Léoville Barton et Langoa Barton : une évolution sans renier les racines

Les Châteaux Léoville Barton et Langoa Barton se parent de nouveaux cuviers et chais. En cela, un nouveau chapitre s’écrit en ce lieu de Saint-Julien pour ces deux Grands Crus Classés 1855. Lilian Barton nous en dit davantage.  

C’est une nouvelle page pour les domaines de la famille Barton, comment est né ce projet ?
C’est un projet qui a longuement mûri en famille, avec mes enfants Mélanie et Damien, car nous ne voulions pas faire des travaux parce que c’était la « mode ». Nous avions à cœur de faire des changements pour faire évoluer la propriété dans son temps, tant au niveau technique que confort de travail, car cela fait maintenant 203 ans que mes aïeuls irlandais se sont installé ici. Nous avons beaucoup échangé pendant plusieurs mois, puis nous avons lancé un concours d’architecte auprès de trois professionnels : un qui avait réalisé des travaux dans un château du Médoc dont le résultat nous plaisait beaucoup, un Irlandais bien sûr, et un architecte basé à Bordeaux qui avait déjà rénové l’intérieur du Château Mauvesin Barton acheté en 2011 à Moulis. Lors de la journée de présentation des trois projets, celui de Touton Architectes à Bordeaux, a été comme une évidence, ils avaient compris notre volonté d’évolutions sans renier nos racines et l’héritage architectural laissé par les anciennes générations. Le résultat de plus de trois ans de travaux est très réussi selon nous car quand les visiteurs arrivent dans la cour, ils nous disent tous « mais rien n’a changé depuis les travaux ! » et quand ils entrent dans le nouveau cuvier gravitaire et les nouveaux chais, ils sont sous le charme de l’authenticité que nous avons réussi à conserver.

J’aimerais préciser une chose, nous avons réalisé des travaux techniques et de nouveaux bureaux mais l’important reste le terroir qui lui, reste immuable, et produit de grands raisins qui font ensuite les grands vins. Nous avons aussi une seconde phase de travaux, qui débutera dans deux ou trois ans, plus axée sur l’accueil des visiteurs, l’œnotourisme et d’autres sujets pour lesquels nous avons encore plein d’idées !

Quelles furent les contraintes, les budgets et la livraison a-t-elle tenu ses promesses ? 
Il y a eu plusieurs niveaux de contraintes pour arriver à la bonne réalisation de ce projet. Technique tout d’abord, en raison du cuvier qui devait être entièrement détruit et reconstruit de l’autre côté de la cour. Donc dès que les vendanges 2020 ont été terminées, nous avons écoulé le vin en barriques et il a été hébergé de l’autre côté de la route dans des bâtiments qui étaient disponibles. Puis la course contre la montre a débuté pour construire le nouveau cuvier afin qu’il soit partiellement prêt pour la récolte suivante et le pari a été gagné car le millésime 2021 a été vinifié dans le nouveau cuvier avec le nouveau nombre de cuves (44 allant de 120 à 200hl). C’est avec le millésime 2022 que le nouveau cuvier était dans sa configuration définitive avec le gravitaire qui a pu être mis en place à ce moment-là. L’autre contrainte a été celle de l’eau. Le Médoc est une zone humide et les nappes phréatiques sont peu profondes. Pour respecter notre environnement, nous avons pris le parti de creuser le cuvier que d’un demi-niveau et pas un niveau entier pour ne pas perturber le chemin naturel des nappes. Nous sommes ravis du résultat car de l’avis général il est fidèle à nos valeurs de tradition, de sobriété et de matériaux nobles utilisés tels que le bois, l’acier et la pierre.

Qu’en sera-t-il de l’approche du raisin, du style des vins, de la nouvelle ère Barton, en somme, à Léoville ? 
Nous sommes très fiers du style des vins de la famille et nous ne voulons surtout pas en changer. La constance fait partie de nos atouts, de nos valeurs et nos consommateurs apprécient aussi nos vins pour cela. La grande nouveauté est celle du transfert de la vendange qui est désormais réalisé par gravité. Le nouveau cuvier voit une augmentation significative du nombre de cuves, dont les contenances sont plus variées, de manière à affiner la sélection parcellaire. Nous avons également de nouveaux pressoirs verticaux qui nous permettent d’obtenir un vin de presse plus précis, car nous divisons dorénavant le chapeau de marc en trois parties, le haut, le cœur et le fond. Historiquement, nous avons beaucoup de cabernets, plantés sur les croupes de graves, ils sont tendus, sérieux, avec une précision infinie et un tanin délicat et long. C’est de la dentelle complétée par quelques merlots, plantés plus bas sur les plateaux, qui apportent une texture charnue. Le labour est traditionnel, sans désherbage ni herbicide. Le sous-sol argilo- graveleux permet de réguler à merveille les aléas climatiques de l’année. Quand le terroir est grand et la maturité juste, il n’y a – presque – rien à faire, la majorité du travail est fait dans les vignes.

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