Quand Pierre-Hubert Crozat polit les diamants de Vranken 

Voici quelques mois, Pierre-Hubert Crozat a été nommé chef de caves du champagne Vranken. Succédant à Dominique Pichard qui reste directeur général délégué aux approvisionnements, ses différentes expériences au sein du groupe ne manqueront pas d’enrichir cette jeune marque qui figure déjà parmi les grands classiques. Entre deux madeleines et une coupe de champagne chez Lucas Carton, il nous a raconté son parcours et la philosophie de ses cuvées.

Qu’est-ce qui vous a incité à devenir chef de caves ?
J’ai grandi dans une famille champenoise sans lien avec la vigne, mais avec des origines agricoles et au milieu du vignoble champenois. L’idée de devenir œnologue m’est venue assez tôt, je trouvais que ce métier permettait à la fois de conserver mes racines agricoles tout en transformant le produit de la terre. En fin de compte, il existe peu de métiers où le cultivateur est à même de transformer lui-même le fruit de sa récolte. J’ai donc fait l’agro Montpelier et la spécialité viti-œno. Ensuite, j’ai intégré le groupe Vranken Pommery Monopole en 2016. J’ai commencé sur les Grands Domaines du Littoral qui exploite les vignes camarguaises et provençales. C’était grandiose, imaginez, 1800 hectares plantés sur des milieux naturels très divers. J’intervenais en tant que maître de chai et j’étais responsable à la fois de la vinification et de la production. M. Vranken m’a alors fait confiance pour un beau projet : l’installation de la mise en bouteille au domaine de Jarras. La Camargue est un monde à part. On est sur un vignoble à un mètre au-dessus du niveau de la mer. C’est un peu comme si nos vignes étaient installées sur la plage. Elles poussent sur le sable, entourées de marais salants, un terroir que l’on peut considérer a priori comme hostile à la culture de la vigne, mais qui est en réalité magnifique et unique au monde. Le sable a permis aussi de conserver certaines vignes franches de pied.  Sur les rosés de Camargue, on demande beaucoup de technicité, car non seulement on doit fournir un vin qui soit plaisant au niveau aromatique et gustatif, mais également à l’œil. Cette expérience m’aide aujourd’hui encore en Champagne. 

© Mathilde Giron

Vous avez aussi travaillé sur les sparklings anglais…
Nous avons commencé à planter dans le Hampshire en 2017 et j’ai rejoint le projet en 2019. L’idée n’est pas de proposer un champagne bis, mais un produit purement anglais avec une touche de savoir-faire champenois. Les contraintes sont moindres que sur l’appellation Champagne, on a plus de liberté dans la manière d’élaborer, même si nous restons fidèles aux principes de Pommery, c’est-à-dire une vinification peu interventionniste et un style orienté vers le fruit et la fraîcheur. Du point de vue recherche développement, par exemple, on a pu commencer à expérimenter là-bas, avant même que cela soit autorisé en Champagne, les vignes semi-larges, ce qui nous a donné une longueur d’avance sur le sujet. Le climat est encore assez compliqué. En 2019, 2020 et 2021 nous avons essuyé des gelées. Les printemps et les étés sont souvent pluvieux et la pression sanitaire plus importante. Mais 2023 où le printemps a été clément a apporté une très belle vendange.

Comment définirais-tu le style du champagne Vranken ?
Je parlerais de philosophie plutôt que de style. Notre objectif est de tout mettre en œuvre pour conserver la pureté du fruit récolté à la vigne et la fraîcheur que l’on peut avoir sur les terroirs champenois, ce malgré des élevages sur lie de plusieurs années, voire de plusieurs dizaines d’années. D’où le choix de l’inox pour protéger au maximum les arômes du fruit. La Maison a été créée en 1976. Il y a plusieurs actes fondateurs. Le premier, c’est la création de la cuvée Demoiselle en 1985 qui a constitué une double révolution. Œnologique d’une part, puisque Dominique Pichard a inventé ce que l’on appelle la tête de cuvée, c’est-à-dire la séparation des quinze premiers hectos au pressurage alors que le pressurage traditionnel en Champagne se contente de séparer la cuvée des tailles et des rebêches, la cuvée formant les 20,50 premiers hectos. L’intérêt ? Les jus de la tête de cuvée seront plus concentrés aromatiquement, ils auront plus de fraîcheur et plus de sucre. Un certain nombre d’élaborateurs depuis ont repris ce principe. Mais nous l’avons organisé à grande échelle. Toutes nos installations de pressurage sont aujourd’hui adaptées que ce soit dans la maison ou chez certains de nos partenaires vignerons qui ont dans leurs centres des belons et des cuveries de débourbage respectant ce format. La deuxième révolution a été l’utilisation pour Demoiselle d’une bouteille spéciale reprenant les lignes Art Déco chères à la Maison alors qu’il s’agissait d’un BSA, et que toutes les maisons les réservaient jusque-là à des cuvées millésimées. En 2005 ensuite, nous avons créé Diamant. Alors que sur Demoiselle, en cherchant fraîcheur et gourmandise, nous souhaitions proposer un vin accessible, Diamant exprime davantage la complexité et la puissance, les approvisionnements étant principalement centrés sur les premiers et grands crus.

Vous avez sorti récemment le millésime 2014 de Diamant Grand Cru Blanc de Blancs…
Les notes très délicates de rose qui s’expriment dès le premier nez annoncent d’emblée la finesse de ce vin. En 2014, la Champagne a connu de vraies amplitudes de température au mois de septembre. Elles ont permis, tout en atteignant de belles maturités, de garder une fraîcheur marquée dans les vins malgré les chaleurs d’août. En bouche, cela se traduit par la vivacité des agrumes. Grâce à la proportion importante de tête de cuvée et à l’utilisation exclusive de grands crus – en l’occurrence Avize, Cramant et Le Mesnil – nous n’avons pas besoin de bloquer les malos pour garder de la tension. Or, ces fermentations malolactiques nous sont justement utiles pour obtenir en même temps une certaine gourmandise, même si elle est d’abord apportée par le vieillissement sur lie qui donne ces délicieux arômes pâtissiers et cette touche de noisette. (Prix recommandé 110€)

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