Promenades dans le Paris de la vigne et du vin

Voici une vision originale et méconnue de la capitale. André Deyrieux* remonte le temps jusqu’au Moyen Age pour conter la vie parisienne de la vigne et du vin. En véritable historien, usant de l’anecdote pour fil rouge, il nous délecte d’un joli ouvrage.

Les parisiens, eux-mêmes, seront surpris à la lecture de votre livre. Pourquoi Paris ?
J’ai découvert un immeuble Art Déco qui représentait sur une façade des scènes de vendanges sur 40 mètres de haut, dans le XVIe. Surtout, c’était l’endroit où il y avait toutes les vignes des moines de Sainte-Geneviève au Moyen Age et donc une perspective d’histoire à raconter. Il y a encore des maisons vigneronnes à Belleville. Et puis toutes les petites vignes replantées un peu partout. Il faut avoir le nez en l’air. D’ailleurs, je commence l’ouvrage sur l’histoire de l’obélisque de Louxor érigé au centre de la place de la Concorde. 

C’est un énorme travail de rat de bibliothèque !
Il s’est fait via les sites Internet comme Gallica de la BNF avec des livres numérisés. C’est vrai que j’ai toutes les cartes des bibliothèques de Paris ! J’ai consulté des archives et travaillé avec des savants, érudits locaux, géologues, historiens. Ce ne sont pas des informations qui existent. Il n’y a pas eu d’ouvrages sur l’histoire du vin à Paris, dans la façon amusante avec des anecdotes éclairantes dont je voulais le faire, comme un flâneur. 

On constate que la vigne était quasiment partout et que le vin était bon !
Il y a un texte très important qui est La bataille des vins de Henri d’Andeli qui raconte la dégustation organisée par le roi à Paris (aujourd’hui La Conciergerie). Les vins comme autant de personnages discutent et se battent entre eux pour savoir quels sont les meilleurs. C’est un vin chypriote qui est élu, car riche, doux et sucré. Mais il y a une grande bataille avec les vins de Suresnes, d’Argenteuil. On s’aperçoit que le vignoble d’île de France était considérablement présent sur les tables nobles et royales, c’était de très bons vins. Comme dit Bernard Pivot, il n’y a aucune raison pour que l’on ne fasse pas de bons vins, car on est sur la même latitude que la Champagne. Ce qui a fait reculer le vignoble à Paris, c’est l’urbanisation, le chemin de fer qui a amené du vin bien moins cher et pas très bon.

D’ailleurs, aujourd’hui il y a une IGP Île-de-France
Dans Paris, il y a une vingtaine de tout petit vignoble et autour, il y a à peu près 200 vignes qui sont pas très grandes non plus, gérées par 200 associations, soit pas mal d’acteurs qui valorisent ce patrimoine. La volonté du syndicat (SYVIF) des vignerons d’Île-de-France est que tout le monde souscrive à ce cahier des charges, pour qu’il y est une unité de qualité. On a des vrais domaines, tel le domaine La bouche du Roi, sur la plaine de Versailles, qui fait des vins commercialisés tout à fait agréable. Sur ces petites terres, on peut faire du très bon vin. C’est une IGP récente avec tous les cépages des environs, ce qui laisse une latitude très large. Ils sont aussi très ouverts aux expérimentations des hybrides contemporains. Je m’attendais à ce que cela soit folklorique, mais en fait, il y a un sens d’être investi par une mission de patrimoine, d’histoire de culture. Au niveau très local de commémorer des gens qui ont laissé leurs traces comme de célèbres vignerons. C’est un vrai travail de restauration d’une part de notre histoire.


« Promenades dans le Paris de la vigne et du vin » BBD éditions (23€)

*André Deyrieux est consultant en valorisation des patrimoines culturels des vignobles, formateur à l’Université du Vin de Suze-la-rousse. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont : A la rencontre des cépages modestes et oubliés, Cinquante jours pour comprendre autrement le vin, Le calendrier perpétuel de la vigne et du vin.

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