Le film et la cuvée de Madame de Sévigné

La sortie du film d’Isabelle Brocard en salle le 24 février, Madame de Sévigné, est l’occasion de déguster les vins de l’AOC Grignan-les-Adhémar, en relisant sa correspondance. L’appellation située en Drôme provençale honore chaque année la mémoire de l’écrivaine avec une cuvée.

Interprétée par Karin Viard, la marquise de Sévigné est une femme brillante et indépendante. Une femme de tête et de coeur qui souhaite le même destin pour sa fille Françoise (Ana Girardot). Mère passionnée, elle entretient une relation fusionnelle tourmentée dès que celle-ci épouse le comte de Grignan (Cédric Kahn). Les circonstances, l’éloignement et le manque affectif seront la source d’une vaste correspondance qui donnera naissance à une œuvre littéraire majeure. Sur son promontoire, le château de Grignan impose par son style Renaissance et sa magnifique terrasse. « (…) Toutes vos vues sont admirables ; je connais celle du Mont Ventoux. J’aime fort tous ces amphithéâtres, et suis persuadée, comme vous, que si jamais le ciel a quelques curiosités pour nos spectacles, ses habitants ne choisiront point d’autre lieu que celui-là pour les voir commodément, et en même temps, vous en aurez un le plus magnifique du monde, sans contredit…, écrit la marquise. Propriété du département de la Drôme, il a servi de décor au film, comme celui de Suze-la-rousse, son voisin. Le fantôme de Madame de Sévigné y est omniprésent (elle mourra au château), au point d’effacer le comte François Adhémar de Monteil de Grignan et la comtesse. Un festival lui est même consacré. Chaque année, début juillet, le festival de la correspondance honore l’épistolière. On y croise les acteurs Thierry Frémont, Antoine Duléry ou Robin Renucci, des auteurs devenant lecteurs pour des spectacles et rencontres littéraires. 

Si Madame de Sévigné déguste du vin dans le film, le vignoble n’y apparaît pas. Il est peu important, 1 800 hectares plantés de Châteauneuf-du-Rhône au nord, jusqu’à Saint-Restitut au sud, La Roche-Saint-Secret-Béconne à l’est, l’Ardèche faisant sa limite à l’ouest. AOC depuis 1973, elle se décline dans les trois couleurs, mais le rouge est majoritaire. S’il y a un marqueur, c’est bien la fraîcheur. Dans ce couloir rhodanien, grenache et syrah forment un duo donnant des vins fruités et élégants. Plus de 35 domaines, caves coopératives et négociants commercialisent l’appellation. Des jeunes s’installent ou reprennent des domaines, 65 % sont certifiés AB et HVE. 

Ces vignerons prennent part, à leur manière, à la célébration de l’écrivaine. L’AOC qui a abandonné ses habits éculés de Tricastin en 2011, pour la noblesse de la dénomination Grignan-les-Adhémar, illustre à sa façon la marquise. Madame de Sévigné a sa cuvée. Depuis plus de 20 ans, durant le festival, un jury composé d’un parrain comédien, d’amateurs et de journalistes élit à l’aveugle un vin rouge « fruité et féminin ». La bouteille revêt alors une étiquette dédiée et régale les amateurs, à l’image de celle du domaine du Serre des Vignes (8,50€), élue l’année passée. Une occasion supplémentaire de découvrir cette jolie appellation. 

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