Pascal Chatonnet, l’œnologue discret - Routes des vins

Pascal Chatonnet, l’œnologue discret

Dans un monde du vin bordelais où les winemakers sont souvent vedettisés, Pascal Chatonnet cultive une certaine discrétion. À la fois œnologue-consultant et vigneron, il se consacre au développement du vignoble familial, dont il a repris totalement les rênes en 2017.

Peu de régions viticoles au monde ont autant mis au premier plan les œnologues que le vignoble bordelais. De flying winemakers en consultants ultra prisés, nombreuses sont les techniciens du monde du vin girondin dont la renommée est allée jusqu’à dépasser le cercle restreint des grands amateurs de vin. Pourtant, tous les œnologues ne sont pas sous les projecteurs, comme l’illustre le parcours de Pascal Chatonnet. Ce parcours débute sur la rive droite de Bordeaux, dans le vignoble acquis par ses parents en 1967 sur le lieu-dit Chaigneau en appellation Lalande-de-Pomerol. Partant d’une douzaine d’hectares, ils restructurent et développent patiemment le domaine, s’y consacrant totalement à partir des années 1980 et construisant de nouvelles installations techniques au début des années 1990. Au fil du temps, le vignoble s’étend sur une trentaine d’hectares en Lalande-de-Pomerol, répartis sur trois unités de terroirs, auxquels s’ajoute un hectare à Saint-Émilion – berceau historique de la famille.

De l’Espagne à la Nouvelle-Zélande

Pour Pascal, la voie semble toute tracée. Des études d’agronomie et d’œnologie, deux thèses, des classes réalisées auprès de Denis Dubourdieu posent les bases de son parcours scientifique. En 1992, il crée le laboratoire d’œnologie Excell, et débute une activité de consulting en 1995. Cette dernière, qui réunit aujourd’hui près d’une quarantaine de clients, va le mener de Bordeaux au Languedoc, en passant par l’Espagne (Vega Sicilia notamment), l’Italie, le Portugal, l’Afrique du Sud, l’Amérique du Sud et même la Nouvelle-Zélande (Cloudy Bay depuis trois ans). Parallèlement, il continue de développer les vignobles familiaux, dont il reprend pleinement les rênes suite au décès de son père en 2017 – la même année, il revend la majorité des parts d’Excell. Amorçant en 2021 une conversion en bio, celui qui défend l’idée d’une « agrosynergie » dans la conduite culturale du vignoble – sorte de combinaison entre bio, biodynamie et certaines pratiques dites « conventionnelles » – est également très attentif aux enjeux liés au réchauffement climatique et replante de plus en plus de cabernet franc, mais aussi du malbec et du petit verdot « pour se tester ».

Protégé par la double influence de l’Isle et de la Dordogne, son vignoble de Lalande-de-Pomerol se situe principalement sur terroir argileux, plus ou moins teinté de graves. Le merlot y occupe, à ce jour, une place très dominante. Pascal Chatonnet y produit deux vins, le château Haut-Chaigneau (environ 23 euros) et la cuvée La Sergue, combinaison de trois terroirs et trois cépages vinifiée dans trois cuves bois et élevée 12 à 16 mois (environ 35 €). La pièce maîtresse de la gamme est L’Archange en appellation Saint-Émilion, un 100% merlot sur argiles bleues au profil pomerolesque (environ 45 €). Privilégiant des millésimes à maturité ou du moins « prêts à boire », Pascal Chatonnet a étoffé son équipe ces dernières années, notamment sur le plan commercial pour développer son propre réseau, en plus de la présence de ses vins sur la place de Bordeaux. Il développe également deux marques en Lalande-de-Pomerol et une gamme « Esprit de… » dédiée à la grande distribution et à l’export. Le développement de l’activité œnotouristique à la propriété (accueil, hébergements) et une rénovation de l’outil technique font partie de la feuille de route pour les années à venir. Car même si l’on cultive une certaine discrétion, cela n’empêche pas d’avoir de grandes ambitions.

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