[Primeurs 2023] Nos notes exclusives à Pessac-Léognan et Sauternes

Voici, en avant-première, quelques-uns de nos coups de cœur sur les appellations Pessac-Léognan et Sauternes, avant la sortie de notre numéro de juin, entièrement consacré au vignoble bordelais et à l’analyse du millésime.

Les deux ont eu le même problème : trop de pluie. Et si la pluviométrie ne dérange pas trop Sauternes, elle est beaucoup plus problématique en Pessac-Léognan. Le printemps n’a été qu’une succession d’orages et d’épisodes pluvieux accompagnés de températures anormalement douces : la pression du mildiou a été terrible sur Pessac. Donc évidemment, sur cette bataille, toutes les propriétés ne jouent pas à armes égales tant au niveau matériel que humain et certaines y laisseront un lourd tribut, en particulier les vignobles engagés en agriculture bio et biodynamie. Là aussi les vendanges seront étalées à l’extrême, avec des blancs cueillis dès la fin août et des cabernets qui attendront les premiers jours d’octobre. Il y a cependant de très grandes réussites, la Mission Haut-Brion et les Carmes Haut-Brion, avec des approches et des assemblages que tout oppose, proposent des jus exceptionnels. Les châteaux Carbonnieux et Chevalier ont réussi un doublé : en blanc comme en rouge, les vins sont somptueux.

Sauternes nous a séduits une fois de plus. Les vignerons y racontent tous la même histoire : le savoir-faire des vendangeurs est essentiel car il a fallu de nombreux passages pour cueillir à point les baies botrytisées. Sur Sauternes comme sur les blancs secs de Pessac-Léognan et des crus classés de Graves nous avons noté la très belle réussite du sémillon, il marquera 2023 par son expression intense et sa texture ample.

Nos coups de cœur hors Grands Crus Classés sur Pessac-Léognan
Château les Carmes Haut-Brion : 99-100
C’est un strike, bluffant pour le dégustateur, pas pour Guillaume Pouthier, convaincu par la pertinence de la vinification par infusion qu’il étend d’année en année et fait une partie de l’originalité des Carmes. Puis l’assemblage : moitié cabernet franc, pour son côté aérien, un tiers cabernet sauvignon soit un peu plus que d’habitude, et donc moins d’un quart de merlot. 60 % de la récolte vinifiés en grappes entières, le marc mis sous claies, plus de remontages. Un fruit pulpeux et expressif dès le premier nez, iris, lilas, œillet, puis crème de cassis et fumée à l’aération. Juteux en diable, les tanins sont caressants, poudrés, subtils, intégrés, des saveurs de gomme à la violette, cachou et poivre de Timut. En milieu de bouche, une sensation crayeuse subtile. « On veut faire des grands vins de garde… avec la générosité du Sud », c’est hors normes.

Château Larrivet Haut-Brion : 93-94
Ce vaste domaine de 72 hectares de vignes ne fait pas partie des crus classés de Graves. Pourtant, il en a le niveau, et d’année en année, sa qualité ne faiblit pas. La marque de fabrique est de produire en général de très beaux jus, et une matière finement granuleuse et texturée. Ce 2023 n’y échappe pas et c’est sans doute un des critères de la séduction. L’extraction est très maîtrisée et les 75 % de cabernet sauvignon livrent des tanins souples, bien amortis, laissant s’exprimer un coté solaire et le fruit rouge, sur une légère sucrosité. Une fraîcheur mentholée équilibre bien l’ensemble.

Château Haut-Bacalan : 93-94
Un nez floral, complexe et envoûtant, sur des notes de mauve qui se mêlent à des nuances de gomme, créant un bouquet d’une grande finesse. Dès l’attaque, la bouche est conquise par une fraîcheur vivifiante. Un jus ample et gourmand se déploie, révélant des saveurs de fruits rouges. Une note de poivre noir éclaté vient ajouter une touche épicée, soulignant sa personnalité. Les tanins, bien présents, sont serrés et élégants, conférant à la structure une belle densité. L’acidité, parfaitement équilibrée, apporte une fraîcheur persistante qui accompagne la finale longue. Ce vin possède tous les marqueurs de la réussite.

Château Lespault-Martillac : 94
Olivier Bernard (domaine de Chevalier) a repris en fermage cette propriété en 2009. « Une pépite », dit-il : « un dôme de graves à fort potentiel et de vieilles vignes qui avaient été bien plantées ». Ce vin a choisi le parti pris de la générosité et du charme. Et c’est réussi ! Tout n’est que séduction, qu’il s’agisse du bouquet sur des effluves de petits fruits noirs et de réglisse chaude, ou de la bouche, savoureuse à souhait, qui témoigne d’une extraction bien maîtrisée : les tanins tapissent bien et accompagnent des saveurs de fruits rouges et noirs légèrement compotés. Volumineux et flatteur.

Les très bonnes notes sur Pessac-Léognan
Château Smith Haut Lafitte – Cru Classé de Graves : 98
Le grand vin garde sa droiture : 70 % de cabernet, 23 % de merlot, une robe à disque grenat, veloutée à l’œil, un bouquet iris, encre, cassis et confit de rose, des tanins de grande classe, élégants, harmonieux, une bouche suave et très longue, soulignée de fruits noirs, cassis, myrtille puis graphite. Finale ferme et rafraîchissante.

Château Pape Clément : 95-96
Avec son premier nez entre fumée et écorce d’orange, il a les marqueurs de l’appellation. Son caractère élégant, aux tanins ajustés, à la texture caressante et soyeuse, est rehaussé de saveurs cassis et myrtille qui lui donnent l’acidulé, une fine arête acide le soutient de bout en bout. Bonne balance entre douceur et profondeur.

Château Mission Haut-Brion – Cru Classé de Graves : 98
Nous a surpris par son aspect abouti, éclatant et gourmand : nez sur les fruits noirs, les fleurs mauves, l’attaque est d’une classe folle, la texture fluide, aérienne, les tanins légèrement crémeux, très très nombreux, suaves. Encore de la floralité en rétro-olfaction, dont la pivoine et la rose rouge.

Nos coups de cœurs sur Sauternes 
Château Doisy Daëne – 2ème Grand Cru Classé 1855 : 94-95
On doit désormais compter avec ce 2ème Cru Classé qui, par son niveau régulier d’excellence, fait partie des incontournables. Jean-Jacques Dubourdieu a la science des liquoreux. Cela se traduit par une succession de réussites, voire de coups d’éclat, et ce 2023 en est un. Pourvu d’un magnifique bouquet, ce vin dévoile une splendide liqueur. Rien d’opulent, parlons plutôt d’une richesse raffinée. Tout est convoqué avec bonheur : poire, ananas, écorce d’orange confite, bonbon au citron. Et une acidité bien dosée, rafraîchissante et équilibrante, dont le vinificateur a fait, à juste titre, son cheval de bataille.

Château Raymond-Lafon : 94-95
Ce cru, créé ex-nihilo vers 1850, n’a pas pu être classé. Pourtant, ce château évolue à un haut niveau. Le travail habituel sur la liqueur et le volume se retrouve, mais complété (équilibré) cette année par de fins amers assez remarquables. Le nez offre un vaste nuancier, sur le coing, le miel, la rose, la poire. L’attaque est stimulante, piquante même, sur une touche de poivre et de gingembre. On oscille en permanence entre volume et finesse, liqueur et fine amertume, jusqu’à la finale sur la mandarine impériale, l’écorce d’orange confite et la bergamote. C’est long, très long même. Beau travail !

Château de Fargues : 95
Une palette olfactive élégante et fine, attaque fraîche entre poivre blanc et mandarine impériale, la bouche étirée est complexe et rafraîchissante, le vin est complet, dessinant au palais un trait minéral sans être salin. Le bouquet est généreux : poire, ananas, fruit de la passion, fine amertume de zestes, l’équilibre est réussi entre gourmandise et sapidité, on le sent opulent mais suffisamment vigoureux pour traverser le temps. Une élégance folle, du tonus : c’est la classe.

Château Nairac – 2ème Grand Cru Classé 1855 : 94-95
Nous y sommes. Nairac fut grand et le potentiel a toujours été là. Les effets de la reprise en fermage, en 2022, par les Grands Chais de France (famille Helfrich) sous la houlette de son voisin Bastor-Lamontagne, ne se sont pas fait attendre. Les vinifications sont assurées par un magicien, Pietro Pastor, aidé par une équipe talentueuse. Une renaissance fulgurante. De la fraîcheur : eucalyptus, menthol. Un large éventail de saveurs : miel d’acacia, poire, ananas, litchi. Et cette fraîcheur qui revient en boomerang en finale (gingembre). Fin, persistant, ciselé et élégant. Un coup d’éclat.

Les très bonnes notes sur Sauternes
Château Haut-Bergeron : 94-95
Robe brillante, trouble le jour de la dégustation, nez fin de tarte au citron, lemon curd, une petite touche fumée, puis mangue, l’attaque énergique devance une palette riche, salivante et bien acidulée, on retrouve la gamme citronnée, très élégante, la fine acidité qui le porte de bout en bout, une finale étirée et longue. Un super équilibre !

Château Suduiraut – 1er Grand Cru Classé 1855 : 95-96
Exotique et explosif ! Tout en sémillon dont on connaît la réussite, il se révèle opulent et dynamique : chèvrefeuille, fleurs mellifères, poire confite, fruit de la passion et citron confit, le bouquet ravit aujourd’hui et promet pour longtemps d’autres découvertes. Le palais ample et racé propose une longue conclusion sapide.

Château Rayne Vigneau – 1er Grand Cru Classé 1855 : 93-94
Un nez élégant, exotique sur le fruit de la passion, puis floral évoquant les fleurs mellifères. C’est à la mise en bouche qu’il prend toute sa dimension, l’attaque et le palais rivalisent de volume, le vin est tenu par un bel équilibre entre liqueur et acidité. La finale est ourlée d’une fine minéralité. Un bon classique.


Notre comité de dégustation : Julia Bouchet (journaliste), Benjamin Corenthin (sommelier caviste cave La Médocaine, à Bruges), Julien Morel (assistant de rédaction), Gérard Moussion (responsable développement), Michel Sarrazin (créateur et président de Codam, club de dégustation de Mérignac) et Sylvie Tonnaire (directrice de la rédaction).

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