Roederer Collection 244, un brut sans année pas comme les autres ?

Alors que Collection 244 commence tout juste à arriver chez les cavistes, nous avons pu échanger avec Jean-Baptiste Lecaillon, le chef de caves de la maison Roederer, sur la philosophie de cette cuvée qui a succédé au Brut Premier et sur son évolution depuis sa première édition (Collection 242, sortie en 2021).

Qu’est-ce qui a amené la Maison Roederer à passer d’un Brut sans année classique qui portait le nom de Brut premier, à un « multi-millésimes » avec la création de Collection, une cuvée dont chaque nouvelle édition porte un numéro pour la différencier ? Jean-Baptiste Lecaillon, le chef de caves le reconnaît, il y a d’abord l’argument de la communication : l’expression « Brut sans année », avec le privatif « sans », est malheureuse et donne l’impression d’un champagne qui n’a pas de personnalité. Or, la philosophie de Collection n’est plus de dire que d’une année sur l’autre, on s’efforce de reconstituer un goût constant. Le principe d’élaboration est au contraire d’aller sur chaque nouvelle édition chercher l’expression de l’année de base, tout en s’appuyant sur d’autres millésimes pour éventuellement l’affiner. « En distinguant ainsi chaque édition, cela a forcé nos équipes commerciales à prendre la parole sur le vin, alors qu’elles parlaient peu du Brut premier. Là, il faut expliquer pourquoi 243, 244… Et s’exprimer sur le vin, plutôt que sur ce qui se passe autour, c’est justement ce que l’on aime chez Roederer ! »

© Marie Flament

Deuxième changement dans cette cuvée, cela depuis la première édition (Collection 242), elle accorde une place prépondérante au chardonnay. « Nous étions une maison de pinot noir, or, désormais, c’est le chardonnay qui domine dans cet assemblage des trois cépages. À partir de la base 2021, il sera même majoritaire ! Cette révolution est liée au changement climatique. En année solaire, les pinots noirs s’expriment beaucoup plus densément, avec davantage de richesse. Il faut donc baisser un peu leur proportion pour avoir des vins plus digestes, plus fins. Cela n’enlève pas l’apport du pinot qui est textural, mais on en a besoin de moins pour parvenir à cet effet. Le chardonnay performe aussi stylistiquement plus régulièrement, même les millésimes chauds apportent ce côté agrume et salin que l’on aime bien. Est-ce qu’il y a eu un seul mauvais millésime de chardonnay depuis dix ans ? Non. En revanche, en ce qui concerne le pinot noir, il y en a au moins eu deux ou trois, dont 2023 et 2017. Nous renforçons aussi la part de meunier. Historiquement, nous étions plutôt à 20 %, là nous atteignons 26 %. »

Le dernier fait notoire sur Collection, par rapport à l’ancien Brut Premier, réside dans l’augmentation de la pression. On était à 5 kilos, aujourd’hui on est à 5,8. « En mettant davantage d’effervescence, on affine les vins, on gagne en fraîcheur. Globalement, plus le vin va être texturé, avoir du gras, plus nous allons monter la pression pour donner de la légèreté à la matière. Plus il va être acide et léger, plus nous allons baisser la pression pour lui donner un côté crémeux. C’est la raison pour laquelle par exemple notre blanc de blancs (le chardonnay étant un cépage plus léger) est à 4 kilos. Nous ne faisons qu’appliquer ici l’ancienne recette des crémants telle qu’elle était employée dans les maisons au début du XXe siècle. »

En ce qui concerne les vins de réserve en revanche, la proportion reste variable. Outre les 10% de vins de réserve élevés en foudre, la collection 243 intégrait 31 % de vins issus de la réserve perpétuelle débutée en 2012, la 244 qui vient de sortir remonte à 36 %. « En 2019 (l’année de base), on a dû pousser la maturité très loin pour perdre le goût végétal. Dans les chardonnays, on a dû vendanger à 11,8, et dans les pinots noirs à près de 11, en sachant que la seconde fermentation rajoute 1,3 degré. Nous avons eu peur d’avoir des vins un peu trop alcooleux, riches et intenses. J’ai donc augmenté la part de réserve perpétuelle pour venir freiner l’année 2019 qu’il fallait dompter. Elle est excellente en millésime, parce qu’elle signe. Mais sur Collection, on recherche quelque chose de plus accessible, qui ne soit pas trop puissant, parce que la cuvée doit être dégustable immédiatement. » On notera qu’en termes de dosage, Collection 244 atteint le seuil le plus bas jamais atteint par la cuvée, 7 grammes.

Le résultat est un champagne très équilibré. On est à la fois sur des notes un peu rondes de pêche, de fruits blancs et sur des notes plus vives de citron, le tout se dessinant sur une trame légèrement iodée et fumée avant de conclure sur une finale acidulée des plus salivantes. (La cuvée a obtenu la note de 95/100 dans notre dégustation des Bruts sans année du Numéro spécial Champagne de décembre, en ce moment en kiosque). Prix recommandé : 59 € TTC

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