire, Pierre Gassmann présentait une gamme passionnante d’alsaciens du domaine Rolly Gassmann dont le plus jeune était un 2011. Respect pour les vendanges tardives de pinot gris 1996, Rotleibel de Rorschwihr en grande forme (31 €). 

Apogée, une cause à défendre
« Il faut l’attendre quelques années » : cette phrase tout le monde l’a entendu prononcer par les vignerons et aussi par son père et certains marchands de vin. Ils avaient la sagesse de faire attendre leurs bouteilles pour les ouvrir au bon moment. Au salon Vinapogée tous les vignerons viennent pour dans un esprit quasi militant, pour montrer que leurs vins méritent d’être attendus et êtres bus à leur apogée. Les visiteurs viennent principalement pour découvrir des vins inconnus et se laisser séduire par leur complexité. Quelques amateurs à la cave bien fournie viennent aussi déguster ce qu’ils ont dans leur réserve, afin de savoir si c’est le moment d’ouvrir leur trésor. 

L’Ebrescade du domaine Richaud
Marcel Richaud est le vignerons qui fait connaitre le petit village de Cairanne, aux porte de Vaison-La-Romaine dans le Vaucluse, aux amateurs du monde entier. Le village est devenu cru. Lui présente trois magnums qu’il a élaborés à l’Ebrescade, un terroir qu’il a défriché et planté avec conviction, au cœur des dentelles de Montmirail.  Les trois cépages mourvèdre, grenache, syrah sont idéalement fondus dans le 2005, aux parfums de sous-bois, la bouche pleine est exempte de toute lourdeur. Une vraie apogée. On peut lui préférer le 2006, un peu plus vif ou encore le 2007, complet et fin, sur lequel les fûts neufs de 600 litres – une expérimentation non renouvelée au domaine – ont peut-être apporté un supplément de structure qui lui permettront d’attendre encore plusieurs années. On trouve au domaine le 2021 (25 €, 51 € le magnum). 

Le Languedoc d’Alain Chabanon
« Il faut savoir prendre son temps. Un grand vin doit être encore meilleur à 10-15 ans. L’immédiateté nuit à la grandeur » tel est le credo d’Alain Chabanon. Le vigneron de Montpeyroux (Cru du Languedoc, Hérault) aime aussi les vieilles vignes dont on a besoin pour faire de grands vins. Son premier millésime est 1992. On est séduit par son blanc de 2011, un vermentino/chenin blanc puissant en attaque, mais qui se révèle frais, léger et  fin en bouche (IGP Pays d’Oc). Son Saut de Côte 2012, un parcellaire mourvèdre syrah vinifié en œuf béton est fougueux et fin. Le plus abouti est l’Esprit de Font Caude en 2014 au fruit imposant mais droit, aux parfums nuancés qui se termine par une belle finale un rien salée aux notes de menthe (Languedoc Montpeyroux, 33 € le 2019). 

Alain Chabanon – AOC Montpeyroux ©I. Bachelard

Au Clos des Fées, vieillissement indispensable
Les vins du  Clos des Fées sont indissociables du salon Vinapogée car c’est justement son propriétaire Hervé Bizeul qui a eu l’idée de le créer, il y a neuf ans, avec  juste une poignée de vignerons. Fidèle à ses convictions, il garde toujours quelques cuvées et quelques millésimes pour pouvoir présenter et vendre des vins à leur apogée – le vigneron a commencé sa vie professionnelle comme sommelier, ne l’oublions pas. Il nous réjouit avec ses vieilles vignes (IGP Côtes Catalanes) de 2013, un vin majestueux au fruit mûr et gras, plein de vie, qui prouve que les blancs du sud peuvent faire bien plus que tenir la route (35 €). La Petite Sibérie, la cuvée la plus folle du domaine (Côtes du Roussillon-Villages) est en 2014 un vin complet et chaleureux, qui semble en route vers une apogée encore à venir (275 €, 200 € le 2020). Notre favori en ce moment est la cuvée classique Le Clos de Fées 2012 (Côtes du Roussillon-Villages), aux parfums riches, assez vifs et épicés. La bouche est patinée, parfumée de fruits noirs relevés d’une pointe de réglisse, avec juste ce qu’il faut de tanin en finale pour conclure avec élégance (85 €, 50 € le 2020). 

Herve? Bizeul et David Hairion ©I. Bachelard

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