Saint-Vincent à Cahors : rencontres et d’échanges entre femmes du vin

A l’occasion de la Saint-Vincent des Vins de Cahors qui se déroulait le week-end dernier, une rencontre entre la journaliste du vin, Laure Gasparotto, également ancienne vigneronne, et deux vigneronnes du cru Lotois a pu avoir lieu.

Une soirée en trois temps. Comme une valse. Tout d’abord, diffusion du documentaire “Vigneronnes”, puis discussion avec trois autorités de la vigne, et enfin dégustation et dédicace. C’est ce qu’a proposé le cinéma le Grand Palais de Cahors en collaboration avec la librairie La Fourmi Rouge, pour débuter la Saint-Vincent, rendez-vous festif des vigneronnes et vignerons de l’appellation lotoise vendredi 19 janvier. Une soirée avec pour thème les femmes du vin et leur œuvre, que cela soit une belle cuvée ou un roman. En effet, en invités de marque de la soirée, Catherine Maisonneuve et Maya Sallée, respectivement vigneronnes des domaines Cosse-Maisonneuve et La Calmette (Cahors), et enfin Laure Gasparotto, journaliste et auteur, ancienne vigneronne des Gentillières (Terrasses du Larzac).

Construire son domaine
Après la projection du film, toutes trois ont partagé leur expérience avec le public, à commencer par leur installation. Contrairement aux quatre exemples mis en lumière dans le documentaire de Guillaume Bodin, ces trois femmes ont construit leur domaine en partant de zéro, à deux ou avec des amis. Mais ce qui peut apparaître comme un désavantage ne l’est pas tant, à entendre la vigneronne de La Calmette. « J’ai vu aussi beaucoup d’héritages, de personnes se trouvant à l’issue d’une lignée, avec tout le poids que cela implique sur les épaules, présente Maya Salée, qui a fondé son domaine avec Nicolas Fernandez en 2016. Nous, on est plus libres. » Et Laure Gasparotto, qui a fondé Les Gentillières en 2014 en partenariat avec plusieurs amis, de renchérir : « C’est comme une page blanche où tout est autorisé. J’ai créé le domaine, choisi le nom, j’ai tout inventé. » Cette chance s’accompagne tout de même de difficultés, comme le confie l’ancienne vigneronne qui a fait le choix de cesser cette activité cinq ans plus tard. « Personne ne nous attend sur le marché. Il faut faire goûter. Pour commencer à exister, se faire une clientèle, il faut compter dix ans. »

Près de Maya Sallée, Catherine Maisonneuve, opine du chef. Devant les spectateurs venus la rencontrer, la vigneronne de 53 ans, qui a fondé avec Matthieu Cosse, le domaine Cosse-Maisonneuve en 1999, insiste sur ce qui représente pour elle « le travail d’une vie ». Interrogée sur les préjugés sexistes qui peuvent encore compliquer la tâche des vigneronnes, elle rétorque sans ciller : « Je n’écoute pas. Je ne me suis jamais posé la question homme-femme. Je me suis donné des objectifs et me suis dit : personne ne se mettra en travers de ta route si tu l’as décidé ». Comme elle, Laure Gasparotto et Maya Sallée ne se sont pas laissées décourager par des remarques ou des pratiques, qui ont, un temps, tenu éloignées les femmes du vin, et notamment du chai. « En 1994, je faisais les vendanges dans un grand domaine de Bourgogne. J’étais curieuse de voir la cuverie. Mais alors que je m’apprêtais à entrer dans le chai, un monsieur m’en a interdit, objectant que j’avais peut-être mes règles. » Selon une ancienne croyance, les femmes sont capables de faire tourner le vin pendant leurs menstruations. « Les hommes voulaient surtout rester seuls pour picoler en douce », ironise Maya Sallée, avant d’ajouter qu’en réalité les femmes ont toujours été à la vigne. « Elles taillaient, tiraient les bois, attachaient. Cela a juste été invisibilisé. »

Des vins qui ont un supplément d’âme”
En réaction au documentaire de Guillaume Bodin, qui traitait de vigneronnes en biodynamie, toutes trois ont été interrogées sur la relation entre le bio, et plus spécifiquement la biodynamie, et les femmes. Existe-t-il un lien de cause à effet ? Impossible de le dire pour les trois femmes présentes ce soir-là au cinéma. Cependant, Maya Sallée et Catherine Maisonneuve ont pu partager les raisons qui les ont poussées à faire le choix de la biodynamie. « Tous les vins que je goûtais qui avaient un supplément d’âme venaient d’une vigne cultivée de cette façon, avec un sol vivant », confie la vigneronne de Cosse-Maisonneuve. Même observation pour Maya Sallée, dont les goûts s’orientaient naturellement vers ces vins-là. Et la vigneronne de La Calmette d’imaginer une deuxième explication : « Il y a peut-être une autre raison. Liée, au fait qu’à l’origine, les femmes n’héritaient pas des domaines. Elles sont donc venues à la vigne par choix. Elles ont déjà entamé une page blanche en s’imposant parmi les hommes. La culture biodynamique serait une continuité. De toute façon, elles avaient déjà fait quelque chose qui ne se faisait pas. »

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