Les vignerons indépendants : chevaliers blancs de la Champagne

Incorruptibles, tel est le mot qui vient immédiatement à l’esprit lorsqu’on entend leur nom. Constamment dans leurs vignes et dans leurs caves, ils n’ont que la qualité en tête. Quant aux enjeux économiques, ils les mépriseraient presque. Comme en 2020, où la fédération s’était insurgée contre un système de fixation du rendement qui fonctionne en Champagne comme une variable d’ajustement au marché, quitte à gâcher parfois des récoltes au potentiel unique. Pour célébrer ces chevaliers blancs de la Champagne, mis à l’honneur le 20 mars au Peninsula lors du dîner d’inauguration de Cavistes dating organisé par Terre de vins, opérer une sélection de blancs de blancs tombait donc sous le sens !

Aspasie Blanc de blancs

Avec un prénom pareil, comment ne pas tomber immédiatement amoureux ?  Le nez printanier est un bouquet de muguet et de fleurs d’acacia… La bouche est légèrement saline, on savoure la vivacité des agrumes qui ont cependant le bon goût de ne pas tomber dans le citrique, ce qui écraserait les arômes floraux toujours aussi entêtants. Le vin est soyeux, frais, avec quelques notes croquantes de poire et de mangue. La fin de bouche offre un duo enchanteur de citron et de vanille. Pour ce champagne si délicat qu’on ose à peine l’accorder, on tentera des beignets de fleurs d’acacia. (HVE, Vegan, 32€)

Cordoin Didier-Laurent « Réserve » (80 % Chardonnay, 20 % Meunier) – 17,40€

Il y a d’abord cette robe qui évoque le cuivre éclatant d’une trompette. Elle sied parfaitement à ce champagne tout en fanfare. Le nez évoque l’abricot, la pêche, des fleurs suaves comme l’aubépine, mais aussi des odeurs de pins qui nous transportent sur les plages des landes. La bouche est fraîche, légèrement ferrugineuse avec une salinité bien présente. On retrouve le registre des résineux, mais sans que ce côté boisé ne vienne alourdir l’ensemble. Les fruits jaunes mûrs, peut-être apportés par la pointe de meunier, n’ont pas disparu et donnent une pointe de gourmandise. Pour retrouver cette ambiance de résineux, tout en faisant honneur à la minéralité de la cuvée, on la dégustera sur un poisson fumé aux pommes de pin ).

Alfred Tritant « L’instant blanc » – 38€

L’instant blanc de Tritant a la fugitive beauté des moments de bonheur volés. C’est une cuvée qui vous prend par surprise tant il est vrai qu’on n’attend pas les chardonnays sur le terrain de la puissance. Or cette cuvée n’en manque pas ! Elle se déploie autour de saveurs intenses de miel d’acacia, de pâte de coing, d’abricots secs, suivis d’une note torréfiée qui marque la fin de bouche. L’amertume qui prend la forme d’arômes d’écorce d’orange est parfaitement maîtrisée. Une fois reposé son verre et la dernière goutte avalée, on reste avec cette sensation d’une bouche tapissée par la craie. S’agissant de l’accord met/vin, on pourrait presque quitter le terrain très convenu en matière de blanc de blancs des produits marins pour aborder des plats qui fassent d’avantage honneur à cette richesse. Pourquoi pas une escalope de poulet à la crème à l’orange ?

Palg de Vitry « Le Blanc des Lys » (60 % chardonnay 40% pinot blanc) – HVE, 55 à 60€

Un champagne royal à la blancheur d’hermine… Le nez s’ouvre évidemment sur le lys, mais aussi la pomme verte. La bouche est beurrée, toute en velours, et glisse comme une caresse. La finale légèrement toastée tourne autour de la noisette et du raisin sec. On reste cependant dans un univers de fraîcheur, où les notes citronnées et légèrement iodées ont la part belle. Elles nous rappellent les qualités extraordinaires que peuvent conférer à un champagne l’emploi d’un complément de pinot blanc (40%). Ici au contraire les fruits de mer s’imposent comme une évidence : des Saint-Jacques donneront bien le change par leur texture douce, leur chair fine et délicate que relèveront les notes d’agrumes du vin.

Michel Gonet « Cœur de Mesnil 2010 » – 52€

On ne travaille pas un monocru du Mesnil comme n’importe quel chardonnay. Ces vins issus de terroirs où la craie est presque affleurante ont dans leur jeunesse une acidité et une droiture qui les rendent austères et peu abordables. Mais pour qui sait les attendre, ils vous offrent avec l’âge ce que l’on fait de plus beau en Champagne. Les hommes comme les vins, ne sont pas égaux face à la vieillesse. Les rides de ce millésime 2010 sont magnifiques. Le nez reste fruité malgré l’âge révélant des notes de poire bien juteuse et d’ananas, l’évolution est venue habiller l’ensemble avec des arômes de miel, de gelée de coing et une pointe d’eau de vie de prune du grand-père très étonnante. En bouche, quelle intensité, quelle salinité ! On retrouve ce profil crémeux, les notes d’amande, la puissance et ce côté miellé que suggéraient le nez mais avec derrière une trame minérale de coquilles d’huîtres pilées. En guise d’accord, des huîtres chaudes en crumble de noisette résumeraient parfaitement cette combinaison entre la fraîcheur de l’océan et la richesse apportée par l’évolution.

Colin « La Croix Saint Ladre 2016 » – 55,90 €

On connaît les deux aspects du terroir de Vertus. Au sud, les sols sont plus épais, et nous emmènent déjà vers des profils crémeux proches du Sézannais, même si la frontière est encore loin. Au Nord, sur ces terres qui jouxtent le Mesnil, la roche mère est déjà beaucoup plus proche et le vin plus minéral. La parcelle de La Croix Saint Ladre se situe justement sur une veine de craie située dans cette zone. Le nez de poivre blanc et de jasmin évolue au fil de la dégustation vers les fruits secs. La bouche mentholée frappe par sa droiture et ce côté citron vert qui tire le vin de bout en bout. Si le litchi et l’ananas rappellent les premiers arômes de vins clairs, cette cuvée millésimée 2016 a déjà de belles notes d’évolution un peu fumées. On appréciera aussi cette pointe de cèdre qui lui confère un certain chic. Avec le printemps qui s’annonce, on devrait d’ici deux mois voir apparaître les premières morilles, cuisinez-les avec des ris de veaux et dégustez l’ensemble accompagné de ce joli chardonnay, vous passerez une soirée délicieuse.

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