[Primeurs 2023] Nos notes exclusives à Saint-Julien

Voici, en avant-première, quelques notes et commentaires de la rédaction avant la sortie de notre numéro de juin, entièrement consacré au vignoble bordelais et à l’analyse du millésime. Aujourd’hui, focus sur les coups de cœurs et très bonnes notes en appellation Saint-Julien.

Considérée unanimement comme la plus homogène des appellations communales du Médoc, Saint-Julien marque très légèrement le pas en 2023. Nous avons trouvé un peu plus de décalages dans les vins, au-delà des différences de style que l’on connaît. Si le cabernet-sauvignon sur grands terroirs graveleux a indéniablement – et très globalement – tiré son épingle du jeu, il suffisait sans doute d’être un peu limite sur les choix de vendanges, un peu trop généreux sur les rendements, ou d’avoir des parcelles un peu trop disséminées sur des matrices différentes, pour obtenir des vins subtilement « en dedans », à la matière légèrement en retrait, et ne bénéficiant pas de la structure aristocratique qui signe habituellement les vins de l’appellation. On chipote certainement, mais c’est la loi du genre : après les très beau 2022, 2023 se révèle plus hétérogène, moins souverain, mais il a tout de même donné naissance à de fort jolis vins. À tout seigneur tout honneur, Léoville Las Cases a réussi son millésime, encore une fois campé sur son architecture de graphite qui devrait le porter loin. Lagrange, Talbot, très sérieux, ont séduit la rédaction. Et Léoville Poyferré, un peu moins opulent qu’à l’accoutumée, nous a également beaucoup plu. Beychevelle, Branaire-Ducru et Léoville-Barton tiennent leur rang, quoiqu’un peu en retrait par rapport au millésime précédent. Mais pas d’inquiétude, vous pouvez les acheter et les mettre en cave les yeux fermés. 

Les coups de cœurs
Château Léoville Las Cases – 2ème Grand Cru Classé 1855 : 97-98
Après un 2022 d’anthologie, Las Cases ne faiblit pas et signe un assemblage à la proportion de cabernets inédite (86 % sauvignon, 10 % franc), qui est aussi le premier millésime vinifié dans le nouvel outil technique. Une force contenue, ancrée et tellurique se devine. Note fumée, très graphite, puis liqueur de cassis, pétrichor et encre de Chine. En bouche, quelle texture ! On retrouve une nouvelle fois la race de ce terroir, son allonge souveraine, la fermeté aristocratique des tanins qui tiennent le vin sans le contraindre. Il s’étire de façon athlétique sur une palette entre mine de crayon et trace sanguine, tout en toucher, ciselé, savoureux, interminable.

Château Léoville-Poyferré – 2ème Grand Cru Classé 1855 : 96-97
Nez plongeant, dense, un océan crémeux de chocolat au lait sur fruit noir, teinté d’une touche atramentaire. Poyferré décline sa force tranquille : attaque juteuse, matière opulente, tanins parfaitement granuleux, palette aromatique sur le moka, la crème de cassis, l’allure est impeccable, les muscles roulent sous la peau, c’est un vin excellemment maîtrisé. Une belle réussite du millésime.

Château Lagrange – 3ème Grand Cru Classé 1855 : 95-96
Précis, incisif, le nez déroule un fruité sombre, sensuel et plongeant. La bouche arbore une architecture de haute volée, sérieuse, qui vient juguler une chair savoureuse, séveuse, dotée d’une mâche revigorante. Le cabernet sauvignon, qui compose 84 % de l’assemblage (le solde en merlot), dicte sa loi. C’est un vin cohérent d’un bout à l’autre, tenu par une belle acidité et des tanins tapissants, parfaitement intégrés à la matière. Lagrange a passé les obstacles de 2023 avec maestria et s’impose comme l’une des réussites du millésime à Saint-Julien. Beau potentiel de garde, on en reparle dans vingt ans.

Château Talbot – 3ème Grand Cru Classé 1855 : 95-96
On apprécie d’emblée le crémeux voluptueux du nez, porté par de légères notes de tabac. De l’éclat, de la précision et du fond. Cela se confirme en bouche : le vin déroule un profil droit, séveux, dynamique, bien construit sur une ossature tannique élégante et une acidité qui énergise le vin. Une valeur sûre qui confirme son rang à Saint-Julien en 2023.

Les très bonnes notes
Château Ducru-Beaucaillou – 2ème Grand Cru Classé 1855 : 96- 97
Plongeant, dense, riche, il décline une patine savoureuse, parfumée, dont l’aromatique exprime toute la race du cabernet sur ce grand terroir de Saint-Julien. En bouche, un jus plein, séveux, élancé. La longueur du vin est remarquable. La chair s’étire en forme tubulaire, façon guépard, on a du muscle mais pas de gras, un remarquable toucher de tanins. Le graphite en finale, sur un tour de poivre mentholé, est terriblement Ducru.

Château Beychevelle – 3ème Grand Cru Classé 1855 : 95-96
Le nez de Beychevelle en 2023 nous prend à contre-pied, sur un fruité explosif, voire exubérant. En bouche, on retrouve la signature de la maison : une définition impeccable de la chair, souple et digeste, escortée de tanins millimétrés. L’acidité vient tendre l’ensemble, jusqu’à la finale très juteuse.

Château Léoville-Barton – 2ème Grand Cru Classé 1855 : 95-96
Entre rose et violette, Léoville-Barton déploie une aromatique florale, presque poudrée. La délicatesse prévaut. La bouche est souple, digeste, veloutée sans excès, définie par un toucher tannique d’une parfaite précision. Tout est à sa place, centré, dans le style caractéristique de cette maison qui travaille tellement bien.


Dégustation collective le 17 avril. Notre comité de dégustation : Jean-Charles Chapuzet, journaliste et écrivain, Benjamin Corenthin, sommelier caviste (cave La Médocaine à Bruges), Mathieu Doumenge, grand reporter, Julien Morel assistant de rédaction, Sylvie Tonnaire, directrice de la rédaction.

Puis rendez-vous individuels en propriétés (Jean-Charles Chapuzet, Mathieu Doumenge)

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