Le sémillon connaît un regain d’intérêt

Les surfaces consacrées à ce cépage emblématique du bordelais avaient diminué ces dernières décennies, au profit du sauvignon qui lui avait volé la vedette. Mais le voici qui suscite davantage d’intérêts dans les blancs secs grâce à des atouts de mieux en mieux considérés. Pourquoi ? 

Les premières productions de vins issus du sémillon remontent au XVIIème siècle, dans la région bordelaise dont il est très probablement originaire. La surface plantée avoisinés les 30 000 ha au début du XXe siècle, elle était estimée à moins de 15 000 ha en 2008. En cause, l’engouement pour les vins blancs secs et particulièrement ceux issus du sauvignon qui a été fortement (sur?)valorisé en apportant acidité, fraicheur et puissance aromatique. Le sémillon avait-il dit son dernier mot ? Probablement pas.

Les atouts du sémillon
Pour Jacques Lurton, le président de l’appellation Pessac Léognan, le marché se tourne vers « des vins plus riches, plus gras, plus complexes et parfois un peu plus lourds. Le sémillon est une réponse à cette demande. Le marché qui nous taille actuellement des croupières, c’est la Bourgogne ». Mais vouloir l’imiter en faisant des vins de sauvignon sur muri est une mauvaise réponse car « on perd beaucoup d’aromatiques ». C’est là que le sémillon entre en scène.

Axel Marchal , professeur en œnologie à l’ISVV de Bordeaux, constate lui aussi ce « regain d’intérêt des consommateurs et des producteurs qui valorisent ce cépage. C’est un goût pour une nouveauté retrouvée ». Il décrit un cépage qui a une tendance à être fortement productif avec des raisins assez gros:  un avantage mais aussi un inconvénient si l’on ne maitrise pas cette productivité. Le sémillon pâtit d’un léger manque d’acidité. Mais celui-ci est compensé par le sauvignon dans les assemblages. Et de dire surtout que « sur de grands terroirs, il donnera des vins onctueux, équilibrés, avec une signature aromatique similaire à celle chardonnay ». Evidemment, si le sémillon se rapproche du chardonnay, il ne peut qu’être estimé. Pourtant, il faut prendre garde à son terroir.

De splendides vins si …
Pour Axel Marchal, « il ne faudrait pas envisager de planter partout du sémillon à Bordeaux car, sur des terroirs qui ne lui seraient pas adaptés, cela donnerait des résultats assez mitigés ». Jacques Lurton ne dit pas autre chose car le sémillon aime les sols graveleux ou argilo-calcaires : des sols recherchés. « Les vignerons qui vont vouloir augmenter la proportion de sémillon devront trouver des terroirs : mais ça ne se fait pas comme ça. Il n’y a pas partout des terroirs disponibles avec des sols profonds ». Et Axel Marchal met en garde : « le sémillon ne pardonne pas sur des terroirs moyens car il va avoir tendance à produire des vins mous, neutres et amers ». 

En mono cépage ou en assemblage ?
L’expression aromatique du sémillon est pudique, sur la retenue. « Il peut avoir une complexité d’arômes délicatement parfumés : abricot, fruits à noyau, noisette fraiche, herbe sèche » décrit Axel Marchal. En vieillissant, il délivre de splendides notes pétrolées. Et s’il existe de beaux exercices de style 100% sémillon, comme à Carbonnieux avec sa cuvée 1742, la plus belle expression du sémillon est sans doute en assemblage. Cet ami du sauvignon, longtemps resté dans son ombre, souffrait d’une discrétion qui tend légitimement à s’estomper. Tout ce que l’un n’a pas, l’autre l’apporte. Le sémillon amènera son côté texturé, sa subtile aromatique et son aptitude à la barrique. Des caractéristiques de plus en plus appréciées par un consommateur qui voit dans ses vins d’assemblage une balance parfaite.

Ce regain d’intérêt prend l’allure d’un rééquilibrage justifié. Mais est-il pour autant un effet de mode ou de balancier ? « Non » pour Jacques Lurton. « Les styles s’inscrivent sur plusieurs décennies parfois et tout le monde n’est pas prêt à sacrifier de bon terroirs de rouge pour mettre du sémillon ».

Le sémillon reste donc, avec 45 % de l’encépagement de blanc, en tête à Bordeaux (43 % pour le sauvignon). On ne pensait pas le voir là tant le sauvignon lui avait volé la vedette. Et pourtant …

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