Les néo-vigneronnes de Fronsac : un vent de fraîcheur

Pascale et Mélanie ont en commun de ne pas être des enfants du sérail. La première travailla pour de grandes maisons de maroquinerie à Paris, la seconde, née à Tübingen, entama des études marketing. Désormais elles co-président aux destinées du Château Mazeris-Bellevue et du Château de l’Escarderie en fronsadais. Elles sont arrivées sur ces terres touchées par la beauté des lieux avec l’envie de réinventer une production et l’image de l’AOC.

Château l’Escarderie se trouve légèrement en surplomb du cingle de la Dordogne toute proche, sur des sols argilo-calcaire et sablo-limoneux. La propriété viticole du XIXeme siècle est reprise en 2015 par Mélanie et Thomas, qui entreprennent de tout restructurer des chais à la vigne. Ils optent rapidement pour une conduite en Agriculture Biologique certifiée et la vinification est réalisée au plus près des méthodes biodynamiques. Pour Mélanie, fille d’hédoniste œnophile, le salut de la viticulture passe par la vigne et un enracinement plus profond de cette dernière. Dès le début il était clair pour la jeune diplômée de l’EBP que les élevages en cuve et en amphore permettraient de respecter le fruit et la matière. La cuvée Amphora naitra de l’envie de faire les vins que Mélanie aura plaisir à boire. Il était d’autre part évident, souffle-t-elle en souriant, de ne pas aller chasser sur les terres de ses illustres voisins, avec leur cuvée plus boisée et plus extraite. A aucun moment, ajoute-t-elle, elle n’a eu envie de dévoyer une appellation qui lui tient à cœur, dont elle apprécie l’Histoire et le terroir si singulier. Il est clair que si Amphora, dominante Merlot, accompagné de Cabernet Franc et de Malbec, rend hommage au terroir, il constitue un franc pas de côté avec des vinifications en macération semi-carbonique, un élevage en amphores de terre cuite et une teneur en sulfites volontairement très faible. A la dégustation l’Amphora 2021 possède un nez étonnamment complexe, qui convoque camphre, poivre vert et sous-bois frais. En bouche on retrouve des fruits rouges, à peine confiturés. La belle tension d’un jus finalement assez charnu, étire magnifiquement vin. 

A la bourguignonne 
A quelques encablures de là, le Château Mazeris-Bellevue en AOC Canon-Fronsac, invite à embrasser un paysage de clairières, de bois, de pentes et de plateaux. L’intrication des vignes dans cet environnement pluriel est magnifique. C’est ce qui plaira tant aux deux néo-vignerons Pascale et Xavier qui dès 2017 décident de se lancer dans une aventure familiale conçue et bâtie autour et pour leurs enfants. Pascale, CAP de maroquinerie tout juste en poche, n’imagine pas un instant ne pas devoir mettre la main à la pâte. Elle tire les bois, taille, vendange pour comprendre et apprendre ! Sa présence dans une appellation de pépites chargées d’histoire ne l’empêche pas de revenir sur les grands principes qui régissent les lois vinicoles de Canon-Fronsac en replantant des arpents de vigne en contre-pente ou encore en développant la gamme Mazette. Une cuvée issue d’une réflexion parcellaire qui détonne encore joliment par l’étiquette conçue par l’illustratrice Margaux Croës. Mazette représente l’autre versant de la production avec des vins de cuve béton, empreints de fraicheur, de tendreté et portés par une fine expression crayeuse. Elle évoque l’idée d’une cuvée à la bourguignonne. On aime tout particulièrement le Mazette 2020, Merlot, Cabernet Franc et Cabernet Sauvignon et son jus suggérant en bouche la cerise et la rose poudrée. Une complexité qui bat en brèche l’idée reçue que sans élevage appuyé il n’y aurait pas de grand vin à Bordeaux. 

Une révolution à bas bruit
Il n’y a pas si longtemps ces appellations de lieux parlaient d’elles-mêmes et engageaient le producteur sur la voie toute tracée des vins rouges à l’échine épaisse, aux jus corpulents et fortement boisés. Les temps changent et les vins de lieux demandent à revenir sur les étals des cavistes et sur les tables des restaurants. Château L’Escarderie et Château Mazeris-Bellevue, sous l’impulsion de néo-vigneronnes, ont su développer une gamme alternative de vins plus sapides et au fruit très étincelant, sans jamais se départir du lieu et d’un terroir exceptionnel. Elles ont également en commun d’avoir croisée la jeune œnologue Chloé Conort, qui conseille aussi Château Saint-Ferdinand, pour porter sur la vigne un autre regard, pour se donner la permission de dessiner des vins un rien plus iconoclastes et certainement plus modernes. 

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