Mini-verticale : Château Bellevue

Nouveau rendez-vous régulier sur le site de « Terre de Vins » : au gré de leurs déplacements dans le vignoble, nos journalistes sont amenés à déguster plusieurs millésimes d’une propriété sous forme de « mini-verticales ». Ils partagent avec nos lecteurs leurs notes et commentaires. Aujourd’hui : Château Bellevue, Grand Cru Classé de Saint-Émilion.

Le château Bellevue est dans la famille Pradel de Lavaux depuis 1642. Ce beau terroir argilo-calcaire bien exposé de Saint-Émilion a toujours bénéficié d’une jolie réputation, si bien qu’il a été inclus dans le classement dès la première édition en 1955. Au fil du temps, la famille Pradel de Lavaux (qui possède d’autres domaines sur la rive droite ainsi que l’une des plus anciennes maisons de négoce, Horeau-Beylot) s’est associée avec d’autres co-propriétaires, notamment la famille de Coninck pendant un demi-siècle puis la famille de Boüard de 2007 à 2022. En 2022, la famille de Boüard a récupéré 3,5 hectares de Bellevue, qui ont été intégrés à Angelus, ce qui rapporte la surface actuelle de Bellevue à 3 hectares. L’encépagement est 100% merlot, les vignes présentant un âge moyen de plus de 40 ans. Axel Pradel de Lavaux, qui a repris les rênes des propriétés familiales en 2012 après des études d’économie et de commerce, entend consolider la réputation de Bellevue en continuant de signer des vins de lieu, identitaires, pour « connaisseurs éclairés ». Il est accompagné sur le plan technique par l’équipe Derenoncourt Consultants, et en particulier Frédéric Massie.

Château Bellevue 2022 (encore en élevage) : nez concentré sur la pulpe de fruit noir, légère trame capiteuse. De la richesse, du velouté, un toucher minéral, il se dessine sur une belle droiture avec une trame finement crayeuse qui vient énergiser la sucrosité. C’est suave, articulé, l’élevage semble déjà bien se fondre, ce sera délicieux. Env. 50 €.
[Noté 96-97 et « coup de cœur de la rédaction » en primeurs]

Château Bellevue 2020 : un séduisant coulis de fruit noir rehaussé d’une note mentholée, touche de noyau de cerise, léger réglisse, feuille de menthe écrasée, mûre sauvage cueillie sur l’arbre. La bouche est tendue, digeste, droite, bien sapide et juteuse, on devine un certain « grip » tannique mais avec un toucher crayeux, côtelé. La chair est soyeuse, ferme, soutenue par une agréable fraicheur sanguine, jusqu’à la finale sur des amers fins. Env. 47 €.
95/100

Château Bellevue 2019 : nez délicat, plutôt floral, touche feutrée sur la baie bleue et la fleur mauve, une aromatique en dentelle qui s’avance sur la pointe des pieds. Séducteur. On discerne une touche d’orange sanguine, finement zestée. La bouche est juteuse, salivante, légèrement acidulée, avec un boisé encore prégnant, qui doit se fondre. Le dessin du vin est élancé, gracieux, sur une maturité al dente qui se poursuit en longueur. Env. 42 €.
94/100

Château Bellevue 2018 : nez un peu confit, touche de pruneau, confiture de cerise noire, eau de vie, pudding au raisin de Corinthe. Bois noble. Bouche souple, caressante, onctueuse. La matière est campée sur un milieu de bouche assez sphérique, riche. Des petits tannins finement irisés viennent mordre dans la chair tendre, on relève un bon soutien acide sur un vin qui s’alanguit un peu, s’avérant moins tendu et droit que les millésimes postérieurs. On retrouve en finale des amers légèrement grillés, et torréfiés. Env. 55 €.
94/100

Château Bellevue 2012 : la robe présente des notes d’évolution, couleur légèrement tuilée. Nez un peu fumé, un boisé encore présent, mais une évolution truffée commence à se deviner. Boîte à tabac, début de sous-bois, léger accent giboyeux. Le bâton de réglisse et la liqueur de café s’invitent, une touche iodée, orange sanguine. En bouche se déploie une chair fondue, caressante, la trame tannique est bien intégrée à la matière, l’acidité jaillissante et maîtrisée, c’est un vin en pleine apogée.
92/100

Château Bellevue 2011 : il s’annonce d’abord sur la réserve, un peu serré, moins expressif que le 2012. On devine un léger toasté sur la prune confite, la confiture de myrtille. Une touche de tabac brun. C’est un vin sérieux, construit, avec un profil droit, anguleux, capiteux, au costume tannique légèrement rugueux. La bouche est droite et savoureuse, bien séveuse, la finale sur une note finement acidulée, qui se resserre un peu en finale. Il faut encore lui laisser du temps.
91/100

Château Bellevue 2010 : premier nez dense, épicé, au fruit noir confit, presque oriental. Datte, figue, abricot sec, bois d’oud, touche d’encens. Léger nappage de pruneau et l’on retrouve l’orange sanguine. ?La bouche est séveuse, énergique, bien propulsée par son arête acide, c’est un vin monté sur ressort, qui est électrisé par son terroir, doté d’un profil sanguin, salivant, qui le tient sur la longueur. Les tannins sont parfaitement dessinés.
93/100

Château Bellevue 2006 : robe légèrement tuilée, premiers reflets orangés et cuivrés sur le rubis. Nez sur la pommade de camphre, le cuir, herbes médicinales, petit fruit à noyau, cerise à l’eau de vie. La bouche est souple, déliée, fine, campée sur ce fruité croquant, dotée d’un habit tannique légèrement cintré, une sous-couche encore crayeuse (on retrouve le calcaire qui signe ce terroir), et une finale acidulée, mordante. Très digeste, en plein dans le bon moment pour être bu.
91/100

Château Bellevue 2001 : nez de confiture de vieux garçon, cuir de Russie, légère note viandée, on retrouve de l’orange confite, de l’herbe médicinale.? Bouche bien juteuse, savoureuse, tenue par un léger grip de tannins légèrement crayeux et doté d’une touche de rusticité. La chair est souple et digeste tout en conservant sa fermeté, le vin se construit sur une acidité présente mais qui bien intégrée à la matière, en soutien. C’est un vin de garde qui est à son apogée et nous indique tout le potentiel d’évolution d’un beau terroir de Bordeaux.
92/100

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