Le garde-rhums du marché ne cesse de s’étoffer

Le Rhum Fest qui vient de fêter ses 10 ans au Parc Floral du bois de Vincennes a fermé ses portes derrière près de 8500 visiteurs en trois jours dont 2500 professionnels. Un franc succès et l’occasion de prendre la température du marché et des tendances rhumières.

Le Rhum Fest a enregistré un chiffre record de près de 8500 visiteurs (+ 21% comparé à l’édition 2023), surtout après que le salon a été décalé début mai (au lieu de début avril précédemment). La période ponctuée de nombreux jours fériés aurait pu sérieusement éroder le visitorat. Il en fut tout autrement. « Il faut reconnaître que le changement de dates n’enchantait pas a priori les exposants qui craignaient d’avoir du mal à mobiliser leurs équipes en cette période de ponts, admet Victoria de Cizancourt, chargée du développement du salon. Ça a plutôt joué dans le bon sens côté visiteurs. Non seulement, ils étaient plus nombreux mais ils venaient de plus loin, pas seulement d’Ile-de-France et des régions voisines. L’objectif l’an prochain sera de booster davantage la cible des professionnels et de tenter d’attirer également des sommeliers et des représentants de CHR haut de gamme ».

Rhum Fest ©F. Hermine

Liste d’attente pour éditions limitées
Le rhum, au fil des ans, gagne les faveurs des consommateurs français au détriment du whisky, même si ce dernier reste encore le spiritueux plus vendu dans l’Hexagone. Le salon a permis de faire le point sur les tendances du moment : La premiumisation d’abord, illustrée notamment par le franc succès de la première édition du club VIF (Very Important Friends). « Elle passe par une augmentation du prix des bouteilles que le consommateur achète habituellement mais aussi par une montée en gamme via une recherche accrue des éditions limitées et des terroirs, analyse l’expert es spiritueux Cyril Mald qui animait le club. On constate un intérêt croissant pour les  ‘pur jus’ » [les produits à base de canne tels les rhums agricoles des Dom et Madère et d’autres produits à base de jus de canne dans des pays qui n’ont pas droit à l’appellation]. Le spécialiste constate également que les amateurs sont de plus en plus avertis, ce que confirment plusieurs exposants du salon. « Certains connaissent même l’histoire de la distillerie mieux que nous, confirme le jeune maître de chai de Bologne François-Xavier Sobczak. Le rhum a souffert pendant longtemps de non-dits et de règles opaques. D’où la demande accrue d’infos. Aujourd’hui, on explique tout ce qu’on fait ». 

Le VIF avait fixé la jauge à 150 inscrits qui avait réservé leur entrée à l’avance ; la liste était déjà bouclée depuis plusieurs semaines. Dans cet espace réservé était présentée plus d’une vingtaine de rhums rares, estimés entre 500 et 2000 € la bouteille, certains même sans prix (comme pour les deux flacons uniques du Trois Rivières Missouri 2006 embouteillé pour l’occasion). « On rencontre de plus en plus de collectionneurs dédiés, commente Cyril Mald. Ils sont souvent plus jeunes que ceux qui s’intéressent au whisky et focalisés uniquement sur le rhum. Au départ parce que les éditions limitées de rhum étaient moins chères que celles de whisky. Ce qui n’est plus le cas maintenant ».

Cyril Mald espace VIF ©F. Hermine

Premiumisation sur marché en demi-teinte
Christian de Montaguère qui tenait boutique au salon mais également dans le 6e à Paris dresse un bilan plus mitigé. Il confirme cet intérêt pour les séries limitées, les bruts de fûts, les flacons de plus en plus pointus. Mais dans le contexte économique actuel, il enregistre aussi un net changement de consommation : « A la boutique, le panier moyen est en baisse avec des flacons moins chers et un nombre de bouteilles achetées moins élevé comme chez la plupart des cavistes généralistes. Il ne faut pas oublier que nous sommes un produit de plaisir et en période de crise et d’incertitude, c’est le premier supprimé de la liste des achats. Certes, les geeks sont toujours là mais ils se lâchent moins et se rabattent plutôt sur des cuvées à moins de 100€ au lieu de 150-200 auparavant ». Beaucoup de marques ont par ailleurs augmenté leur tarif pour compenser la hausse des matières premières, surtout dans les îles. « Paradoxalement, les maisons font de plus en plus d’éditions limitées pour valoriser mais il y a de moins en moins d’achats, poursuit Christian de Montaguère. Le rhum blanc qui reste un bon rapport qualité-prix se vend toujours très bien ; les rhums vieux, pas toujours très vieux quand ils restent accessibles, peinent davantage. Pour ceux qui se sont lancés tardivement sur cette catégorie, c’est encore plus difficile. En règle générale, les consommateurs se recentrent plutôt sur les marques de distilleries aux dépens des embouteilleurs indépendants ». C’est là que la notoriété des maisons et l’expertise des experts entrent en jeu. Un constat fait également sur le salon par Victoria de Cizancourt : « Toutes les masterclasses affichaient complet mais celles des producteurs semblaient susciter davantage d’intérêt car le concept d’embouteilleur indépendant est plus difficile d’abord pour les consommateurs, sauf pour les initiés ».

Mention spéciale pour les rhums arrangés
La plus forte tendance du moment est portée par les rhums arrangés à offres multiples et au rapport qualité-prix plus favorable. « Et c’est une bonne idée de cadeau, souligne Christian de Montaguère. De plus en plus d’opérateurs se lancent sur le secteur et il n’est pas facile de s’y retrouver. Je reçois quasiment une proposition par mois d’un nouvel élaborateur ; beaucoup ne sont que des copier-coller de marques existantes, certains proposent des produits plus originaux ». Parmi les acteurs les plus demandés, Isautier, Ti Ced, La Fabrique de l’Arrangé, L’Arom’Arrangé, MaloRhum… Côté parfums, les fruits exotiques gardent la faveur des consommateurs : maracuja, mangue, ananas, passion, gingembre… de quoi « exotiser » les papilles.

Résultats des Rhum Fest Awards sur www.rhumfestparis.com/rhum-fest-awards-2024/

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