Romané Basset : au nom du père

Du 13 au 15 octobre se tiendra à Paris la remise des Golden Vines Awards récompensant les stars de la filière. À cette occasion, une vente aux enchères est organisée au profit de la fondation Gérard Basset dédiée au renforcement de la diversité dans l’univers du vin. Nous avons rencontré Romané Basset, qui, à la suite de son père décédé en 2019, s’est fait le grand ambassadeur de cette cause.

Pensez-vous que le monde viti-vinicole pèche spécialement par son manque d’inclusivité ?
Cela dépend des pays. Aux États-Unis par exemple, la proportion de noirs africains dans la population est d’environ 14 %. Pourtant, seulement 0,01 % des viticulteurs sont issus de cette catégorie. Au Royaume Uni, un sondage a montré que plus de 86 % des gens qui travaillent dans le monde du vin sont blancs (sommellerie, etc.) tandis que 61 % des sondés sont issus d’entreprises où moins de 50 % des salariés sont des femmes. En Afrique du Sud, les noirs sont nombreux à travailler dans la filière viticole, mais à des tâches subalternes. Nous avons rencontré là-bas un vigneron, Paul Siguqa, fils d’une ouvrière viticole qui l’a encouragé à se former. Alors qu’il avait acquis de solides diplômes à l’université, lorsqu’il a voulu racheter le domaine Klein Goederust, il a essuyé des refus de toutes les banques. Il n’a pu s’appuyer que sur ses propres économies. Cela n’a pas empêché heureusement son vin de connaître le succès que l’on sait. Ces difficultés d’accessibilité à la profession touchent aussi des pays comme la France. Le problème y est cependant moins lié aux préjugés ethniques qu’au coût élevé des formations, ne serait-ce que parce que ces cursus exigent d’acheter beaucoup de vins. Le système de transmission familiale chez les viticulteurs est par ailleurs très valorisé. On ne doit pas le décrier, mais l’envers, c’est qu’il ne facilite pas toujours l’intégration de ceux qui n’ont pas eu la chance de naître dans ce milieu. Ils n’en n’ont pas les codes et ne peuvent compter sur aucune relation pour les appuyer, même s’ils sont tout aussi passionnés.

Quel est l’objectif de la fondation Gérard Basset ?
Mon père, Gérard Basset, n’était pas issu du monde du vin. Il est entré par la petite porte. Il a passé son enfance à côté de Saint-Étienne, et c’est en venant soutenir son équipe de foot qu’il a découvert l’Angleterre, un pays dont il est tombé amoureux. Il a décidé de s’y installer. Pour cela, il a d’abord travaillé comme plongeur puis comme serveur. C’est là qu’il a découvert le vin. Une cliente lui a un jour posé des questions auxquelles il n’a pas su répondre, il s’est acheté un livre et s’est passionné pour le produit. Il était l’antithèse du snob du vin. Selon lui, ce qui définissait un bon sommelier n’était pas tant l’amour porté au jus de Bacchus que celui qu’il était capable de manifester aux gens. C’est ce même altruisme qui conduisait souvent Gérard Basset à conseiller et à aider des personnes qui voulaient faire carrière dans le métier. D’où l’idée de cette fondation créée à la fin de sa vie dédiée au renforcement de la diversité dans le monde du vin, des spiritueux et de l’hôtellerie. En privilégiant comme levier d’action l’éducation et la formation professionnelle, la fondation rend aussi hommage à l’importance qu’attribuait Gérard Basset aux études. Rappelons qu’il était la seule personne à détenir à la fois un MBA en business du vin, le master de l’OIV, tout en étant Master of wine, Master Sommelier et en ayant été désigné meilleur sommelier du monde. 

Plus concrètement, pouvez-vous nous donner quelques exemples d’actions de la fondation ?
Nous attribuons des bourses à des personnes qui ont en commun d’appartenir à des groupes historiquement marginalisés et d’être passionnées par les vins et les spiritueux, afin qu’elles puissent suivre les études de leur choix. Nous avons également des partenariats avec de nombreuses grandes entreprises comme Artémis, Dom Pérignon ou l’hôtel La Réserve de Michel Reybier à Genève, qui nous permettent de proposer à nos boursiers des stages et de les aider à trouver des portes d’entrée dans la filière. Nous travaillons enfin directement en collaboration avec certaines écoles pour créer des formations plus accessibles. Nous avons par exemple participé à la construction en 2022 avec Kedge Business School d’un cours d’introduction à la sommellerie destiné à des personnes disposant de moyens économiques limités. Un beau succès que nous avons renouvelé en 2023 et qui a bénéficié de la collaboration de grands sommeliers comme Estelle Touzet, Franck Ramage, et le chef cuisinier Aaron Rosenthal. Ce projet avait aussi un sens historique pour notre famille puisque c’est dans cette école que mon père avait obtenu son MBA.

https://gérardbassetfoundation.org

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