Le plan de bataille de la Vallée du Rhône  

La vallée du Rhône passe à l’offensive pour conjurer les mauvais chiffres 2023. Des budgets et des actions vont venir soutenir les ventes en France et à l’export en misant notamment sur la diversification couleur.

Le bilan annoncé par le président d’Inter Rhône Philippe Pellaton est pour le moins mitigé : une récolte en retrait de 7% (2,4 M hl) pénalisant surtout les appellations régionales et en particulier les rouges (-9% pour une couleur représentant les trois-quarts de la récolte). En revanche, la production de blancs ne cesse de monter (+9%) ; elle atteint désormais le chiffre record de 12% de la production, tutoyant désormais les rosés en léger retrait (-6%). « Depuis cet été, l’ensemble des appellations marquent le pas, principalement à cause du pouvoir d’achat en baisse et d’un export frileux, reconnaît Philippe Pellaton. Le sur-prudence des marchés, la hausse des stocks tant chez les distributeurs que chez les négociants, des transactions plus calmes en début de campagne génèrent quelques angoisses ». Le surstock dans le vignoble estimé à 21 mois, a déjà été écrêté à 18 par quelques demandes de distillation avec un objectif à 15. « La baisse de rendements en 2023 a au moins permis d’équilibrer production et commercialisation, quelques arrachages tactiques de parcelles pourraient permettre quelques restructurations mais rien n’est décidé ».

Miser sur la diversification couleur
Les retraits sont constatés sur la plupart des marchés à – 10% au global (-19% aux Etats-Unis, – 10% en Grande-Bretagne) mais + 3% aux Pays-Bas, + 9% en Norvège et le Canada qui résiste bien. Ces ralentissements s’additionnent aux difficultés sur le marché français. Certes, le bateau amiral des Côtes-du-Rhône semble un peu mieux résister à -1,6%, les Villages et les autres appellations étant les plus chahutées. « Ce n’est pas faute d’actions puisque l’interprofession a mis en œuvre en 2023 un plan d’investissements de 12 millions d’euros sur quatre ans, rappelle Philippe Pellaton. Et on entend maintenir le cap car le potentiel est avant tout à l’international ». Inter Rhône entend miser à l’export sur la diversification en blancs et en rosés, notamment sur le marché nord-américain et en Chine et défricher des terres telles que la Corée et Singapour. 

Soutien à la grande distribution et à l’œnotourisme 
Un budget de 150 000€ va venir soutenir le marché français, notamment avec des actions de promotion en GD (38% de la commercialisation) où les ventes ont reculé de 4,4 %, de 5,8% pour les AOP de la Vallée du Rhône. Tracts et prospectus pourraient expliquer les vins ou les labels environnementaux – aujourd’hui plus de 50% du vignoble est certifié ou labellisé. 

350 000€ vont également être injectés dans l’œnotourisme « pour activer la destination ‘Vallée du Rhône’ avec une nouvelle plateforme de marque, pour synthétiser les actions sous une ombrelle régionale et recentrer l’offre sur les vins, que l’on raccroche le wagon régional aux initiatives territoriales ». Inter Rhône entend également remettre sur le métier l’ouvrage des vins rouges, afin qu’ils collent mieux aux tendances de consommation. La réflexion se poursuit pour baisser l’intensité colorante, augmenter la fraîcheur, étudier la faisabilité des no-low en partenariat avec l’Institut Rhodanien, réfléchir à quels profils de vins pour quels marchés.

Un pas vers Châteauneuf-du-Pape
Autre annonce : un rapprochement avec Châteauneuf-du-Pape, non pas avec l’ODG – quelques décennies de brouille ne s’efface pas d’un trait, mais dans le cadre d’une association de metteurs en marché. En négociation avec le Ministère de l’agriculture, elle pourrait intégrer des opérateurs déjà adhérents d’Inter Rhône avec d’autres appellations. « Il s’agit de leur permettre de présenter aussi des vins de Châteauneuf lors des opérations collectives, explique Philippe Pellaton. Beaucoup d’opérateurs sont déjà chez nous à 85% avec les autres crus, c’est une demande légitime qu’ils puissent présenter tous leurs vins. On ne fera pas la promotion de Châteauneuf à la place de l’ODG; on veut juste permettre aux exposants de présenter leurs bouteilles officiellement sans les cacher sous la table. Expliquer aux distributeurs le trou au milieu au milieu de la vallée du Rhône, c’est déjà compliqué à faire comprendre à Paris mis plus on est loin, plus ça apparaît une aberration. Et dans le contexte actuel, il serait dommage de se priver d’une locomotive; les marchés internationaux ont besoin de signes positifs ».

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