Rapprochement Bestheim/Wolfberger : l’explication des deux présidents

Alors que Bestheim et Wolfberger, les deux plus gros opérateurs d’Alsace, viennent d’annoncer un rapprochement en vue d’une fusion en 2025, les deux présidents des deux coopératives, Pierre Olivier Baffrey et  Hervé Schwendenmann, nous expliquent les motivations et les enjeux de la construction de cette nouvelle supère locomotive pour l’appellation.

Quelles sont les complémentarités qui existent entre Bestheim et Wolfberger justifiant une prochaine fusion ?
Pierre Olivier Baffrey (président de Bestheim) : Les politiques commerciales qui ont été menées par nos deux maisons sont complémentaires, nous ne sommes guère concurrents. Nous développons depuis une quinzaine d’années la marque Bestheim, qui est notre marque haut de gamme et qui représente environ 2 millions de bouteilles. Nous avons aussi des marques dédiées à des clients et une grosse activité d’embouteillage à façon, ce que l’on appelle des marques de distributeurs. 

Hervé Schwendenmann (Président de Wolfberger) Chez Wolfbeger, nous sommes au contraire à 100% sur nos trois propres marques, Wolfberger représente 10 millions de cols et les deux autres marques, Willm et Lucien Albrecht, deux millions, ces dernières étant principalement installées à l’export. Les coopératives de Wolfbeger et Bestheim font 25 et 27 % de leur volume à l’export, mais pour Bestheim cela inclut les marques de distribution. Wolfberger, qui a mis de gros moyens depuis une quinzaine d’années sur la partie commerciale et marketing, est présent dans davantage de pays et ce sur les cinq continents.

Envisagez-vous de créer des filiales commerciales à la place de certaines agences indépendantes dans des pays stratégiques…
Hervé Schwendenmann : Maintenant que le rapprochement est officiel, nous pouvons étudier de manière plus précise les projets sans craindre l’autorité de la concurrence. L’objectif de ce rapprochement n’est pas de faire des économies à tout prix – s’il y en a à faire, nous les ferons – mais de dégager des moyens supplémentaires pour aller là où les futurs consommateurs sont. En France, nous sommes déjà bien présents. Il y a peut-être des choses à consolider. Mais le développement en volume et en valeur se fera d’abord à l’étranger. Au-delà de cette fusion, en tant que vice-président des Vignerons coopérateurs de France, je croise souvent des collègues d’autres appellations, parfois en difficulté et avec lesquels nous partageons tous la même réflexion, ne devrait-on pas mutualiser certains moyens, comme des bureaux d’export aux Etats Unis, par exemple, ou en Asie ?

Existe-il des complémentarités en termes de terroirs ?
Pierre Olivier Baffrey (président de Bestheim) : Côté vignoble, nous sommes situés sur les mêmes zones d’approvisionnements de raisin, et certains vendangeoirs sont très proches. On pourrait donc facilement trouver des synergies et des optimisations. Sur certains crus aussi, l’une ou l’autre a beaucoup plus de vignes, cela peut donc permettre parfois de compléter l’approvisionnement de certaines cuvées qui sont régulièrement en rupture de stock et d’attaquer grâce à ces volumes certains marchés que nous ne pouvions atteindre. 

Comment vos salariés ont accueilli la nouvelle ?
Pierre Olivier Baffrey : Nos salariés ont plutôt accueilli la nouvelle avec enthousiasme. En réalité, les développements induits sont susceptibles de créer de l’emploi, le plan social qui est le mot sur le bout des lèvres de tout le monde, n’est pas le sujet. Nous voulons conserver tous les moyens dont nous disposons, le but étant de faire plus et mieux. On va même devoir sourcer certainement à l’extérieur car il y aura de nouveaux métiers. Pour certains salariés qui souhaitaient changer de fonction au sein de l’entreprise, il y aura aussi des opportunités. Les équipes seront par ailleurs intégrées à la réflexion sur les optimisations et les synergies que peuvent apporter la fusion.

En Alsace, vous créez un nouveau groupe dont le poids dans l’appellation est désormais très important, puisqu’il représentera à lui seul 17 % des ventes…
Pierre Olivier Baffrey : Bestheim et Woflberger sont perçues comme de très grosses entreprises par le poids qu’elles ont en Alsace. Bestheim fait 50 millions d’euros de chiffre d’affaires et Wolfbeger 60 millions. Grand Chai de France aujourd’hui, c’est plus d’un milliard d’euros. À nous deux, nous n’en faisons que 110, nous ne sommes donc qu’une PME, même si cette fusion nous hissera dans le top 5 ou le top 10 des premières caves coopératives françaises, à l’échelle des grands groupes internationaux du vin, nous resterons modestes. Par ailleurs, nous avons beau représenter 2700 hectares, il faut retenir que derrière cette surface, il existe 600 petites exploitations avec des vignerons qui sont des artisans et qui peaufinent leurs parcelles. Enfin, ce n’est pas parce que nous sommes une grosse structure que nous ne pouvons pas aussi produire de petites cuvées, avec des parcelles vinifiées séparément, qui nous servent de fer de lance en termes de notoriété et qui obtiennent souvent beaucoup de récompenses.

Quel bilan tirez-vous de 2023 ?
Hervé Schwendenmann :  En termes de volumes, l’exercice ne nous a pas posé beaucoup de soucis. Ils ont été tirés par les crémants, alors que les vins tranquilles sont en léger recul. Les prix de vente étaient satisfaisants, mais les charges, compte tenu de l’inflation, ont beaucoup augmenté.

Pierre Olivier Baffrey : Chez Bestheim aussi nous sommes satisfaits. Nous avons une légère régression de volume par rapport à 2022, qui avait battu le précédent record de 2019. Cette baisse est d’ailleurs liée à des arbitrages volontaires sur des marchés. En revanche, le chiffre d’affaires n’a pas baissé.

Face aux nouvelles attentes du consommateur qui préfère de plus en plus les blancs aux rouges, l’Alsace est bien positionnée…
Pierre Olivier Baffrey : À l’inverse des autres régions françaises, les rouges alsaciens sont en progression. Peut-être parce que nous ne produisons que des pinots noirs, donc des rouges plus légers, même s’ils sont devenus plus charpentés que par le passé. Leur belle acidité leur donne une fraîcheur recherchée. Ils correspondent ainsi aux nouvelles attentes du marché. Quant aux blancs, nous élaborons essentiellement des blancs secs ce qui, là aussi, nous positionne favorablement. Ils sont encore plus dans l’ère du temps en cette période de Dry January où il faut boire exclusivement des vins secs !

Hervé Schwendenmann :  Il faut noter aussi la belle progression des Crémants. En 2023, on a pu observer un décrochage des champagnes parce qu’ils ont augmenté leurs prix de manière importante en peu de temps. Aujourd’hui, nos crémants ont un très bon rapport qualité prix, trop bon même à mon sens. Le fait aussi que 60 à 70 % de notre appellation crémant soit produite par seulement cinq ou six entreprises a permis d’avoir une force de frappe plus importante sur les marchés et des moyens dédiés plus conséquents. Rappelons que Wolfberger représente 20 % des crémants d’Alsace, et Bestheim autant.

Pierre Olivier Baffrey : Cette consommation des crémants s’inscrit aussi dans une modification du mode de consommation, avec un engouement pendant le covid, lequel n’a été cependant qu’un amplificateur de ce qui avait démarré déjà avant, à savoir la déstructuration des repas. On le voit nous-mêmes, lorsque nous faisions des réunions. Autrefois, nous finissions par un repas à table, aujourd’hui, elles se concluent par un cocktail apéritif déjeunatoire, où on boit plus facilement des bulles. De plus, étant donné les politiques répressives sur l’alcool, les vins qui suivent normalement sur le repas passent à la trappe. 

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