[Primeurs 2023] Nos notes exclusives en Saint-Emilion Grand Cru Classé

Voici, en avant-première, quelques-uns de nos coups de cœur avant la sortie de notre numéro de juin, entièrement consacré au vignoble bordelais et à l’analyse du millésime. Aujourd’hui les Grands Crus Classés de Saint-Emilion.

L’aire d’appellation Saint-Émilion est vaste (5400 hectares) et sa mosaïque de terroirs, extrêmement éclatée. Autant dire qu’en 2023, il y a eu autant de scénarios que de propriétés, occasionnant de grandes différences de pluviométrie, de pression mildiou, et donc des cas de figures très variables en termes de maturité des raisins, de rendements et de profils de vin. Impossible de résumer ce millésime à Saint-Émilion, tant il a donné naissance à des jus se situant à des points opposés sur l’échelle de la qualité. Sur une même dégustation, on pouvait trouver des vins somptueux, veloutés, parfumés, mûrs, charnus, pleins de mâche, de vigueur et de tonus, mais aussi des vins maigres, austères, déséquilibrés, décharnés. Il est manifeste que l’injustice des terroirs s’est manifestée sous l’éclairage le plus cru en 2023, ainsi que le décalage entre les propriétés qui avaient les moyens (financiers, techniques, humains, et in fine, en termes de matière grise) de négocier chaque virage de ce millésime exigeant… et celles qui ne les avaient pas. Il est certain que le fait d’être situé sur un beau terroir argilo-calcaire était un plus, mais cela ne suffisait pas à garantir la qualité. Du reste, sur des terroirs similaires, on trouve des vins aux profils très distincts, et à cet égard le plateau calcaire est passionnant en 2023 : Canon, Clos Fourtet, Beauséjour, Beau-Séjour Bécot, chacun joue sa partition avec une franche identité. De façon générale, les grands ont répondu présent, de TrotteVieille à Larcis-Ducasse, de Pavie-Macquin à Troplong-Mondot. D’autres très belles réussites se sont dévoilées, qui se nomment Fleur Cardinale, Grand Corbin Despagne, La Serre, Jean Faure, La Clotte ou encore Fonroque (carton point pour Alain Moueix, avec Mazeyres). La Gaffelière, également. Mais on ne saurait conclure sur ce millésime sans chanter les louanges de Figeac, encore impérial après son superbe 2022, et Cheval Blanc, une nouvelle fois au sommet. Parfois voisins de propriétés qui sont complètement passées à côté de leur sujet, ces crus splendides nous confirment que 2023 est bel et bien impossible à résumer.

Château Beauséjour (Saint-Emilion Grand Cru Classé) : 98-99
Joséphine Duffau-Lagarrosse prend pleinement ses marques et signe son millésime le plus abouti depuis la reprise de la propriété par ses soins au côté de la famille Courtin. On discerne immédiatement une force verticale, campée sur une aromatique très pure, une densité jaillissante. La matière est construite sur une architecture ciselée. Le milieu de bouche, vibrant, salin, est parfaitement rempli, les tanins crayeux électrisent la bouche. La jutosité est impeccable d’un bout à l’autre, jusqu’à la finale d’orange sanguine, signée par des amers rassérénants. C’est un très beau vin de texture, à classer parmi les grandes réussites de 2023.

Château Bélair-Monange (Saint-Emilion Grand Cru Classé) : 97-98
Une énergie fuselée se profile, un fruit propulsé par une indéniable minéralité. Touche de pierre chaude, de pin maritime, de pivoine, densité nappante mais tonique. La bouche est élancée, la chair s’avère à la fois suave, tendue, digeste, irisée de tanins crayeux. L’arête acide est d’une grande distinction, elle allonge le vin et l’ancre dans son terroir majuscule, entre plateau et coteaux. Beaucoup d’éclat, une grande élégance, du caractère, le tout signé par une finale sanguine, très calcaire : c’est un grand 2023, aidé par son nouveau chai qui trône tel une cathédrale au sommet de Saint-Émilion.

Château Croix de Labrie (Saint-Emilion Grand Cru Classé) : 95-96
Les microparcelles de cette petite propriété de 5 hectares permettent de faire un travail de précision à la vigne et au chai. L’âge avancé des vignes engage également plus de complexité et de finesse. C’est ce qui caractérise ce vin qui montre une ossature bien détaillée. Des notes de guimauve et de violette offrent leur douceur et l’élevage reste fondu. L’attaque est franche et la matière conserve un tempérament juteux. Le caractère crayeux du terroir ressort et apporte beaucoup de fraîcheur. C’est un grand vin indéniablement.

Château La Dominique (Saint-Emilion Grand Cru Classé) : 95-96
De l’énergie d’emblée, un joli panier de fruits rouges se profile, auréolé d’une agréable fraîcheur. Il se déploie sur de multiples facettes aromatiques très gourmandes. La bouche se déploie sur une matière centrée, très soyeuse, soutenue par des tanins légèrement fermes mais de fine couture. L’ensemble se révèle frais, tactile, très digeste, signé par des amers sanguins et une note de cachou. L’équipe a su prendre les bonnes décisions et tirer le meilleur de son terroir. C’est une nouvelle progression pour La Dominique, qui en plus réalise de jolis rendements en 2023 !

Château Figeac (Saint-Emilion Grand Cru Classé) 1er Grand Cru Classé A : 98-99
Figeac coche toutes les cases de la grandeur en 2023 avec son profil parfumé, subtil, très précis. Il avance d’abord sur la pointe des pieds, et rapidement se densifie en milieu de bouche, explose en corolle juteuse, vibrante, puis s’allonge, s’allonge, en dentelle et graphite. Les cabernets s’invitent en majesté (32 % franc, 27 % sauvignon), dans l’aromatique comme dans le toucher de bouche, tout en limpidité. C’est un vin océanique, racé, serti d’une superbe gaine de tanins au grain haute couture. Finale séveuse, encore signée par le graphite et une note finement fumée, avec des amers très nobles. Tellement Figeac.

Château Fleur Cardinale (Saint-Emilion Grand Cru Classé) : 96-97
Le travail est plus que réussi pour cette troisième et dernière année en conversion bio avant la certification définitive. La multitude des contenants retenus pour l’élevage (bois neuf et un vin, demi-muid, foudre, amphore) offre un vin complexe et très texturé. Un équilibre parfait, de la densité bien articulée, des tanins de porcelaine, précis et une acidité délicate forment le voyage en bouche. Le nez est poudré avec de légères notes de griotte et un élevage délicat. Il propose vigueur, dynamisme, ainsi qu’un beau potentiel de garde.

Château Fonroque (Saint-Emilion Grand Cru Classé) : 95-96
Ciselé : c’est le premier effet du nez de Fonroque, avançant une nouvelle fois à pas de loup sur la griotte, la déclinaison florale et une touche minérale, entre pierre chaude et pétrichor. Cette impression se confirme en bouche : ce 2023 ne renonce à rien entre la finesse et la force, sa matière juteuse et fruitée tapisse le palais en s’habillant de tanins parfaitement sculptés. C’est un vin d’architecte, un vin pensé et pourtant plein d’émotion, jusqu’à la finale, pulsante, savoureuse, vivante. Alain Moueix dans ses œuvres.

Clos Fourtet (Saint-Emilion Grand Cru Classé) 1er Grand Cru Classé A : 97-98
Nez parfumé, aérien et floral, comme suspendu, un fil de soie dans le vent chaud. L’attaque est tendre, sur un toucher satiné, puis tout de suite on est repris par l’électricité calcaire de Clos Fourtet, ce grain vibrant qui propulse le vin. La chair suave se décline sur une ligne traçante, qui aspire le vin et l’étire. On est dans un registre floral et poudré, avec cette finale crayeuse à souhait. Un grand vin fin, identitaire, fidèle à son lieu. L’acidité vient tapisser le palais en finale, et relance la salivation. Un indéniable vin de garde, qui nourrira la collection des grands Clos Fourtet.

Château Grand Corbin Despagne (Saint-Emilion Grand Cru Classé) : 95-96
De la profondeur, une élégance feutrée, une plénitude calme : cette combinaison de juste maturité et de fraîcheur nous emporte. En bouche, un crémeux maîtrisé, affûté, une superbe texture de tanins, veloutée, poudrée et précise. La palette aromatique s’étire entre fleur de sureau et écorce d’orange, tout en convoquant une vaste gamme fruitée. C’est un modèle de précision, jusqu’à la finale, saline, juteuse, salivante. Indéniablement une grande réussite du millésime à Saint-Émilion, encore un coup de maître de la part de François Despagne.

Château Jean Faure (Saint-Emilion Grand Cru Classé) : 95-96
Avec sa grande dominante de cabernet franc (65 %, le solde en merlot et une touche de malbec), Jean Faure 2023 dévoile une palette très florale, qui conjugue violette, herbes médicinales et touche de garrigue. Ce nez très aromatique, invitant, cède la place à une bouche incisive, crémeuse et droite, à la structure à la fois ferme et délicate. C’est un vin tout en finesse, sur un registre poivré, sanguin, convoquant la ronce, la mûre sauvage et la sève, jusqu’à la finale rafraîchissante, finement lactée. C’est juteux, accompli et plein de caractère.

Château Larcis-Ducasse (Saint-Émilion Grand Cru Classé) 1er Grand Cru Classé : 97-98
Quelle réussite, une nouvelle fois, que ce Larcis Ducasse en 2023 ! Pile au point de rencontre entre la force minérale et l’élégance épurée, il arbore un profil aromatique entre pierre à fusil, notes fumées, cerise, violette… La chair est superbement satinée, un jus en dentelle à la souplesse souveraine, se déroulant comme une écharpe de soie, à peine ponctuée de tanins finement ciselés. C’est de la très belle ouvrage, de l’orfèvrerie. Le crayeux électrique de la texture énergise cette matière en suspension, lui confère une sapidité tonique. La finale, séveuse, est une invitation au revenez-y.

Château La Serre (Saint-Emilion Grand Cru Classé) : 95-96
Affirmant une nouvelle fois le privilège de sa position sur le plateau calcaire, La Serre décline un nez dense et plongeant. Pleine, percutante, sanguine, séveuse, la bouche est tendue sur une jutosité tonique, irisée de tanins vibrants et crayeux, très revigorants. La finale, ciselée, saignante, graphite, presque fumée, est une promesse de longévité. C’est un vin d’orfèvre, d’une remarquable élégance, qui revendique sa concentration maîtrisée.

Château Soutard (Saint-Emilion Grand Cru Classé) : 94-95
On prend plaisir à déguster un Château Soutard dans son profil historique. Il est fringant avec ses reflets de couleur violine. Véritable modèle de grand vin produit sur le plateau calcaire de Saint-Émilion, il nous fait plonger dans son univers d’épices douces, de zan, d’encre de Chine, de cerise noire et de réglisse. Sa puissance est parfaitement intégrée à l’ensemble grâce à une texture de tanins d’une magnifique finesse. C’est de la soie. Travaillé tout en profondeur et concentration il conserve une excellente fraîcheur. Le millésime est dompté et promis à un bel avenir.

Les très bonnes notes
Château Beau-Séjour Bécot (Saint-Émilion Grand Cru Classé) 1er Grand Cru Classé : 97-98
Vendanges exceptionnellement longues à BSB, on a fignolé le millésime comme jamais. Importante proportion de cabernet franc (23 %) pour cette première année vinifiée dans le nouveau cuvier. Le vin gagne encore en éclat, en vibration, en profondeur. La densité se pare d’une aromatique florale et crayeuse, la silhouette du vin se déroule sur une dentelle aérienne, une trame ciselée. C’est une pure expression du plateau calcaire en majesté.

Château Canon (Saint-Émilion Grand Cru Classé) 1er Grand Cru Classé : 97-98
Précis, tracé au laser, Canon est encore au sommet. Un fruit plein de vitalité se profile. En bouche, de la haute couture : une attaque fine et concentrée, puis la matière s’étire en soyeux, portée par des tanins ultra-ciselés. C’est d’une parfaite maîtrise, construit sur une magnifique architecture, gracieuse, lumineuse. La dimension tactile du vin doit être particulièrement soulignée. La finale est d’une extrême élégance, d’une salinité revigorante.

Château La Mondotte (Saint-Émilion Grand Cru Classé) 1er Grand Cru Classé : 97-98
Nez musculeux, légèrement racinaire, sur des épices finement disséminées. C’est une Mondotte de caractère, qui conserve de la fraîcheur. Un vin plein d’énergie et de sève, d’une puissance rigoureuse mais élégante, porté par des notes de cassis et de mûre qui explosent sur des tanins tapissants qui « poudrent » la bouche, garants d’une indéniable énergie. Un vin intelligent et signé.

Château Pavie (Saint-Émilion Grand Cru Classé) 1er Grand Cru Classé A : 97-98
La force ancrée de Pavie se pare d’un supplément de délicatesse aromatique en 2023, où l’eucaplyptus, la résine de pin et le bâton de réglisse viennent percuter le fruit épicé. Le vin propulse sa matière, féline et musculeuse, sur une architecture magnétique, une définition de tanins très calcaire et vibrante qui canalise sa puissance naturelle. Une fois de plus, un pur-sang civilisé, qui se livrera sur une très longue durée.

Château Pavie-Macquin (Saint-Émilion Grand Cru Classé) 1er Grand Cru Classé : 97-98
Concentré, ancré, plongeant, on retrouve la fougue tellurique de Pavie Macquin, ce terroir immarcescible. La crépitation du lieu assaille le verre. Une charge dense et tonique, escortée d’une gaine de tanins précisément sculptée, offre un volume intense en bouche, à l’architecture galvanisante, à la puissance maîtrisée. On retrouve la vigueur caractéristique de ce vin, parée d’élégance et de fraîcheur, d’une structure musculeuse, galbée, qui en 2023 gagne en luminosité.

Château Trolong-Mondot (Saint-Émilion Grand Cru Classé) 1er Grand Cru Classé : 97-98
La concentration naturelle de Troplong Mondot joue les équilibristes. La palette arbore des notes florales et légèrement racinaires. Le vin est construit sur une architecture de haut vol : un toucher cachemire se diffuse sur une ossature traçante, qui vient juguler la chair, lui conférer de la vibration. C’est une réelle mâche qui s’offre en milieu de bouche, gainée par le poudré des tanins et l’énergie sous-jacente qui l’étire en longueur.

Château TrotteVieille (Saint-Émilion Grand Cru Classé) 1er Grand Cru Classé : 97-98
Nez tonique, sanguin, on lui devine tout de suite une énergie ancrée, racinaire. Il décline des notes florales sur le fruit rouge éclatant, une touche de camphre, de pierre chaude et de résine. C’est net, précis, pommadé, on a du volume dès l’attaque, un impact canalisé par le profil crayeux des tanins qui habillent le vin et le tiennent en longueur. C’est un jus frais et magnétique, mais surtout long, doté d’une belle pureté de définition. Un grand TrotteVieille.

Château Rochebelle (Saint-Émilion Grand Cru Classé) Grand Cru Classé : 95-96
Rochebelle se manifeste sur l’éclat de fruit, une palette très florale. Fidèle à son terroir, il se compose sur une architecture fine, à la trame traçante. Il y a beaucoup d’énergie dans ce vin, du juteux, un équilibre en finesse, de l’allonge, une trame saline et salivante. Finale sanguine sur des amers crayeux. Une grande réussite : il confirme encore être l’un des crus les plus identitaires de Saint-Émilion.


Dégustations collectives les 9 et 10 avril. Notre comité : Mathieu Doumenge, grand reporter. Jean-Charles Chapuzet, journaliste et écrivain. Benjamin Corenthin, sommelier-caviste (Cave La Médecine à Bruges). Michel Petitjean, œnologue-consultant. Julien Morel, assistant de rédaction.

Puis rendez-vous individuels en propriétés (Mathieu Doumenge)

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