Le champagne, un vin qui coule de source

En 1999, les Champenois ont découvert avec stupeur des milliers de poissons asphyxiés flottant à la surface de la Marne. Des pluies pendant la période des vendanges avaient charrié vers la rivière les effluents des centres de pressurage, chargés de matière organique. La tragédie avait accéléré la prise de conscience du Comité Champagne de l’urgence de prendre toutes les mesures nécessaires à une saine gestion de l’eau au sein de la filière. Arnaud Descotes, directeur des services techniques, a accepté de nous les détailler à l’occasion de la journée mondiale de l’eau le 22 mars.

Le Comité Champagne a lancé en 2001 un premier bilan complet de l’empreinte environnementale de la filière. De cet état des lieux a résulté un plan articulé autour de trois axes : les émissions carbones, la biodiversité, l’eau. Le programme consacré à l’eau est le plus abouti. Il passe par la mise en place d’un premier référentiel viticulture durable en 2001 et d’une certification à partir de 2015 qui concerne désormais 56% des surfaces. Grâce à cet engagement massif, la profession aura réduit de 75 % entre 2000 et 2025 les quantités de produits phytosanitaires employées. Aujourd’hui, l’usage des insecticides, qui constituaient la catégorie la plus dangereuse, a quasiment disparu, tout comme celui des herbicides. Seuls les fongicides représentent encore des tonnages significatifs. On notera toutefois qu’il ne s’agit plus des mêmes substances. Le recours aux « biocontrôles », davantage dégradables, a été multiplié par trois depuis dix ans. L’application est également plus précise grâce à des pulvérisateurs qui aspergent « face par face », et non plus par-dessus les vignes. Pour ces appareils, l’investissement dans des aires collectives de lavage qui traitent les effluents, évitant qu’ils ne soient rejetés directement dans les milieux naturels, a constitué un progrès essentiel depuis quinze ans.  Enfin, l’enherbement systématique des bordures entourant les parcelles et l’implantation de haies grâce notamment aux financements du Comité Champagne, limitent les écoulements et donc les transferts des produits vers les cours d’eau.

Côté vinicole, avec l’aide de l’agence de l’eau, la Champagne a investi dans un programme d’action qui a permis d’aboutir dans les 2000 centres de pressurage et de vinification au traitement de 100% des effluents et à une valorisation de l’intégralité des sous-produits (en particulier les aignes, résidus de pressurage envoyés en distillerie). Depuis 2014, ce critère est même inscrit au cahier des charges de l’appellation ce qui permet de refuser l’agrément aux centres qui ne sont pas équipés. « Nous arrivions à 95%, et comme toujours c’étaient les cinq derniers pourcents pour lesquels la résistance rencontrée était la plus forte. D’où la nécessité de légiférer » confie Arnaud Descotes.

Toutes ces mesures ont un impact réel, même s’il est difficile à mesurer. « Pour l’air, on arrive facilement à identifier la réduction de la présence des différents produits. Pour l’eau, c’est plus complexe à interpréter. Il existe une forte inertie dans les nappes avec des traces de pesticides utilisés il y a quarante ans. Aujourd’hui, ce sont ces éléments surtout que l’on retrouve ».

La consommation d’eau a été réduite d’un quart depuis 2001 (3L/1L de vin). « De plus en plus de bâtiments éco-conçus, comme celui de notre centre de recherche à Plumecoq récupèrent les eaux des pluies pour alimenter les toilettes, les bouillies phytosanitaires… » Une économie significative même si « cette question compte tenue de la situation de la région n’est pas aussi cruciale que dans le sud. Nous nous concentrons davantage sur la préservation de la qualité des ressources. » Ainsi, la question de l’irrigation, malgré l’apparition de premières problématiques de stress hydrique en 2018, 2019, 2020, ne se pose pas encore. « Elle concernera peut-être certains secteurs, mais elle ne sera pas utilisée de manière généralisée. Nous privilégions des stratégies « sèches », en particulier la sélection de porte-greffes plus résistants et la mise en place d’outils d’aide à la décision comme la météo des sols, un système basé sur le bilan hydrique (calcul de la réserve, de l’évaporation etc.), qui permet d’avertir les vignerons de certaines zones lorsqu’ils doivent réduire l’emprise de l’herbe pour éviter une concurrence excessive ».

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