Le vin à l’origine de la Révolution française: histoire d’un black-out collectif - Routes des vins

Le vin à l’origine de la Révolution française: histoire d’un black-out collectif

L’indécision d’un roi alcoolique, la fureur d’un peuple assoiffé par les taxes qui frappent les vins aux portes de Paris… Dans un livre passionnant, l’alcoologue Michel Craplet dénonce un « Black-out » collectif des historiens sur le sujet préférant ne voir dans la Révolution célébrée en ce 14 Juillet que l’œuvre des lumières.

L’histoire a retenu la date du 14 Juillet, commémorant la prise de la Bastille comme le point de départ de la Révolution française. L’événement symbolise le rejet de l’arbitraire du roi qui, sur simple lettre de cachet, pouvait embastiller les esprits rebelles. Mais elle a oublié la date du 11 Juillet, lorsque le peuple s’en prit aux barrières des octrois parce qu’il avait soif !

Le vin sous l’Ancien Régime était en effet soumis à des taxes iniques à l’entrée de la ville. Celles-ci n’étaient pas proportionnelles au prix, mais à la quantité. Les modestes piquettes étaient ainsi taxées à la même hauteur que les plus grands vins, et pouvaient voir leur tarif doubler. De ces impôts sont nées les guinguettes situées en périphérie de la cité. Le dimanche, les ouvriers venaient y passer la journée pour y boire des vins non taxés. La colère du peuple contre ces octrois était montée d’un cran à la veille de la révolution, parce que les autorités avaient décidé de bâtir un nouveau mur, d’un périmètre plus large, pour y inclure les guinguettes du quartier de la Courtille.

Un projet qui provoqua d’autant plus de scandale que son coût était faramineux : « Avec cet argent et ces pierres qui ont tari les carrières, on aurait déjà bâti quatre hôpitaux » témoigne un contemporain.  Les pouvoirs publics ayant besoin de revenus, les révolutionnaires attendirent 1791 avant d’abolir ces octrois. Il est vrai que la pression du peuple ne s’était pas relâchée, comme le montrent les paroles travesties du chant de l’armée du Rhin, future Marseillaise, proposées par un parodiste en 1792 : « Allons enfants de la Courtille, le jour de boire est arrivé/ A table citoyens, vidons tous les flacons. Buvons, buvons ! Qu’un vin bien pur humecte nos poumons ». L’allusion à la pureté du vin ne doit rien au hasard, les octrois étaient à l’origine même des vins trafiqués, élaborés à l’intérieur de la ville pour contourner la taxe…

L’alcoologue Michel Craplet a également démontré que l’alcoolisation, au moins autant que les idées de Lumières, était à la racine du déchaînement des foules révolutionnaires. Au XVIIIe siècle, le vin restait onéreux, et le petit peuple n’en buvait pas quotidiennement. Il était donc peu accoutumé à la boisson, et en supportait d’autant moins bien les effets. Aussi, lorsqu’il mettait à sac les institutions, puis en vidait les caves, l’alcool lui montait vite à la tête. La désinhibation devenait alors générale, laissant libre cours aux exactions.

A l’inverse, on parle souvent de la cyclothymie de Louis XVI, de ses difficultés à prendre des décisions, de sa mollesse. Ce caractère explique pourquoi le monarque s’est laissé déborder. Mais on oublie d’évoquer l’alcoolisme chronique du souverain qui provoquait cette attitude. L’Abbé de Véri écrit en 1782 : « Le penchant de Louis XVI pour la boisson s’accroît journellement, et sa raison s’égare quelquefois au souper. Si ce vice se borne aux heures du souper, comme chez son grand-père, l’inconvénient est médiocre. Mais il commence de bien bonne heure… L’avilissement où jette ce vice est encore augmenté par le ton rude de sa voix, par des réponses brusques et brutales, par des amusements sanguinaires envers les bêtes et enfin par un goût de badinage de la plus basse servilité » Un alcoolisme qui provoqua chez lui de terribles difficultés pour engendrer un héritier. Si cette addiction n’a pas été relevée par les historiens, c’est peut-être parce que son entourage cherchait à la cacher : « Le vin le surprit à une partie de chasse, l’année dernière. L’officier qui le suivait eut la prudence de le faire remonter en voiture, de manière que personne ne s’en aperçut. »  Elle fût pourtant probablement à l’origine d’un accident dramatique : Louis XVI, lors d’une chasse, tua par mégarde un de ses officiers, ce qui lui fut dissimulé pour ne pas le choquer.

Terre de vins aime : Michel Craplet, L’ivresse de la Révolution, éditions Grasset.

Le clin d’œil de Terre de vins : La cuvée « Sans Culotte » (Cahors) http://www.vinovalie.com/sans-culotte-cahors

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