Perrier-Jouët : que faut-il penser des chardonnays de 2023 ?

On l’a beaucoup entendu au moment des vendanges, si le pinot noir et le meunier ont souvent souffert, les chardonnays de 2023 devraient plutôt bien tirer leur épingle du jeu. Mais chacun sait que ce n’est qu’à la dégustation des vins clairs quelques mois plus tard que l’on peut définitivement trancher. L’heure du verdict a sonné !

Pour nous faire une idée de la qualité effective des chardonnays, nous avons choisi cette année pour la dégustation des vins clairs de nous rendre dans une maison qui s’en est fait une spécialité, le champagne Perrier-Jouët. Séverine Frerson, la cheffe de caves, inaugure justement sa nouvelle salle de dégustation. « C’est une pièce dont l’architecture a été pensée pour renvoyer à la finesse, à la complexité et au côté droit de nos vins. L’air est filtré pour qu’aucun arôme ne vienne altérer notre perception, la lumière est tamisée afin de mieux apprécier la robe. Je n’ai pas voulu de crachoirs intégrés, parce qu’on a toujours des remontées d’odeur, je préfère qu’ils soient mobiles. Et en même temps, nous n’avons pas négligé l’esthétique, avec notamment ces travertins aux murs qui viennent d’Italie. Leurs nervures et leur texture évoquent le liège des bouchons. »

L’année 2023 est très particulière. La fleur qui s’est déroulée dans des conditions idéales a favorisé le développement d’un maximum de grains auxquels un été alternant périodes de chaleur et fortes pluies ont donné un poids inédit. Les rendements agronomiques ont ainsi dépassé 22000 kilos ! Enfin, la canicule survenue en plein mois de septembre, au milieu des vendanges, a surpris tout le monde. Clairement, les chardonnays se sont beaucoup mieux comportés que les pinots noirs. La raison ? Le chardonnay supporte facilement les gros rendements, le pinot noir beaucoup moins, avec souvent un effet de dilution.

Pour Séverine Frerson, c’est un millésime qu’il fallait savoir cueillir tôt. « Le 20 août, nous avons dégusté un moût qui était à 7,5 degrés. Je n’avais pourtant pas de verdeur. Et même si le raisin n’était pas encore prêt à être cueilli, on sentait que la maturité arrivait. En 2023, on avait la maturité aromatique à partir de 9 ou 9,5 degrés, alors qu’en 2022, il fallait attendre 10,5. Un constat qui a amené Perrier-Jouët à effectuer beaucoup de demandes de dérogations auprès de l’INAO pour des cueillettes anticipées. » Ce choix a été d’autant plus judicieux que les chaleurs records de septembre ont eu un impact majeur sur le maintien des acidités, et dans la dégustation des vins clairs que nous avons effectuée, il y a clairement un avant et un après. Cela a permis aussi, alors que les rendements étaient partout très élevés, d’éviter les embouteillages au pressoir où le raisin pouvait vite se dégrader. 

L’exemple le plus éclatant de la réussite de cette politique est ce vin clair d’Avize où les raisins ont été cueillis dès le 4 septembre, alors que la maximale de température en journée n’atteignait encore que 27 degrés. Le vin est délicat, très droit, avec des arômes de citron, une certaine floralité et beaucoup de salinité en fin de bouche. On l’imagine sans peine rejoindre la bibliothèque des vins de réserve ou même la cuvée Belle Epoque pour un long vieillissement.

L’échantillon suivant est un Chouilly, cueilli le 10 septembre, avec des températures qui montaient désormais à 32 degrés. Le profil est déjà beaucoup plus ample, plus généreux, moins tendu, la texture plus soyeuse, plus douce. On a la sensation d’une certaine rondeur à travers ces arômes de pêche blanche, de poire. Clairement, dans une année plus classique, on ne le placerait pas à l’aveugle à Chouilly, mais beaucoup plus au sud, peut-être dans le Sézannais. 

Les deux échantillons suivants ont été cueillis à Cramant dans la même parcelle et le même jour (12 septembre), mais le premier a fait sa fermentation malolactique, pas le second. Pour le premier, comme à Chouilly, on est frappé par la générosité inhabituelle du cru avec des notes de poire, quelque chose de très avenant mais qui manque peut-être un peu d’énergie. L’échantillon sans malo est à couper au couteau, le profil du vin changeant du tout au tout. On retrouve un chardonnay beaucoup plus typique de la Côte des blancs, avec à nouveau des notes d’agrumes très marquées et une salinité évidente. « La quantité d’acide malique cette année n’était pas très élevée, brûlée par le soleil, mais cela suffit à faire la différence ! Face au réchauffement climatique, nous testons le blocage des malos depuis 2020. Je trouve que cette année le résultat est particulièrement intéressant. »

Le plus perturbant enfin parmi les échantillons de chardonnay fut sans nul doute celui du Mesnil-sur-Oger, cueilli lui aussi en milieu de vendanges. Le cru nous a accoutumé à des vins très salins et citriques que l’on doit attendre parfois dix ans pour avoir une expression un peu plus enrobée et équilibrée. Cette austérité et cette tension le rendent en général presqu’imbuvable en vin clair. Or là, quel gras ! Quelle richesse ! Quelle générosité ! Quel fruit ! On se régale de ces arômes de mirabelle, ces beaux amers…. Le chardonnay pinote complètement et dans un verre noir, on pourrait presqu’imaginer un vin de réserve tant il semble prêt. Alors qu’il se destine d’habitude pour les cuvées de très longue garde, Séverine l’orientera sans doute vers un brut sans année dont le vieillissement plus court se prête davantage à cette expression immédiate.

Le Cellier ouvre ses portes
En attendant de pouvoir découvrir dans quelques années l’expression ultime de ce millésime dans les différentes cuvées de la Maison, on profitera de l’arrivée des beaux jours pour se rendre au Cellier Belle Epoque, ce magnifique bar à champagnes créé par la marque sur l’Avenue de Champagne. Il a fait sa réouverture ce mardi 6 avril avec l’inauguration de l’œuvre de Fernando Laposte « The polination danse ». L’artiste mexicain y « esquisse les contours d’un jardin onirique, où les frontières avec le réel intriguent à dessein le visiteur. Celui-ci est invité à observer de plus près le ballet des insectes virevolter sur ces fleurs imaginaires, et répandre le pollen nourricier, représenté par du sable jaune. » Une belle façon de saluer l’arrivée du printemps, qui cette année en Champagne, se fait un peu attendre, même si le débourrement a été précoce…

On soulignera aussi l’évolution de l’offre gastronomique du Cellier. « Nouveauté cette saison, le Bar à champagne et le restaurant étoffent leur offre culinaire du déjeuner et du dîner (tous deux réservables en ligne), avec l’inauguration d’un menu dégustation inspiré de l’oeuvre de l’artiste mexicain. Pour accompagner la découverte des cuvées Perrier-Jouët sélectionnées par la Chef de caves Séverine Frerson, Sébastien Morellon a imaginé un menu signature articulé autour des cuvées Perrier-Jouët Blanc de Blancs et Perrier-Jouët Blason Rosé. Le premier met à l’honneur un pressé de saumon mariné, suivi d’une volaille champenoise farcie aux poivres, quand le second déroule une partition végétarienne faisant la part belle aux légumes de saison comme la courgette, le radis
ou encore le concombre. 
»

En avril et en octobre, le Cellier Belle Epoque est ouvert du jeudi au lundi de 11h30 à 20h30 (fermeture les mardis et mercredis). http://www.perrier-jouet.com/fr-fr/nous-rendre-visite/le-cellier

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